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Ardo Gningue risque 6 mois de prison dont trois ferme : le film du procès du chroniqueur

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Le chroniqueur Ardo Gningue s’est retrouvé face à la justice après une publication sur Facebook jugée offensante. Accusé d’avoir tenu des propos injurieux à l’encontre d’un groupe politique, il s’est défendu en évoquant une simple réaction aux menaces qu’il aurait reçues en ligne. À l’origine de l’affaire, un post Facebook devenu viral. Ardo Gningue assure qu’il n’avait aucune intention d’insulter ni de heurter qui que ce soit : «Cela dépend de l’entendement et de la compréhension des gens», a-t-il expliqué à la barre ce mercredi, avant d’ajouter : «C’était une erreur, ça ne se reproduira plus.» Mais le parquet ne l’entend pas de cette oreille. Le procureur l’interpelle immédiatement sur un mot en particulier rétorqua : «Que vouliez-vous dire par Thiapa ?» Un terme en wolof dont la connotation insultante ne fait aucun doute, selon l’accusation.

Pour sa défense, Ardo Gningue évoque les pressions qu’il aurait subies en ligne : «Les militants de Pastef me menaçaient, disant que je ne passerais pas la Korité chez moi. Ça devenait viral, alors j’ai réagi. D’ailleurs, Assane Seck a dit pire que moi.» Une justification qui laisse le procureur sceptique. Il fustige ces comportements en ligne où l’insulte devient une arme à double tranchant : «Hier, avez-vous insulté ? Aujourd’hui, avez-vous insulté ? Demain, insulterez-vous ? Vous ne mesurez pas vos paroles, et une fois les conséquences arrivées, vous plaidez l’erreur et cherchez le buzz.» Il rappelle ensuite que Thiapa est une insulte notoire, indigne d’un espace public. Le ministère public insiste sur le rôle d’un chroniqueur, censé mesurer ses propos. «Il doit tenir des discours responsables. Ce genre de comportement doit être sanctionné pour servir d’exemple», dit-il. Estimant les faits établis, le procureur requiert six mois de prison, dont trois fermes.

La défense, quant à elle, tente de démonter l’accusation. Me Alioune Badara Fall soutient que l’élément moral de l’infraction fait défaut : «Selon son entendement, ce mot n’est pas contraire aux bonnes mœurs. Si vous le jugez coupable, soyez indulgent.» Me Oumar Youm, lui, remet en question même la base juridique de l’affaire : «Où est cette infraction dans le code pénal ? Les bonnes mœurs ne sont pas définies par la loi. Il a seulement répondu à des attaques sur les réseaux sociaux. Il doit être relaxé.» Enfin, Me Amadou Sall met en garde contre un précédent judiciaire : «Si on le condamne pour ça, alors il faudra juger tout le monde. « Kou ni sarap li tribunal teudji niou, koon dinaniou teudji nieup ».» Le tribunal rendra son verdict le 26 mars. En attendant, Ardo Gningue, qui voulait faire entendre sa voix sur Facebook, devra patienter pour savoir si celle-ci lui vaudra ou non une condamnation.

Aïssatou TALL (Actusen.sn)

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