Lutte contre la pauvreté à Ziguinchor : Les femmes, véritable levier pour booster l’économie

Les femmes de la Casamance jouent, pleinement, leur rôle dans le développement de cette partie Sud du Sénégal. Malgré ce contexte de crise qui sévit dans la partie méridionale du Sénégal, les femmes sont toujours au-devant de la scène dans la lutte contre la pauvreté et la précarité. 

Dans plusieurs secteurs économiques, on trouve des femmes qui y occupent une place importante. A savoir, la transformation céréalière,  des fruits, des légumes et des produits halieutiques. Elles sont, aussi, dans d’autres Secteurs non moins importants : la restauration, dans les champs, dans les rizières, les services et le commerce pour ne citer que ceux-là.

 «Notre Gie travaille, depuis plus de vingt ans, dans la transformation de fruits et légumes. Plus de trente femmes travaillent, ici. Nos produits sont vendus dans les quatorze régions du Sénégal», explique Mariama Sané, présidente d’un Groupement d’intérêt économique (Gie).

Dans cette partie Sud du pays, la crise a fait que  les activités économiques ont beaucoup régressé. Partout, comme à Ziguinchor, plusieurs usines de transformation de produits halieutiques, qui employaient des centaines femmes,  ont baissé leurs rideaux et mis la clé sous le paillasson.

Malgré cette situation, les femmes n’ont pas baissé les bras. Beaucoup s’activent dans des activités génératrices de revenus,  avec leurs maigres moyens. «Après la fermeture de notre usine sochesal, nous avons créé un Gie, grâce à une tontine qui nous a permis de nous autofinancer. Avec ce petit financement, nous avons commencé, avec la fabrication de savons, de vente de cacahuètes, de bouillie de mil, de crevettes sèches, de poissons fumés et de boissons locales», explique Aminata Souané, présidente de l’Association des femmes pour le développement.

 A en croire Madame Souané, beaucoup de femmes sont responsables de familles en Casamance. «Ce sont elles, qui gèrent leurs familles, tout en prenant, aussi, en charge leurs époux. Dont la plupart sont au chômage», signale-t-elle.

Elle ajoute : «la transformation des produits locaux nous apporte beaucoup d’avantages. Elle nous a permis, aujourd’hui, d’avoir des matériels pour alléger les difficiles conditions de travail des ménagères. Une partie de ces retombées de cette activité est investie dans une Mutuelle de santé. Où, les membres de notre Association peuvent se soigner, sans un grand coût. Et l’autre partie est réservée, pour financer nos membres et les nouvelles adhérentes».

Au quartier de Tilène, la gente féminine se bat pour le développement économique de Ziguinchor. Ici, les femmes sont organisées en Groupement et excellent, pour la plupart, dans le petit commerce informel. «Il y a plusieurs Associations de femmes, qui travaillent dans la savonnerie, la transformation de produits locaux, mais aussi dans la vente de vin local et d’huile de palme», explique, d’emblée, Angélique Gomis, membre d’une Association féminine à Tiléne. «Les femmes jouent, pleinement, leur rôle dans le développement économique de la Casamance. Dans tous les secteurs de la vie active, elles sont présentes. Et sont, souvent, au premier rang dans la lutte contre la pauvreté», a fait savoir Angélique Gomis.

 A l’en croire,  à Tilène, les femmes excellent, surtout, dans la vente du vin local et d’huile de palme. Une activité qui rapporte beaucoup. Dans beaucoup de boutiques spécialisées, on ne trouve que des femmes qui assurent la vente de vin local.

 «Nous fabriquons, nous-mêmes, le vin local à partir du jus de cajou qu’on fermente, pendant des mois. On importe, aussi, celui de la Guinée-Bissau qui se vend bien sur le marché. Avec cet argent, nous fortifions nos investissements, en élargissant notre marché, à travers le pays et la sous-région», explique-t-elle.

Angélique Gomis : ‘’nous fabriquons, nous-mêmes, le vin local à partir du jus de cajou qu’on fermente, pendant des mois. On importe, aussi, celui de la Guinée-Bissau qui se vend bien sur le marché’’

 Dans la région de Ziguinchor, beaucoup investissent dans l’exploitation de la forêt, notamment dans le charbon.

