Etre femme et journaliste peut être un fardeau. Quand on y ajoute “mariée’’, le doute n’est plus permis. Les heures de travail à la rédaction peuvent être infernales et les obligations sociales ne permettent pas toujours de suivre le rythme. Dans cet environnement sexiste, une femme a su s’imposer d’abord en tant que reporter traitant de questions politiques et aujourd’hui manager d’un groupe de presse qu’elle a crée et mis sur pied. Elle dirige une entreprise de 70 personnes travaillant à 7TV la télévision et Az Actu, le site d’informations générales. Il s’agit de Maïmouna Ndour Faye dont EnQuête vous dresse ici le portrait.

Maïmouna Ndour Faye n’a pas besoin de dire “niari lokhoy takk toubeuy té moy takk seur’’, elle en est l’incarnation parfaite. Loin de celles qui pensent qu’être femme est un handicap, elle est convaincue que le genre importe peu. “Je ne regarde pas les gens en insistant sur le sexe. Pour moi, nous sommes tous des êtres humains. Je perçois le milieu comme un espace où il faut se faire une place à force de travail, de persévérance, d’abnégation, de détermination’’, défend-elle. Le milieu détermine l’Homme dit-on souvent. Maïmouna Ndour doit ainsi cette philosophie de vie à l’éducation inculquée par son père. Ce dernier lui a toujours fait comprendre que “goor baxna, jiggen baxna’’. En tant qu’aînée, elle a eu des responsabilités très tôt et a accepté de les assumer. Elle jouait le rôle de fille et de garçon dans la maison. Elle s’occupait des travaux ménagers et n’hésitait pas à changer des ampoules ou autre. Elle s’est ainsi forgé un certain caractère, une manière d’appréhender la vie. Ce qui lui a servi dans son évolution au sein de la société mais également dans sa vie professionnelle. Brillante élève, Maïmouna Ndour Faye a fait ses humanités à l’école primaire des HLM Patte d’Oie avant de terminer son cursus à l’école El hadji Mamadou Ndiaye de Ouakam. Le CEM de ce village lébou la reçoit plus tard puis le lycée Galandou Diouf. Brillante élève, après l’obtention du baccalauréat littéraire, elle est orientée à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, précisément au département d’anglais. On est en 2000. Au cours de sa Maîtrise, elle décide de suivre un cursus en journalisme. Ne croyez pas que c’est parce qu’elle n’avait aucune autre option dans le domaine professionnel. Loin de là. Cette trentenaire avait juste décidé de vivre sa passion. Le concours d’entrée au Centre des sciences de l’information (Cesti) en ligne de mire, elle décide de se faire la main en attendant. Soutenue par l’ancienne secrétaire générale du syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Synpics), Diatou Cissé, elle intègre la rédactiondeWalfQuotidien.Delatutelle de Jean Meissa Diop, elle passe sous celle de Mbagnick Ngom.Ils lui donneront ses “vrais’’ premiers cours d’écriture. Depuis longtemps, Maïmouna savait ce qu’elle voulait devenir. C’est ainsi que devant son miroir, dans l’intimité de sa chambre, elle jouait aux présentatrices. Elle s’essayait à lancer des chapeaux ou à écrire des textes. Ce qui lui a d’ailleurs facilité son apprentissage.“J’ai toujours aimé les métiers qui touchent la prise de parole, la liberté et c’est ce qui explique peut-être mon attirance, ma passion pour le journalisme’’.

Le passage à Walf.

