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Île de Ngor : 13 jeunes femmes trainées en justice pour prostitution et outrage public aux bonnes mœurs

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Le box des accusés a été plein, hier au tribunal correctionnel. Treize jeunes femmes ont comparu devant la barre pour prostitution, outrage public aux bonnes mœurs et défaut de carnet sanitaire. Elles ont été interpellées sur la voie publique, dans la zone touristique de l’île de Ngor, à Dakar. Selon le juge, c’est la brigade de proximité qui a alerté la brigade de recherches de Faidherbe, laquelle est ensuite intervenue pour procéder aux arrestations. Toutes sont jeunes. Certaines à peine majeures. Presque toutes étrangères. Leur interpellation a eu lieu alors qu’elles «guettaient la clientèle sur la voie publique», selon le rapport d’enquête. Pourtant, à la barre, le discours change.

Cependant, les contradictions entre les déclarations faites lors de l’enquête préliminaire, devant le procureur, et celles livrées à la barre sont nombreuses. Aïssata Ba, par exemple, avait reconnu sur procès-verbal qu’elle n’avait pas de carnet sanitaire au moment de son interpellation. Pourtant, à l’audience, elle revient sur ses propos et soutient en avoir un. Trop tard, peut-être. Aïssatou Seydy, elle, conteste tout lien avec la prostitution. Or, à l’enquête, elle avait reconnu les faits. Idem pour Thiane Fall, qui, face au procureur, avait reconnu posséder un carnet sanitaire, avant de se raviser à la barre.

Les juges relèvent cette dissonance avec froideur. Quant à Amy Collé Diop, elle reconnaît en enquête qu’elle est détentrice d’un carnet, mais avait refusé de le présenter aux enquêteurs. Elle affirme ne pas savoir que la prostitution était interdite dans cette zone. Une ligne de défense reprise par Aby Diagne : «Je ne savais pas que c’était interdit à l’île de Ngor. Moi et la prostitution, c’est fini parce que tous mes proches sont dans la salle», lance-t-elle, presque solennelle. Le juge la corrige aussitôt, implacable : «C’est interdit sur tout le territoire national.» À cet effet, le maître des poursuites demande l’application stricte de la loi pénale.

Les avocats de la défense, dont Me Diongue et Me Cheikh Sy, insistent sur le flou juridique et les irrégularités de procédure. Me Sy, notamment, indique : «Les agents n’ont pas décrit l’habillement des prévenues dans leur rapport. Or, pour parler d’outrage public aux bonnes mœurs, encore faut-il qu’on en donne les éléments.» Il va plus loin : «Pour ce qui est du racolage, est-ce qu’il a été prouvé que ma cliente marchandait son corps sur la voie publique ?» Et d’insister sur la vulnérabilité de sa cliente : «Elle a quitté son pays, est seule ici, sans repères. Une application bienveillante de la loi serait plus juste.» Au terme des débats, le tribunal tranche. Il relaxe toutes les prévenues du chef de racolage, faute de preuves suffisantes. Mais il les reconnaît coupables de prostitution, un délit toujours en vigueur dans le droit pénal sénégalais. La sanction varie légèrement. Aby Diagne écope de 15 jours fermes, et les douze autres, un mois de prison ferme chacune.

Aïssatou TALL (Actusen.sn)

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