 Mame Touty Diamanka, exploitante forestière, la quarantaine bien épanouie, à la tête d’une dizaine de femmes qui pratiquent la même activité qu’elle, retrace les contours de ce métier pourtant réservé aux hommes.

 «Je produis du charbon, depuis plus de dix ans. C’est une activité qui marche bien. Mais, il faut être courageux et patient pour le pratiquer. Le travail n’est pas de tout repos. De la coupe du bois, jusqu’à la mise en four, et l’exploitation,  ça prend des jours ou des semaines, ce n’est pas facile.  

Autres difficultés, il faut trouver une autorisation de coupe de bois ; ensuite, avoir du matériel. Le charbon que nous produisons est vendu à Ziguinchor, en Gambie et en Guinée Bissau. On s’en sort, malgré les difficultés», explique-t-elle, tout en lançant un appel aux autorités pour leur venir en aide, afin,  dit-elle, de bien vivre de notre travail.

Mamanding Faty : ‘’avec cette activité, non seulement nous  prenons en charge les besoins de nos familles. Mais aussi, nous participons,  activement, au développement de notre Commune en payant des taxes Dans les poissons fumés

En outre, les femmes transformatrices de poissons jouent un rôle prépondérant dans la lutte contre la pauvreté en Casamance. Dans les zones de pêche, à savoir Kafountine, Cap Skirring, Diogué, Hélinkine, comme  au quai de pêche de Ziguinchor, ce sont elles les grandes actrices dans ce domaine.

 Regroupées dans des Gie et accompagnées par des Organisations non gouvernementales (Ong), elles produisent des tonnes de poissons fumés qui génèrent des recettes importantes.

 «Nous faisons ce travail, depuis plus de vingt ans. Au début, c’est juste pour avoir quelques kilogrammes de riz pour se nourrir. Aujourd’hui, la transformation est devenue un gros business. Aujourd’hui, avec la formation dont on a bénéficié et l’appui de certaines Ong de la place, on parvient à faire d’importants bénéfices», explique Mamanding Faty, femme transformatrice à Kafountine.

 «Avec cette activité, non seulement nous  prenons en charge les besoins de nos familles. Mais aussi, nous participons,  activement, au développement de notre Commune en payant des taxes», renseigne-t-elle.

 A Ziguinchor, comme dans les autres zones de pêche,  le constat est le même. Ce sont les femmes qu’on a trouvées  en pleine activité. La transformation de poisson, est la seule activité qu’elles pratiquent, après la vente de poissons.

 «Nos produits traversent la région. On exporte en Bissau et en Gambie. Les poissons fumés sont de bonne qualité ; c’est pourquoi, ils sont très prisés sur les marchés nationaux et ceux de la sous-région», affirme Maïmouna Sané, du Quai de pêche de Ziguinchor.

 Maïmouna Sané du Quai de pêche de Ziguinchor : ‘’avec les bénéfices, nous avons acheté quatre motos Jakarta qui versent dix mille, chaque jour’’

Les femmes casamançaises participent à l’économie de la région qui était à genou, depuis le déclenchement du conflit et qui a provoqué le départ de plusieurs bailleurs de fonds et d’entrepreneurs.

 Mais, pour ces femmes transformatrices, l’économie de la région de Ziguinchor «ne peut se développer sans leur partition». C’est ainsi que, de par les retombées de leur travail, elles s’ouvrent à d’autres activités comme le transport.

 «Nous avons acheté, pour le moment, quatre motos jakarta. Parce que nous avons vu que les motos sont rentables. Et chaque jour, elles versent dix mille, à savoir deux mille cinq cent par motos (2500 F Cfa), explique Maïmouna Sané.

«Nous ne comptons pas nous arrêter là. Nous allons fructifier nos recettes, en renforçant le parc motos. Pour le moment, nous travaillons pour l’exportation du poisson fumé en Guinée Bissau, en Gambie, et vers le marché hebdomadaire de Diaobé», ajoute Sali Sall, proche collaboratrice de Maï, comme l’appellent ses sœurs transformatrices de produits halieutiques.

 La cinquantaine bien épanouie, Sali Sall a toujours travaillé dans la transformation de poisson. A l’en croire, les femmes sont un pilier de l’économie de la région.