Au début, elle devait passer trois mois dans la rédaction de Walf Quotidien. Mais elle a vu son stage être prolongé. “Les gens trouvaient que j’avais le niveau en terme de traitement de l’information tout comme en terme d’écriture’’, s’es telle souvenue. La journaliste doit cette aisance, en outre, à son niveau universitaire. Aussi, au moment où elle a décidé de se consacrer à sa passion, elle s’est donné les moyens de sa politique. “Je lisais les livres de grands journalistes de cette époque (ndlr au début des années 2000). Ils disaient que la presse écrite est formatrice’’, déclare-t-elle. D’où son choix de commencer par ce médium même si l’objectif depuis le départ était la télévision, la présentation. Dans l’optique d’atteindre ce dernier, après Walf Quotidien ,elle est allée à Walf Fm où elle passera quelques mois, histoire de travailler sa diction, sa voix, avant de revenir à sa première rédaction. Après 8 mois de bons et loyaux services à Walfadjri,            Maïmouna Ndour est recrutée par Canal Infos News. Un cursus jusque-là pas évident non pas parce qu’elle n’a pas fait d’école de journalisme mais parce qu’elle est entrée dans un monde assez sexiste. Il est de notoriété publique que les patrons de presse, surtout pour les médias écrits, ne veulent pas de femmes mariées dans leurs rédactions. Parce que souvent, elles font la part belle à leurs obligations sociales au détriment de leur devoir professionnel. Du moins, pensent-ils. Maïmouna Ndour Faye est le contraire de cette perception. Elle a intégré les rédactions en étant mariée et a su s’imposer en tant que reporter au desk politique. “Dans la presse, les femmes cherchent trop de prétextes pour ne pas faire le travail. Moi, je me suis toujours organisée pour respecter mes heures de travail et des fois même aller au-delà’’, affirme-t-elle. Ce qui lui a permis de gravir les échelons rapidement et d’avoir le carnet d’adresses qu’il faut. De reporter à Canal Infos, en 5 ans, elle est passée à coordonnatrice de la rédaction puis rédactrice en chef et enfin “dame à tout faire’’. Elle en avait les capacités telles que l’assure son ancienne collègue Ramatoulaye Diaw : “Je côtoie Maimouna Ndour Faye depuis 2007.Nous avons débuté notre cheminement en tant que collègues à Canal Info News. J’ai vu en elle une passionnée du journalisme et des médias. Elle est du genre à investir son temps, son énergie et même ses moyens matériels et financiers pour aboutir à un travail journalistique bien fait, ce qui lui a valu de gravir différents échelons et d’être portée à la tête de la rédaction’’. Et pour mieux se faire valoir et consciente que les diplômes sont parfois importants, elle a entamé un cursus académique.“Quand jesuisalléeàCanalInfos,j’aijugénécessairedefaireuneformationpourcomplé- ter un peu le cursus universitaire. J’y ai fait un master en journalisme et communication. C’était comme une validation des acquis professionnels’’, sourit-elle. A cela s’ajoute beaucoup de temps passé devant le petit écran à suivre les journaux de la RTS puis des télévisions privées. Tout cela pour comprendre et mieux réussir son incursion dans le monde des médias. Dans un milieu assez macho et souvent misogyne, elle a su se faire respecter. Seulement, ne croyons pas que ce sont les hommes qui s’opposaient à son leadership. “Ne pensez pas que les résistances viennent juste du côté des hommes. C’est des deux côtés. Parfois même on a plus de mal avec les femmes’’, avoue-t-elle. Or, ce sont ces dernières qui devraient peut-être plus la soutenir. En outre, “moi quand on me confie des responsabilités, je sais en prendre la pleine mesure et les assumer. Je sais comment faire accepter mon leadership et j’y arrive’’, assure-t-elle. Ce que confirme Ramatoulaye Diaw : “MNF est une valeur sûre du journalisme qui a su s’imposer au fil des années. C’est une femme qui sait ce qu’elle veut et qui se donne les moyens de l’obtenir, le tout,  dans le respect des règles édictées par la profession et la morale. C’est une femme leader qui sait manager ses équipes rigoureusement mais avec humanisme’’.

