Juin s’inscrit dans le calendrier comme le mois des souvenirs et des célébrations des grandes initiatives politiques contre la gouvernance de l’ancien président Abdoulaye Wade. Le 1er juin 2008, l’opposition privée de parlement, après le  boycottage des élections législatives de juillet 2007, se rattrape en créant un cadre inédit de rencontres et de réflexions, afin de jeter  les bases d’un futur jugé meilleur pour le Sénégal.  Le 23 juin 2008, l’action prolonge la réflexion avec la participation remarquée de l’opposition, aux côtés de la société civile, au refus des lois arbitraires initiées par Wade dans le but  manifeste de mettre son fils en selle pour le remplacer à la tête de l’Etat après son départ.

10 et 23 juin ont été des victoires éclatantes sur le moment mais ont du mal à se répéter sous Macky Sall, malgré les efforts de certains de leurs initiateurs.  Le philosophe et écrivain Alpha Amadou Sy a consacré trois ouvrages (tous publiés aux Editions L’Harmattan*) au processus de «déconfiscation» du pouvoir politique des mains de Wade, depuis le retour en force de l’opposition sur la scène politique à l’occasion des élections locales du 22 mai 2009 jusqu’à la victoire de Macky Sall à a Présidentielle de 2012, en passant par la mémorable journée du 23 juin 2011, quand l’Assemblée nationale, d’habitude si soumise a Wade, a refusé de voter la loi de dévolution du pouvoir au fils du président. Le peuple hostile à cette loi avait assiégé le parlement.  Dans la préface de l’ouvrage consacré aux locales de 2009, le regretté Amady Aly Dieng souligne que la victoire de l’opposition est une sanction contre les promesses non tenues de la première alternance, celle qui avait amené

Abdoulaye Wade au pouvoir. C’était, en quelque sorte un référendum sur la gouvernance Abdoulaye Wade qui avait délibérément tourné le dos aux remarquables conquêtes et promesses de Mars 2000.   Comme pour celui de Macky Sall en 2012, le pouvoir de Wade était issu d’une vaste coalition contre son prédécesseur Abdou Diouf. Le même mécanisme va l’emporter douze ans plus tard mais a du mal à fonctionner contre Macky Sall. Est-ce parce que la vaste entente qui avait prévalu depuis 2009, sous l’impulsion des Assises nationales, a du mal à se reconstituer ?

Macky Sall a-t-il échappé au rouleau compresseur qui a emporté ses deux prédécesseurs parce qu’il est de moindre envergure que Diouf et Wade ? Le fait est que Macky Sall ne fera pas face à une coalition compacte dont les modalités de regroupement au second tour sont déjà fixées, comme cela s’était fait en 2000 puis en 2012. L’éclatement  des Assises nationales et du M23, issu des flancs de la manifestation du 23 juin 2011 distribué les acteurs entre le pouvoir et l’opposition actuels. Les schémas gagnants d’hier ne sont plus reconductibles et les rencontres de souvenirs donnent lieu à des duels à fleurets mouchetés. Les alliés d’hier sont objectivement des adversaires aujourd’hui. Ils ne trouvent pas les mots pour l’exprimer en toute clarté mais plus l’échéance électorale du 24 février 2019 approche  plus les passions vont se déchaîner et les langues se délier.

Mame  Less Camara

*1. L’Afrique et le défi républicain, une lecture des élections sénégalaises de 2009 (2011)

2. Le 23 juin au Sénégal ou la souveraineté reconquise (2012)

3. Les élections présidentielles au Sénégal ou le triomphe de la volonté populaire (2013)

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