Pendant longtemps, j’ai haï la vie politique et les politiciens démagogues, manipulateurs, trompeurs, individualistes, cyniques, retors, corrompus et indignes, qui polluent le champ politique, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition au sein de laquelle chacun pense naïvement maîtriser l’esprit du corps électoral, voire être investi par le destin à devenir député, ministre ou président de la République, alors que rien ne les y prédestine. Ni les vertus, ni les talents attendus dans de telles fonctions. Il faut plus que de la fortune, de l’esprit ou un nom pour devenir président de la République. Le nombre est passé par là pour faire de la démocratie une tromperie et une illusion en Afrique comme partout ailleurs.

Cette haine des politiciens de métier s’est muée en mépris de ces individus obsédés par leurs aspirations égoïstes et dévorés par leurs réflexes individualistes, s’affichant au gré des circonstances, des évènements, des combines et combinaisons avec ceux qu’ils ont auparavant rejetés et qui sont devenus entre temps des compagnons d’infortune. Ils se veulent des créanciers ou actionnaires de l’alternance, guettant l’heure du partage des postes et privilèges, après les frais investis dans une lutte qu’ils ne voulaient pas mener auparavant, tant qu’ils tiraient profit de leurs accointances opportunistes avec le régime en place.

Je dénonce ceux qui scandent les appels qu’ils ne voulaient pas entendre, autant que ceux qui nouent aujourd’hui des liens qu’ils ne voulaient point tisser, l’unité qu’ils ne voulaient pas construire, l’objectif qu’ils ne voulaient pas atteindre par une dynamique solidaire pour une alternative politique et citoyenne crédible. Tout cela est à mettre dans les égarements de l’ambition.

Mon indignation ne cesse de s’amplifier avec le manque de générosité, d’humilité et de lucidité de la part de tous ceux-là qui prétendent n’avoir d’autre ambition que de servir le Sénégal. Jamais je n’ai voulu m’afficher et manifesté publiquement à côté de ces individus qui font tout le contraire de ce qu’ils disent. A la stérilité de leurs certitudes et convictions s’ajoute la vanité de leurs prétentions et aspirations.

Quand tout était encore possible et souhaitable, ils ont privilégié les échappées solitaires. Au moment où les candidatures ont été invalidées par préméditation consentie, ils retrouvent du coup le sens de l’unité pour le sursaut (FIPPU). Je doute de leur honnêteté, de leur intégrité et de leur loyauté. Terrassés par le parrainage, brisés par le ridicule, ils cherchent à survivre politiquement et électoralement.

Après avoir snobé ou ignoré l’Appel de Fippu pour une initiative politique et citoyenne concertée et consensuelle, ancrée dans des vertus républicaines, citoyennes et démocratiques solides, les voilà aujourd’hui militants pour un sursaut révolutionnaire (Fippu). Une piqûre de rappel s’impose pour leur rafraîchir la mémoire par rapport à la philosophie et à la pédagogie politique de l’Appel de Fippu.

Dans FIPPU, ils pouvaient y trouver un cadre de convergence politique, idéologique et doctrinal. Dans Fippu, ils pouvaient y retrouver des affinités de méthode, d’organisation et d’objectif. Dans Fippu, il était possible de mettre ensemble à profit notre indignation, notre détermination et notre volonté à conquérir le pouvoir. Dans Fippu, il était possible de s’inscrire dans une posture où l’oubli de soi primerait sur toute autre considération narcissique ; avec comme seule préoccupation, seul centre d’intérêt, seule motivation, seule feuille de route, seul plan, seul projet politique, le Sénégal et les Sénégalais. Dans Fippu, nous pouvions nous mesurer à travers des primaires devant le jury de présélection et d’honneur mis en place. Nous étions nombreux à un moment ; puis deux candidats à la candidature seulement se sont retrouvés devant ce jury.

Dans Fippu, il y avait le revers de la médaille qui explique cette fuite en avant stoppée par le fouet du parrainage. Dans Fippu, les masques seraient tombés, dévoilant les vrais visages. Dans Fippu, les CV auraient été dévoilés et auraient mis à nu les compétences et expériences maquillées ou surévaluées des plus fougueux. Dans Fippu, les individualités auraient été dissoutes dans une équipe ne tolérant aucune hiérarchie de départ pour quelque motif que ce soit. Dans Fippu, la vérité aurait été rétablie et le blanchiment de CV, d’exemplarité et de probité découvert.

