2000, Wade poussait déjà de longs soupirs de désespoir. Les poches trouées, il ne croyait presque plus à son destin présidentiel. Ousmane NGOM avait décampé  quelques mois plus tôt et les 25 députés que le Vieux s’était ramassé lors des Législatives de 98 avaient aussi déserté. Le ventre mou de la classe politique conspira pour faire de Wade le candidat de l’opposition sous  la bannière de la « Coalition Aletrnance 2000 ». La suite, tout le monde la connait, mais peu se rappellent de Serigne Ousseynou FALL.

Serigne Ousseynou FALL, était candidat à l’élection présidentielle de 2000. Un candidat qui ne s’était, sûrement, pas singularisé par son score. Candidat sans grande envergure, son accoutrement « baayfaal » attirait la curiosité. Rasta, njaxas et café touba rythmait ses meetings. Ce n’était pas une candidature sérieuse aux yeux de l’opinion, mais avait pu rassembler la caution pour se revêtir d’une dignité présidentiable.

7 ans après, Wade remettait sa ceinture présidentielle en jeu et faisait, ainsi face à ses anciens compagnons. L’éternel faiseur de roi (Niasse), le revanchard socialiste (Tanor), le fils déshérité (Idy) étaient au rendez-vous. Même Landing SAVANE, alors ministre de Wade, avait bravé le ridicule pour se présenter contre son patron. Et qui se rappelle d’Alioune MBAYE plus connu sous le nom de Petit MBAYE avec sa structure organisatrice de combats de lutte avec frappe. Qui l’aurait imaginé ? On avait toujours aperçu l’arène soit à Demba DIOP, soit à Iba Mar DIOP ou à Amadou BARRY, en tout cas, très loin du palais ; mais les combats de lutte étaient assez lucratifs pour qu’un homme d’affaires y amasse assez de fortune pour payer la caution. Main blanche comme emblème de son bulletin de vote, il a fini par se salir dans des histoires d’argent. Loin d’être blanc comme neige, il ne restait plus qu’à aller se laver en prison. Y-a-t-il un lien entre sa témérité et ses déboires judiciaires ? On ne peut l’affirmer dans l’absolu, sauf si on veut emboucher la trompette des mauvaises langues. Pour les électeurs, le promoteur de lutte pensait CNG en postulant pour le palais. Quoiqu’il en ressorte, il aurait été plus inspiré de faire comme Luc Nicolaï, le « condamné-libre », l’homme qui a acheté sa liberté au prix fort d’un billet beige et marron. Comme quoi, dans les parties de « belotte-politique », il vaut mieux avoir la bonne couleur qu’une réputation de fille chaste.

5 ans après, Abdoulaye WADE voulait un troisième mandat. Ses juristes ont tenté d’expliquer sans convaincre ; il finit par faire le forcing. Idy, Bamba Dieye et Ibrahima FALL ont même fait leur campagne à quelques encablures du palais mais se sont heurtés à la pugnacité d’Ousmane NGOM. D’autres sont partis lutter car il fallait lutter pour le dégager.

Mor DIENG était là pour le faire. Expert-comptable de son état, il avait pu, lui aussi, rassembler la coquette somme de 65 000 000 FCFA pour payer la caution. On ne va pas épiloguer sur ses vrais mobiles, mais on peut lui prêter une lucidité suffisante pour ne pas songer à récupérer sa caution. Diouma Dieng DIAKHATE aussi, était droite dans ses bottes, déterminée à dégager WADE. Ces activités florissaient ; Couturière de renommée, elle pouvait se payer le luxe de claquer 65 000 000 FCFA en vue de passer ses derniers modèles sous les projecteurs. Elle avait finalement introduit l’enveloppe contenant son vote dans la poubelle au lieu de l’urne. Pour ainsi dire, la dignité de présidentiable est restée dans la poubelle depuis lors.

Qui s’en rappelle aujourd’hui ? Presque personne. On peut citer encore Mademba SOCK, Louis Jacques SENGHOR, Modou DIA, tous des candidats sans envergure mais à qui on ne peut reprocher leurs ambitions.

Et si le parrainage permet d’éviter l’encombrement qu’on a connu durant les dernières Législatives, on ne peut qu’être preneur. Si c’est pour faire place à un vrai débat politique empreint de clarté, on ne peut qu’acquiescer. Le filtre de l’argent ayant montré ses limites, il faut envisager d’autres moyens. Autant le dire tout de suite, le projet de loi sur le parrainage n’a aucune chance d’échouer devant l’Assemblée nationale. Il passera comme lettre à la poste. Aucune lecture parallèle ne peut être faite entre les enjeux du 19 avril 2018 et ceux du 23 juin 2011. Savoir s’opposer demande une grande lucidité, une lecture du contexte et une réaction appropriée. Appréhender la question avec intelligence, rimerait avec un abandon du combat sur le principe pour négocier les modalités, ôter toute sournoiserie de ce projet et le rendre adapté aux réalités politiques de notre pays. Un rendez-vous manqué risque d’entrainer les mêmes conséquences qu’une politique du boycott.

Savoir lire, c’est aussi savoir décrypter les discours. Quand Macky SALL lance un appel du pied en disant « si l’opposition pense que le taux de 1% est élevé, on peut le réduire à 0,5 ou 0,75% », on peut penser qu’il est prêt à lâcher du lest sans donner l’impression de reculer. Toute résistance devant la place Soweto ne serait que symbolique. Et à quelques mois des échéances électorales, il faut savoir être efficace et aller au-delà des symboles.

De toute façon, des restrictions sur les règles de présentation existent. J’ai beau penser que j’ai les épaules solides pour porter notre charmante République, mais au moment où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore rempli les conditions d’âge pour me présenter. J’ai beau penser que j’aurais pu faire mieux que ceux qui sont là mais on présume que je n’ai pas encore atteint un niveau de maturité critique pour présider aux destinées du Sénégal. Et pourtant, je ne risque pas de me donner en spectacle au cours des cérémonies religieuses, et j’ai un niveau de langue assez acceptable pour pouvoir dire le fond de ma pensée sans que mes mots ne sonnent en invectives. Aussi, je ne pense pas un jour avoir à forcer un bureau de vote mettant en avant ma qualité de membre de gouvernant et pourtant, on présume que je ne suis pas assez mature pour porter ce beau pays.

Il est, cependant, sûr que je n’ai pas 65 000 000 FCFA à donner comme caution, ni une popularité de 1% des électeurs pour espérer passer le cap du parrainage. Mais dès lors qu’il est plus facile pour un Moustapha Cissé LO ou un Farba NGOM de réunir l’argent que de mobiliser des signatures, je demeure convaincu que le filtre de l’argent n’est pas si efficace qu’on le pense. Assez éprouvé, l’argent finit par montrer ses limites.

Alioune Fall (Af)

 

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