• Que les détracteurs du ministre de l’Economie, des Finances et du Plan se le tiennent pour dit ! Dans un entretien accordé à votre quotidien SourceA, l’ancien Directeur de la Bourse régionale de valeurs mobilières vante la situation économique de Sénégal. Selon Ousmane Biram Sané, le taux de croissance de 7,2% en 2017 fait partie désormais de notre histoire et c’est à saluer. 

    Par contre, il reconnait l’existence d’une tension financière. «La tension financière est perceptible et difficile à dissimuler. Car, outre la sortie du Pm Loum, qui est un initié, les organisations patronales et socioprofessionnelles comme le CNP, le syndicat du BTP ont révélé d’importants retards de paiements qui se chiffrent à des centaines de milliards F Cfa». 
                                                    ENTRETIEN !!!

     

    SourceA : On parle souvent d’un surendettement de l’Etat du Sénégal. D’ailleurs, l’opposition en a fait un levier de guerre pour démontrer que notre économie fonce droit vers le chaos. Notre pays peut-il passer outre les endettements pour supporter son économie?

    Ousamane B. Sané : «Non. Aucun pays, et de surcroît en développement, ne peut se passer de l’endettement. Bien utilisé, l’endettement est un levier financier pour financer le développement. Avec un encours de dette de 3076 milliards FCFA, d’aucuns considèrent que le Sénégal serait dans une situation de surendettement. Ce n’est pas mon avis car le ratio d’endettement du Sénégal est de 62% PIB loin de la norme de l’UEMOA fixée à 70% PIB. Une comparaison des taux d’endettement (rapport en cours de dette publique sur PIB) des pays révèle ceci : Mali (35%) ; la Côte d’Ivoire (41,3%) ; Egypte (92,6%) ; la France (95,6%) ; le Cap-Vert (116,8%) ; la Gambie (122%); la Grèce (181,6%) et le Japon (234,7%). Récemment en janvier 2018, le FMI dont on ne peut douter de l’indépendance, qualifiait le Sénégal de : « pays à faible risque de surendettement bien que ses indicateurs se sont récemment dégradés ». De manière illustrée, notez qu’en 2014, 24 FCFA sur chaque 100 FCFA encaissés par le Trésor public vont au paiement du service de la dette. En 2017, il a fallu 30 FCFA. Donc, sauf erreurs ou omissions, sur cette période  de trois ans l’Etat a consacré chaque année 2% de plus à la dette au détriment d’autres dépenses publiques.

    Ceux qui parlent de chaos économique au Sénégal sont trop pessimistes, voire catastrophistes. En la matière, il n’y aura pas de chaos ni aujourd’hui ni demain, parce que le Sénégal est un pays bien organisé et qui est en monitoring permanent avec des institutions crédibles telles que l’UEMOA et ses critères de surveillance multilatérale et le FMI qui, dans le cadre de l’instrument d’appui aux politiques économiques (ISPE), lui rappelle les écarts de performances défavorables constatables ou pouvant survenir».

    SourceA: Comment le Sénégal devrait-il s’y prendre, s’il ne peut pas passer outre les endettements? Autrement dit, que devraient mettre en avant nos spécialistes des Questions économiques pour que ces dettes profitent au mieux aux populations?

    Ousmane Biram Sané : «Pour que les dettes contractées par le Sénégal profitent au mieux aux populations, il faudrait remplir les 3 critères essentiels suivants : (i)l’objectif doit être tournée vers la satisfaction de besoins exprimés par les populations. A cet égard, pour l’Etat du Sénégal, mieux vaut s’endetter pour financer des projets donnant réponses à la demande sociale pressante, exemple le renforcement de l’alimentation en eau potable de la mégalopole Dakar ou la construction d’un pont stratégique tel que le Pont de farafégny en Gambie qui désenclavera le sud du Sénégal etc. De telles infrastructures sont incontestablement plus indispensables et utiles qu’un Centre de conférence, par exemple.

    Autre exemple d’actualité, dans quelques mois en 2020 avec le projet KMS3 (Keur Momar Sarr 3) doté d’un financement multi-bailleurs de 262 milliards FCFA, les problèmes d’eau à Dakar trouveront une réponse appropriée. C’est un exemple incontestable d’endettement sain, utile et autocentré car profitant directement et de façon tangible aux populations y compris les plus vulnérables avec ses 85000 branchements sociaux prévus. Vous voyez qu’il est facile de critiquer l’endettement mais quand on sort de la valeur absolue de la dette pour la relativiser par rapport à son usage réel on se rend compte qu’elle est salutaire dans bien des cas.  (ii) l’utilisation doit être efficiente. Ce point fait appel à l’utilisation des fonds mobilisés.

    Ils doivent être dépensés scrupuleusement avec la claire conscience que tout franc emprunté aujourd’hui sera remboursé par les générations futures et que par conséquent les investissements prévus doivent être à la fois de la plus grande qualité et au coût optimal. Enfin, (iii) le remboursement doit être soutenable par les Finances publiques. Cela exige en amont de bien négocier les conditions de la dette (taux d’intérêt notamment : concessionnel ou commercial, monnaie d’endettement : monnaie locale ou devises, maturité des prêts, etc.).

