Une coupe d’indignation pleine, un sac de bêtise à craquer et un récipient d’orgueil vide. Succulent cocktail servant de dessert pour ceux qui ont pour dessein  de sucer. Ils ne s’arrêteront pas avant d’aspirer la dernière goutte de sang. Après, c’est le désert. Sans igname et sans noix.

Peu importe que vous proveniez des quatre communes. Cependant, belle prouesse de Blaise Diagne –il faut le reconnaitre- qui a su se battre pour obtenir la nationalité française aux  Saint-louisiens et autres concitoyens des trois autres communes. Saint-Louis, comptoir commercial stratégique, ville multi-centenaire au visage vieux et brumeux comme les pratiques de son époque. Le visage laid de l’esclavage a carrément déteint sur la face de celle qui fut la première Capitale du Sénégal. La citoyenneté française, beau ou vilain cadeau. Certainement beau si on se place dans le contexte colonial où l’on bouffait de l’indigène mais très infeste si on se réactualise à l’heure des aspirations d’indépendance. Indépendance et autonomie. Indépendance dans les mentalités, autonomie dans la détermination de soi. L’enjeu de l’autodétermination n’a jamais été si intense.

Si la langue fourche c’est souvent pour sortir les mots qu’on essaie d’enfouir. C’est comme les pas de danse du somnambule ou les litanies d’un individu en transe. L’asservissement mental est atroce, violent et ténu. Une bactérie qui va l’assaut des élans des cellules de révolte pour les anéantir. Ce corps n’est alors préparé que pour dire oui. Ce cerveau est programmé pour encaisser toutes les inepties qu’on veut bien y mettre. A terme, ce n’est plus l’oppresser qui s’active mais les gestes de l’opprimé qui le maintiennent davantage dans le filet.

Les discours de ceux qui sont vraiment affranchis sont souvent anachroniques. Incompris ou détestés, tel Jean Baptiste, ce prophète des temps modernes prêche dans le désert. Ces concitoyens sont sourds ; lui, il est aphone.

En face, les fils du colon tiennent le chœur, donnent le ton la bouche pleine de bonbons fournis par l’oppresseur. Pris en otage, ils ont fait son école. Entre les rangées des tables bancs, ils ont appris durant des siècles qu’ils ne sont pas faits pour prendre leur destin en main. Que ce fils du colon s’appelle Alioune ou Golbert, il ne profère que ce qu’il a appris. Pire, il est du rang de ces élèves qui ne connaissent pas leurs leçons mais qui l’apprennent. Pour eux, il n’est pas important de comprendre la science qu’on veut bien enseigner, cela suffit de la réciter en boucle sans percer les secrets que contient chaque mot que constitue la phrase. Et comme le texte qui fait son histoire a été falsifiée depuis le début, Golbert ! Pardon ! Dagobert avec son air, roi parmi les clowns et pas n’importe lesquels. Ces clowns au crépuscule de leur art qui choisissent d’être les troubadours des princes qui s’enchainent sur les douillets fauteuils du pouvoir. Ils ne peuvent que penser comme des privilégiés. Non mécontent de son statut de citoyen français, il lui est plus facile d’adorer et d’admirer l’allure fière de la statue de Faidherbe que de ses grands-parents assassinés à Thiaroye un matin de décembre 1944.

Il ne peut pas s’indigner puisqu’il se croit supérieur à ses cousins de Kaolack de Louga et même du Waalo. Oui, ils sont des doomu ndar. Ils sont des citoyens français ; haut privilège que leurs autres cousins ne gouteront pas. En 2018, ils préfèrent encore vivre dans le passé que de reconnaitre que leurs fils et petit-fils vivent avec la forte ambition de s’émanciper, de se déterminer et de se faire leurs propres artisans de leur destin.

Ceux-là regrettent que l’esclavage ait pris autant de temps. Ils regrettent les multiples hésitations qui ont retardé l’indépendance politique, économique et culturelle de leur peuple. Ils ne sentent pas dans leur tête une morbidité qui confère le statut de majeur incapable. Alors, si on dit qu’on s’est précipité pour prendre l’indépendance, on ne peut que comprendre ces propos d’un esclave qui a peur d’affronter sa liberté dehors ou le descendant d’un esclave qui, de toute évidence, préfère se situer à un cran au-dessus de son frère sans le mérite du travail.

Nini est ici homme, il n’est pas mulâtre, il est d’une noirceur foncée. Il était idole, il est maintenant sénile. Et ces mots sont pour le dédouaner. Pour que mon fusil le manque, mieux vaut lui trouver l’excuse du vieillard sénile. Tellement de contre-exemples à bannir dans la chaine de transmission des valeurs. Il y a les violeurs qui cachent les violés. Des abusés, qui, genoux à terre, rendent grâce à leur violeurs de leur avoir laissé la vie sauve, de les caresser par moment quand la visite du corps génital était aussi mal préparée que désagréable ou de leur avoir fait la faveur de mettre un peu de pommade avant de pousser le bélier pour défoncer la « porte pucelle ». Seraient-ils atteints du syndrome de Stockholm? Tout porte à le croire en tout cas. Le violeur, lui, serait coupable devant le tribunal de Dieu et celui des hommes tandis que le violé complaisant marchera sans tête devant ces deux tribunaux. On ne le reconnaîtra même pas parce qu’il n’aura pas de visage. Pire, l’histoire ne lui fera le portrait et son nom tombera dans l’oubli.

C’est Faidherbe que l’on retiendra. Il surplombe Saint-Louis et nargue les saint-louisiens sauf le tirailleur de « BARA YEGOO »

Alioune Fall

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