Pour toutes ces raisons, certains ont décidé de se mettre en dehors du sursaut et donc du Fippu et d’une dynamique collective inclusive. Qu’à cela ne tienne. Hors de Fippu, l’attitude n’a pas été ainsi celle d’un homme ou d’une femme conscient que le pays est en danger et qu’il faut le sauver. Hors de Fippu, beaucoup d’entre vous pensaient que l’unité était impossible ; que le divorce était fatalement l’horizon indépassable et inévitable. Hors de Fippu, vous pensiez que le miracle de votre élection serait possible. Aujourd’hui, vous cherchez à figurer dans le dernier carré d’as des « recalés », pour mieux figurer dans une coalition gagnante ou de survie politique. L’objectif est clairement affiché comme votre visage à côté des « validés » pour pouvoir négocier demain, en cas de victoire, un poste de responsabilité. Personne n’est dupe de cette mise en scène effrontée de la contrebande politicienne qui vient souiller, une fois de plus, l’idéal de la démocratie représentative.

Vous aviez pris le choix de ne pas venir ou de partir de Fippu, la seule initiative qui ait envisagé d’affronter le régime en place en ordre regroupé, et donc non dispersé. Soit ! Assumez maintenant vos échecs. Il y a une vertu dans l’échec : la dignité.

Pourquoi devrions-nous vous suivre aujourd’hui dans ce qui ressemble à un dernier baroud d’honneur ? Pourquoi devrions-nous aujourd’hui faire preuve de solidarité à l’égard de votre égo surdimensionné, sans que rien ne puisse le justifier ? Pourquoi devrions-nous vous aider à maquiller votre échec en injustice ? Pourquoi devrions-nous vous faire confiance ? Pourquoi devrions-nous vous soutenir aujourd’hui que vous êtes éliminés, justement ou à tort ? Peu importe. Quelle est votre légitimité aujourd’hui vous qui avez préféré vous inscrire dans une dynamique solitaire, à l’encontre d’une dynamique unitaire autour de l’essentiel, avec un programme consensuel, une équipe diversifiée et partageant les mêmes valeurs et vertus politiques qui devait aboutir au choix d’un candidat   non seulement le plus volontaire, mais aussi le moins chargé et le moins exposé politiquement au regard de son parcours, de son passé, de ses compétences, de son expérience et de son profil.

Certains d’entre vous sont ainsi partis de Fippu sur la pointe des pieds, sans un mot d’explication, sans un au-revoir, sans un merci, sans l’élégance des manières. Dans le silence parfois. Grossièrement souvent. Pour un rien toujours.

D’autres parmi vous ne voulaient ou ne pouvaient croire à ce type d’ouverture vers l’utile, préférant s’enfermer dans une entreprise perdue d’avance. Avec ou sans l’aide du Conseil Constitutionnel, vous avez échoué comme des grands…prétentieux.

Mais aujourd’hui, le sursaut (Fippu) organisationnel ou stratégique semble être d’actualité. On cède à toutes les propositions sans condition. On fait toutes les concessions pour continuer d’exister à côté des leaders dont les candidatures ont été validées. Vous semblez enfin vous inscrire dans le sursaut (Fippu). Par pur opportunisme.

Mais il convient de préciser que ce Fippu là, de dernière minute, est un Fippu réactif, presque tardif qui n’a rien à voir avec le Fippu préventif de la première heure, collectif, concerté, constructif, inclusif et actif que nous vous proposions.

Il n’est jamais trop tard certes pour rectifier le tir ; seulement je crois fondamentalement que toute la disponibilité dont vous faîtes preuve aujourd’hui n’est que du cinéma. Il ne sert à rien de sursauter, il fallait partir à point dans le Fippu. C’était un cadre idéal pour, non pas souffrir de la différentielle concurrentielle entre les parties prenantes, mais pour bâtir une alternative exceptionnelle face à l’adversité du camp d’en face. Notre unique adversaire.

Une fois, votre susceptibilité épargnée et votre lucidité retrouvée, vous galoperez de plus belle dans ce naturel qui vous caractérise et qui fait de vous des politiciens de la première heure dont le pays doit au plus vite se débarrasser pour s’engager enfin dans la voie du progrès. Ma conviction est qu’il n’y a plus rien à espérer de vous. Et ce rien, on vous le laisse… Irrévérencieusement.  

(par Ibrahima Silla Président du Mouvement Lénène Ak Niénène Membre du Directoire de Fippu)

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