Après près de trois ans de détention, Demba Sow et Siradji Labor, commerçants sénégalais accusés d’avoir facilité le recrutement de combattants pour la Katiba Macina, un groupe djihadiste actif au Mali, ont été acquittés par la chambre criminelle spéciale du tribunal de grande instance de Dakar. Une décision qui met en lumière les limites de l’enquête et les failles du dossier d’accusation. Tout a commencé le 19 janvier 2021, lorsque la Section de Recherches a été alertée d’une possible implication de citoyens sénégalais dans des activités de recrutement pour le compte d’un groupe djihadiste.
Demba Sow et Siradji Labor ont été arrêtés après plusieurs mois de surveillance. Dans le téléphone de Demba Sow, les enquêteurs ont découvert des images de propagande violente, tandis que Siradji Labor possédait onze puces téléphoniques ainsi que des enregistrements audio compromettants, dont des échanges avec un certain Abou Moussa, identifié comme un administrateur de la Katiba Macina. Des éléments troublants qui ont conduit à leur mise sous mandat de dépôt le 10 mai 2021.
À la barre, les deux prévenus ont rejeté toute implication. Siradji Labor a nié connaître Abou Moussa et expliqué que les puces retrouvées en sa possession étaient destinées à la vente. Quant à Demba Sow, il a reconnu avoir été affilié à la Katiba Macina, mais a affirmé s’en être éloigné après quatre mois. Il a insisté sur le fait que ses liens avec Siradji étaient purement commerciaux. L’avocat de la défense, Me Abdy Nar, a dénoncé une enquête biaisée et des conclusions basées sur des éléments insuffisants. Selon lui, les accusés n’ont jamais eu l’assistance juridique nécessaire au cours de la procédure et ont été victimes d’une interprétation excessive de leurs échanges téléphoniques.
Malgré les éléments recueillis par les enquêteurs, le procureur lui-même a admis l’absence de preuves suffisantes établissant un lien direct entre les deux hommes et des activités terroristes. «Les images trouvées dans son téléphone ne prouvent pas un rattachement à la Katiba Macina», a-t-il souligné, plaidant ainsi pour un acquittement ou, à défaut, le bénéfice du doute. La chambre criminelle a suivi ces réquisitions et a prononcé l’acquittement de Demba Sow et Siradji Labor, faute de preuves concluantes. Une décision qui rappelle l’importance de la rigueur dans les enquêtes liées au terrorisme, où le moindre élément peut peser lourdement sur le destin d’un individu.
Aïssatou TALL
