Invité de la dernière émission Champ Contre Champ sur la RTS, Seydi Gassama n’a pas tourné autour du pot. Le directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal a mis les pieds dans le plat : les tensions entre le pouvoir actuel et les figures de l’ancien régime continuent d’alimenter un climat lourd, voire explosif.
“L’incarcération de personnes dans un état aussi fragile donne l’image d’un acharnement judiciaire”, soutient le droit de l’hommiste à la RTS
Sur le cas Farba Ngom, Gassama a rappelé des faits difficilement contestables. Deux expertises médicales, toutes commandées par la justice et réalisées par des médecins de l’État — pas ceux de l’intéressé — aboutissent au même diagnostic : l’ancien député n’a pas la capacité physique d’endurer une détention. Les spécialistes recommandent clairement son maintien hors des cellules pour raisons de santé. Pourtant, le dossier traîne, et les interrogations fusent.
“Surtout lorsque le risque de fuite est quasi inexistant”
Le défenseur des droits humains ne s’est pas arrêté là. Il a évoqué la situation de l’épouse du journaliste Madiambal Diagne, clouée dans un fauteuil roulant et souffrant de pathologies chroniques connues de tous. L’incarcération de personnes dans un état aussi fragile, souligne-t-il, donne l’image d’un acharnement judiciaire. Surtout lorsque le risque de fuite est quasi inexistant.
Seydi Gassama préconise le bracelet électronique
Pour Gassama, la solution existe et ne relève pas du miracle : le bracelet électronique. Un dispositif qui permet de garantir un suivi judiciaire serré tout en évitant de mettre en péril la santé des personnes concernées. « Ce n’est pas une absolution », a-t-il insisté. C’est un moyen d’assurer la disponibilité du justiciable, lui permettre d’être auprès de sa famille, d’accéder à ses soins, et de répondre à la justice dès qu’elle le convoque. Un rappel qui fait grincer des dents. Car plusieurs responsables politiques en excellente santé bénéficient déjà de ce type d’aménagement judiciaire. “Pourquoi pas ceux dont l’état médical est gravement compromis ?”, s’est-il interrogé. Ainsi, Seydi Gassama invite l’État à humaniser les poursuites. Non pas pour protéger qui que ce soit, mais pour éviter d’alimenter un sentiment d’injustice et d’inégalité de traitement. Une manière de dire que la justice doit être ferme, certes, mais jamais aveugle.
Amadou DIA (Actusen.sn)
