A LA UNETroubles à la prière : un électromécanicien condamné pour pollution sonore

Troubles à la prière : un électromécanicien condamné pour pollution sonore

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Parfois, les affaires les plus bruyantes commencent dans le silence. Dans une salle d’audience à peine sortie de sa torpeur, on évoque une machine. Une machine industrielle, assourdissante, opérée par un sexagénaire au calme déroutant, Ibrahima Diagne, désormais surnommé dans son quartier «l’homme à la machine». Une étiquette qui dit tout d’un conflit où la mécanique a servi de porte-voix à une guerre de voisinage. Au cœur de cette affaire jugée par le tribunal des flagrants délits de Dakar, un problème aussi vieux que les murs des concessions, le bruit.

Mais pas n’importe quel bruit. Il s’agit de celui de l’appel à la prière, venu d’un haut-parleur de mosquée que le prévenu juge trop envahissant. Et pour s’en défendre, il aurait trouvé la riposte la plus… sonore. Il a fait tourner son appareil industriel à plein régime, précisément aux heures de prière. Résultat, les fidèles, désorientés, fuient le vacarme. Certains disent même avoir été contraints de changer d’itinéraire pour aller prier ailleurs. Face au juge, les mots claquent comme les pales de la machine : «Tu as augmenté le volume de ta machine jusqu’à ce qu’un collectif soit formé contre toi», note le juge. Le magistrat, visiblement déconcerté, tente une mise au point presque paternelle : «ce n’est pas parce que la mosquée fait du bruit qu’il faut en faire autant. Ce n’est pas responsable»,  lui dit le magistrat.

À la barre, Ibrahima tente une défense pleine d’émotion. Selon lui, ce sont ses enfants qui ont eu peur du haut-parleur de la mosquée. «Il a voulu réagir avec le cœur», plaide son avocat. Pour Me Babacar Mbaye, cette histoire n’est rien d’autre qu’un vieux contentieux de voisinage camouflé en affaire de nuisance. «Ce conflit sonore cache une rivalité qui remonte à plusieurs années », explique la robe noire.  Le procureur, lui, reste droit dans ses bottes. Pas question de tolérer ce qu’il considère comme une perturbation manifeste de l’ordre public. Il requiert l’application stricte de la loi. Le tribunal déclare Ibrahima Diagne coupable, mais fait preuve de clémence. Il écope de trois mois de prison avec sursis, tandis que la question des dommages et intérêts est renvoyée à plus tard.

Aïssatou TALL (Actusen.sn)

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