Tout commence avec Fanta Mballo, adhérente à une tontine où les participants versaient 25 000 francs par jour, avec la promesse d’un gain de 5 millions de francs en fin de mois. Maty, l’organisatrice, lui avait assuré qu’elle ferait partie des trois premiers bénéficiaires. Mais face aux manquements de cette dernière, Fanta décide de se retirer après avoir versé 2,1 millions de francs. Maty lui promet alors un remboursement à la fin du cycle… promesse jamais tenue. Ne souhaitant pas engager une procédure judiciaire, Fanta s’en remet à Samba Khary Ba, qui se présente à elle comme un policier. Ce dernier lui réclame 30 000 francs pour couvrir ses frais de transport et se rend chez Maty, accompagné de trois autres personnes. Maty lui remet alors une somme totale de 1,65 million de francs. Mais au lieu de restituer cet argent à Fanta, le faux policier lui fait croire que Maty lui a donné rendez-vous au commissariat pour le remboursement.
L’affaire a été évoquée devant le tribunal des flagrants délits de Dakar ce mercredi. À la barre, le prévenu reconnaît avoir reçu 30.000 francs de la plaignante et avoir perçu 1,65 million de francs de Maty, tout en admettant s’être présenté comme un policier. Des propos confirmé par la plaignante qui indique : «À la fin de chaque mois, le gagnant reçoit 5 millions francs. Maty m’avait promis que je ferai partie des trois premières personnes à récupérer leur mise. Comme elle n’a pas respecté son engagement, j’ai décidé de me retirer lorsque j’ai cotisé 2,1 millions francs. Ainsi, Maty m’a promis de me restituer mon argent à la fin de la tontine. Là aussi elle n’a pas tenu promesse. Mais, je ne voulais pas la traduire en justice. J’ai finalement soumis l’affaire au prévenu qui s’était présenté à moi comme un policier. Sur ces entrefaites il m’a demandé 30 mille francs pour son transport dans la boutique de Maty en compagnie de trois de ses éléments. Le premier jour où il est parti dans la boutique de Maty, celle-ci lui a remis 1 million, puis 600 mille francs. Mais il ne m’a rien dit. Il m’a fait croire que Maty m’a donné rv au commissariat de Dakar pour la restitution de mon argent.»
Toutefois, pour le ministère public, il s’agit clairement d’une escroquerie fondée sur l’usage de fausse qualité. Il requiert une peine de six mois de prison ferme et une amende de 300 000 francs. Mais la défense plaide une autre lecture des faits. Me Tafsir Abdoul Sy estime que Maty a remis l’argent au prévenu parce qu’elle devait de l’argent à Fanta, et non sous l’effet d’un stratagème frauduleux. Il plaide donc pour une requalification en abus de confiance. La robe noire rappelle : «Il y a bien fait usage de fausse qualité de policier. Il y a aussi remise. Mais est-ce que c’est l’usage de fausse qualité qui a provoqué la remise ? Maty lui a remis de l’argent parce qu’elle devait de l’argent à la partie civile. Les faits s’analysent plus en abus de confiance. Il n’a jamais fait l’objet de condamnation. Il voulait restituer l’argent mais la partie civile avait émis le souhait de recouvrer la totalité de son argent.» Me Ndiougou abonde dans le même sens, arguant que la partie civile n’a pas elle-même remis l’argent, ce qui exclut l’escroquerie.
Le tribunal a finalement suivi cette ligne de défense en requalifiant les faits. Samba Khary Ba a été condamné à trois mois de prison ferme pour abus de confiance et usurpation de fonction, assortis d’une amende de 200 000 francs et d’un dédommagement de 2,5 millions de francs en faveur de la partie civile.
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