    En aval, puisque le service de la dette est annuellement budgétisé par l’Etat, il faudrait voir sa soutenabilité par rapport aux recettes budgétaires. En somme, la dette bien utilisée favorise le développement et la croissance économique. Elle reste une solution classique et irremplaçable de financement des Etats. Toutefois des mécanismes innovants existent et peuvent permettre à nos pays d’arriver à la même satisfaction en matière de financement de projets d’infrastructures. En définitive votre question appelle une autre celle de la gestion de la dette. De ce point de vue je fais mienne la recommandation du FMI au Sénégal : « gérer sa dette avec prudence notamment en faisant preuve de vigilance à l’égard de la dette non concessionnelle».

    SourceA : Etes-vous d’avis que nos autorités ne savent pas prioriser les secteurs porteurs, en vue d’un retour sur “investissement” après avoir contracté ces dettes?

    Ousmane Biram Sané : «Non, je ne partage pas cet avis parce qu’au Sénégal, d’abord, l’Etat est suffisamment bien organisé avec ses politiques sectorielles et ses outils de planification, ensuite le budget est voté par le peuple (l’assemblée nationale), enfin l’Etat entretient des relations de coopération avec des partenaires techniques et financiers regardants sur plusieurs aspects dont l’économie, le social et la démocratie. Par-dessus tout, nous avons un corps de fonctionnaires bien formés et compétents même s’ils sont souvent timorés par la forte influence du politique. Ce n’est pas pour rien que les organismes internationaux nous les arrachent en milieu de carrière!».

    SourceA : Votre avis sur la polémique suscitée par la récente sortie de Mamadou Lamine Loum, ancien Premier ministre sous le régime socialiste qui évoquait une tension financière au Sénégal ?

    Ousmane Biram Sané : «La tension financière est perceptible et difficile à dissimuler. Car, outre la sortie du Pm Loum, qui est un initié, les organisations patronales et socioprofessionnelles comme le CNP, le syndicat du BTP ont révélé d’importants retards de paiements qui se chiffrent à des centaines de milliards FCFA. L’IPRES réceptacle de l’épargne collective des travailleurs, attire notre attention sur 40 milliards d’arriérés de cotisations-retraite ainsi que le rétrécissement du nombre d’actifs cotisant pour un retraité. Tout ceci est constitutif d’un signal d’alerte préoccupant. En effet, si ces revendications étaient fondées alors il urge de trouver de l’argent pour payer les ayants droits et éviter une contraction du pouvoir d’achat et de la demande globale avec un risque d’effets de contagion de ces retards de paiement d’un secteur à un autre».

    SourceA : Certains économistes ainsi que de nombreux Sénégalais rejettent l’existence du taux de croissance de 7,2%. Parce que, selon eux, cela ne reflète pas la réalité dans le vécu quotidien des citoyens. Y a-t-il un rapport entre une croissance économique et le panier de la ménagère?

    Ousmane Biram Sané : «C’est surprenant de contester un taux de croissance entériné par une institution crédible et apolitique comme le FMI. Les comptes nationaux, une fois entérinés, doivent être appropriés et respectés par tous. Le taux de croissance de 7,2% en 2017 fait partie désormais de notre histoire. Pour répondre directement à votre question, je dirai que forcément, il devrait avoir une corrélation positive entre une économie en croissance et un mieux-être de ses populations. Mais cela n’est possible que sous certaines conditions dont la plus essentielle est la redistribution. Si vous voulez corréler la croissance au panier de la ménagère, vous êtes dans une logique comptable réductrice c’est pourquoi je n’aime pas ce cliché.

    En vérité, les politiques publiques constatées depuis la seconde alternance en 2012 visent incontestablement à parvenir à une croissance partagée. A cet égard, les politiques de redistribution telles que les bourses familiales, la couverture maladie universelle, la carte d’égalité des chances, le PUDC et le PUMA pour ne citer que celles-ci constituent un filet social robuste. En effet, le taux de pauvreté qui était de 47% en 2011 a reculé de 4 à 7% et notre pays est passé de la 170e en 2014 à la 162eplace mondiale sur 188 dans le classement des pays par l’indice de développement humain (Idh) en 2017.

    En termes de filet social, 30% des ménages les plus pauvres sont couverts. Le paludisme et la malnutrition ont reculé. On constate une tendance à plus d’égalité dans l’accès aux soins. Ainsi, la césarienne et l’hémodialyse sont de plus en plus gratuites. Les associations de consommateurs et les organisations de la société civile sont de plus en plus écoutées et enfin l’insécurité est en baisse. Toutes choses qui montrent que la croissance enregistrée tend à poursuivre sérieusement la satisfaction de la demande sociale. Maintenant pour faire plus, il faudrait que les sénégalais travaillent davantage pour arriver à une croissance plus vigoureuse et endogène car en la matière rien n’est acquis pour de bon au contraire, nous ne devons pas nous arrêter de pédaler quelques soient les intempéries !».

                                                                    Entretien réalisé par Aliou KANE (SourceA)

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