 «Elles sont partout dans tous les secteurs actifs de l’économie de la Casamance, la région, en particulier. De la vendeuse de cacahuètes, de légumes, dans la restauration, elles constituent les maillons de l’économie. C’est pour dire que, sans les femmes, il sera très difficile pour que cette région, qui a connu des soubresauts, reprenne très vite son envol économique normal», dit-elle.

Dans les efforts consentis par les femmes dans la marche de l’économie de la région, les maraîchères occupent une place non moins importante. Dans le département de Ziguinchor, elles sont les principales fournisseuses de certains condiments. Dont les feuilles de ‘’bissap’’, d’ignames, tomates, d’aubergine, et plusieurs autres variétés de légumes.

 Mouskéba Sané : ‘’j’ai acquis une maison, deux terrains, et un taxi grâce au maraîchage’’ 

«Des centaines de femmes s’activent dans le maraîchage à Ziguinchor. C’est une activité qui nous permet vraiment de subvenir à nos besoins. On parvient à payer la scolarité de nos enfants, assurer la dépense quotidienne. Car la plupart de nos époux sont au chômage, ou à la retraite», explique Mariama Tamba, maraîchère trouvée dans son périmètre au quartier Colobane. Sa voisine d’à-côté d’ajouter : «c’est une activité que j’exerce depuis plus de vingt». Mouskéba Sané, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, confie qu’elle a acquis une maison, deux terrains, et un taxi grâce au maraichage.

Même Ndèye Sagna, alias ‘’mère thiaff’’ : ‘’j’ai des clients dans plusieurs hôtels de Cap Skirring, de Ziguinchor, au marché Kermel de Dakar, et Castor. Maintenant, je veux aller dans la sous-région’’ 

Ndèye Sagna, vendeuse de cacahuètes, communément appelée «mère thiaff», la cinquantaine sonnée,   trouve bien son compte dans son activité. «La vente de cacahuètes marche bien, et j’y trouve mon compte. J’’exerce cette activité, depuis ma tendre enfance. Je l’ai héritée de ma mère. A cause de cela, je n’ai pas fait de longues études. Mais, je ne regrette rien. Car, je ne me plains pas, je gagne, bien et dignement, ma vie», explique Ndèye Sagna.

 Et d’ajouter : «j’ai des clients dans plusieurs hôtels de Cap Skirring, de Ziguinchor. Mieux, mes produits vont même jusqu’au marché Kermel de Dakar, et Castor».    

Madame Sagna ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Elle vise loin, et entend varier sa production. «Je veux avoir des clients dans les hôtels gambiens et Bissau guinéens, et Conakry».

Ndèye Sagna confie à SourceA : «j’ai modernisé ma façon de faire. Je mets les cacahuètes dans des bouteilles et des sachets propres.  Je les dépose dans des surfaces, à savoir des superettes et supermarchés de Ziguinchor et Dakar. Je touche du bois. Les affaires marchent. Seulement, nous sommes confrontées à un problème d’accès aux crédits. Aussi, les conditions d’accès aux crédits imposées par les institutions bancaires sont très difficiles ».

Guej Diouf Gouverneur de Ziguinchor«Plus de 90% des femmes s’activent dans le secteur économique»

 Selon le chef de l’Exécutif régional, les femmes de Ziguinchor sont les piliers de l’économie. A en croire Guej Diouf, 90% des femmes de la région interviennent dans le secteur économique.

 «Elles sont dans tous les secteurs, qui boostent l’économie de la région. Et parmi lesquels, la transformation, la pêche, le commerce, la savonnerie, le transport, entre autres», a dit le Gouverneur. Qui souligne que «ces braves femmes méritent d’être soutenues. Car, assure-t-il, «elles sont des soutiens de familles, ainsi que de véritables leviers pour le développement de la région et la Casamance, de façon générale».

 Le patron du Commandement se veut l’avocat de ces femmes auprès de la Délégation de l’entreprenariat rapide (Der) pour qu’elles accèdent aux financements.

 «Vu les difficiles conditions d’accès aux crédits dans les banques, la Der est un moyen pour ces dernières d’avoir, le plus rapidement, un financement. Il suffit juste de les organiser, pour qu’elles puissent bénéficier de ces crédits», ajoute Guej Diouf, Gouverneur de la région de Ziguinchor.

Malang FATY, Correspondant à Ziguinchor (Actusen.sn)

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