Dix ans, et pas une ride pour les Assises nationales toujours actuelles dans leur quête de  démocratie participative et de gouvernance transparente. Tous les départements du Sénégal parcourus, des consultations citoyennes organisées pour recueillir l’avis des populations sur toutes les questions auxquelles  les leaders doivent apporter des réponses pour  sortir le pays de la pauvreté. Une méthodologie inédite  dont devraient s’inspirer bien des parlements, surtout en début de mandat. Mais aussi des aspects moins souriants, comme des plis d’amertume sur ce visage lisse. Les importantes résolutions issues de ces travaux n’ont manifestement pas intéressé outre mesure le président Macky Sall, alors qu’il leur doit  largement pour son élection en 2012. Surtout après qu’il avait signé la Charte de gouvernance démocratique. Et obtenu la bénédiction des Assises pour le second tour de scrutin.

Les Assises nationales ont célébré cet anniversaire ce weekend et certains orateurs n’ont pas hésité à parler d’échec en ce qui concerne la mise en œuvre des trouvailles fécondes pour sortir d’un fixisme institutionnel installé par le modèle colonial. Il bouche encore l’horizon de tous les pays qui l’ont enduré, y compris ceux qui ont subi la médication énergique des Conférences nationales.  La déception n’en a été que plus grande, marquée par l’éloignement progressif des normes édictées par la Charte de gouvernance démocratique. Le summum a été atteint lorsque le président de la République affirme que, dans son entendement, les recommandations des Assises ne sont «ni le Coran ni la Bible, ni la Thora». Propos anodins mais qui prennent une résonnance particulière dans la bouche du chef de l’Etat.

Une fois élu, Macky Sall se trouve partagé entre les recommandations des Assises et ses prérogatives de président de la République dont il découvre l’étendue et l’efficacité. Et son choix est manifeste, même s’il tente d’adoucir la séparation en confiant à Ahmadou Makhtar Mbow, le président des Assises, la mission de diriger la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri). Les propositions qui lui sont faites  consacrent le divorce entre des deux hommes. Elles sont encore dans le sillage des Assises et dépassent le cadre de la loi existante que les auteurs du rapport ont subvertie. Le président voulait des réformes. On lui propose la révolution. Le malentendu tourne alors à l’incompréhension, voire à une sorte de suspicion mutuelle.

Les «assisards» comme le camp présidentiel sont convaincus de leur bon droit et de leur légitimité quant à la paternité des Assises. Il se pose donc une question d’interprétation des textes et de la liberté de leur mise en œuvre. Les initiatives du pouvoir (contenu du référendum du 20 mars 2016 et la loi sur le parrainage des candidatures électorales, notamment) marquent une rupture que, de part et d’autre, on ne veut pas prendre comme telle. A savoir que le  camp présidentiel  fait un usage libre et à la carte de données sans coercition aucune. De projet de société, les Assises passent au statut de simples bases de données consultables, modulables et utilisables, selon les besoins des parties prenantes. En l’occurrence le président de la République.

Le Parti démocratique sénégalais a brillé par son absence lors de  cet anniversaire. On le comprend car il était au pouvoir et s’était tour à tour montré critique ou dédaigneux à l’endroit de cette initiative qui, il est vrai, était à bien des égards une critique radicale de la gouvernance Wade dont l’actuel président avait été le Premier ministre. A l’inverse, d’éminents militants de l’organisation citoyenne, alors opposants, sont au pouvoir. Ils n’acceptent plus la position des Assises qu’ils suspectent de se prendre pour une Assemblée constituante.

Mame Less Camara

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