L’invitation de Barack Obama

De nature rebelle et ambitieuse à souhait, elle voit toujours les choses en grand. Après son expérience à Canal Infos où elle dit avoir tout appris, elle a créé son entreprise 3M universel. Maimouna mûrissait le projet depuis quelques années. “Le déclic a eu lieu aux USA avec la première promotion des Young african leaders(Yali). Nous étions les premiers du programme avec une autre Sénégalaise évoluant dans le domaine des micro-finances. On a été invitée aux USA par Barack Obama. Rencontrer ce dernier était un moment faste mais ce n’était pas le seul moment important. On nous a fait découvrir la crème de l’économie américaine. On a rencontré de jeunes entrepreneurs américains qui avaient 25 ans et qui employaient plus de 25 mille voire 50 mille personnes. De belles tranches de vie nous ont été contées. Depuis mon retour de ce voyage, je mûrissais le projet de mettre en place mon projet’’, raconte t-elle. Quand les choses ont pris forme, elle a monté un projet costaud et viable qui lui a permis de décrocher un prêt bancaire et de démarrer son business. C’est ainsi qu’est née son entreprise qui a débuté dans la production audiovisuelle. C’est dans ce cadre qu’elle avait signé un contrat avec la 2Stv. “Je tenais à faire mes produits et avoir le temps nécessaire de les faire. Je n’étais pas que productrice pour la 2Stv, je prenais part aux activités de la Rédaction. Je m’y suis engagée au point que certains ont pensé que j’étais recrutée par la 2Stv alors que ce n’était pas le cas. C’est juste que quand je m’engage, je me donne à fond’’, dit-elle. Aujourd’hui, 3M Universel grandit. Des productions audiovisuelles, l’entreprise est passée à la mise en place d’un site d’informations générales “Az Actu’’crééen2015. Ne voulant pas faire comme beaucoup de sites, la journaliste a senti la nécessité de créer une rédaction avec une vingtaine de journalistes et techniciens. Aujourd’hui, elle est à une équipede70personnes. “J’engageais des gens en prévision d’un autre projet qui était la télé. Je voulais qu’ils se familiarisent avec le traitement qu’on veut’’,précise-t-elle. “Personne sensible et généreuse’’ Aujourd’hui, c’est l’heure de la télévision, 7TV qui, assure-t-elle, va démarrer ses programmes incessamment. “L’équipe est au complet, le dispositif également. Les journalistes sont là depuis 2 mois’’, lance-t-elle sur un ton fier. Il y a de quoi l’être. Maïmouna Ndour Faye est la première femme sénégalaise ayant fait tout son cursus au pays avant de porter un projet de groupe de presse. Et après la télévision, le challenge sera de mettre sur pied une radio. Le journal papier n’est pas dans les perspectives de 3M Universel parce que “l’environnement est morose et on est à l’ère du numérique’’,est convaincue Mme Faye. Mais pour l’instant, elle se concentre sur son projet de télévision. Cette mère de deux enfants souhaite faire dans l’infotermaint. Ne comprenez pas “information et divertissement’’ mais plutôt “l’information à travers le divertissement’’. Elle compte innover de ce côté-là. C’est une autre facette de cette jeune dame aux allures de “garçon manqué’’ malgré son tissage. “Elle est très entreprenante et dotée d’un sens de l’innovation’’, témoigne d’ailleurs Ramatoulaye Diaw. Maïmouna Ndour compte le démontrer. Et avec la 7TV, les Sénégalais découvriront une autre manière de présenter les informations. Ne croyez pas que ce sera à la “Kouthia Show’’. Loin de là. Mais ce ne sera pas comme ce que l’on voit actuellement. Simple, sans fioritures, Maïmouna Ndour ne renvoie pas, physiquement, l’idée qu’on se fait ici des femmes de télévision. Elle ne se maquille pas quotidiennement, ne s’encombre de trop de bijoux ou d’une tignasse de cheveux brésiliens. Elle est toute simple, sobrement habillée mais avec goût. Certains la trouveront trop simple, à la limite la compareront à un garçon manqué. Parce qu’elle considère déjà que ce que les hommes peuvent réussir, elle peut le faire. Rester à la rédaction de 8h à 22h ou y passer la nuit ne la dérange pas même si elle est mariée et a des enfants. Tant que le devoir professionnel l’appelle, elle sera là. Une patronne comme ça exigera cela de ses employés. Seulement, comme le souligne Ramatoulaye Diaw, “sous ses airs de femme de fer, se cache une personne très sensible, généreuse tant dans le partage du savoir que de ses biens matériels. J’ai été le témoin privilégié de plusieurs occasions où elle a eu à soutenir et accompagner des jeunes qui voulaient embrasser la carrière de journaliste’’. Elle-même en est l’exemple patent. “Elle m’a ouvert certaines portes dans ma carrière professionnelle en toute générosité’’, dit-elle. Cela ne signifie pas que Maïmouna Ndour Faye n’a pas de défaut. Elle n’est pas parfaite.“Son seul défaut est qu’elle peut s’emporter avec fougue parfois, mais c’est parce qu’elle prend son travail à cœur et avec passion. Toutefois, elle n’est pas rancunière’’,renseigne son ex-collègue.

Enquête

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