Réunis hier dans une salle comble, économistes, acteurs politiques, membres de la société civile et opérateurs économiques ont assisté à la présentation officielle du Programme accéléré de redressement économique (PARÉ), porté par Madana Kane, leader du mouvement politique Dundu. Un document stratégique qui se veut, selon son initiateur, « une contribution sérieuse, responsable et patriotique au débat économique national. »
D’entrée de jeu, Madana Kane a tenu à remercier les participants pour leur présence, insistant sur le caractère non partisan de la rencontre. « Nous ne sommes pas ici pour parler de partis politiques ni de personnes. Nous sommes ici pour le Sénégal », a-t-il déclaré, avant de souligner que son engagement politique repose sur les idées, et non sur le sensationnalisme ou le populisme. Une posture assumée, malgré les critiques, qu’il considère comme « la vraie manière de faire de la politique ».
Le leader du mouvement politique Dundu fait un diagnostic sévère de l’état de l’économie sénégalaise
Avant d’entrer dans le détail du PARÉ, Madana Kane a posé ce qu’il estime être un préalable incontournable : le diagnostic de la situation économique et financière du pays. Selon lui, le Sénégal traverse une crise profonde marquée par un déficit budgétaire estimé à 14 %, une réduction drastique des marges de manœuvre budgétaires, une croissance hors hydrocarbures limitée à environ 3 %, et une dégradation de la note souveraine, rendant l’accès aux marchés financiers internationaux plus coûteux.
« Aujourd’hui, les marchés internationaux nous sont pratiquement fermés », a-t-il déploré
À cela s’ajoute la suspension du programme avec le FMI, qui prive le pays de ressources concessionnelles et contraint l’État à dépendre presque exclusivement du marché financier régional. « Aujourd’hui, les marchés internationaux nous sont pratiquement fermés », a-t-il déploré, soulignant les risques de soutenabilité de la dette publique dans un tel contexte.
Une critique frontale du plan gouvernemental : «Le Pres n’est pas un plan de redressement économique et social, mais un plan de redressement des comptes publics », dira M. Kane
Madana Kane n’a pas mâché ses mots à l’égard du Plan de redressement économique et social (PRES) présenté par le gouvernement le 1er août 2025. Pour lui, ce plan est « incomplet » et mal nommé. « Ce n’est pas un plan de redressement économique et social, mais un plan de redressement des comptes publics », a-t-il affirmé. Selon le leader de Dundu, le PRES se limite essentiellement à une mobilisation coercitive des ressources, à travers la fiscalité et la réduction des dépenses, sans véritable volet de relance économique. Il va plus loin en qualifiant le plan de « sévère et égoïste », estimant qu’il fait peser l’essentiel de l’effort sur les ménages et les acteurs économiques, tandis que l’État, principal bénéficiaire, ne consent pas à une réduction significative de son train de vie.
Le PARÉ : deux chantiers, huit leviers
En réponse à ces insuffisances, le PARÉ repose sur deux grands chantiers. Il s’agit de la relance de l’économie, et du redressement des comptes publics.
Ces deux chantiers sont déclinés en huit leviers. Trois leviers de relance que sont l’emploi, la production et la consommation. Cinq leviers de redressement que sont la gestion de la dette, le recalibrage du rôle de l’État, la réorganisation du secteur parapublic, l’ingénierie financière et la diplomatie financière internationale.
Madane Kane décrète la relance de l’économie par l’emploi, la production et la consommation
Pour Madana Kane, la relance économique ne peut se faire sans placer l’emploi au cœur de la stratégie. Il rappelle que 75 % des Sénégalais ont moins de 35 ans, que 90 % des entreprises sont des PME, et que le secteur informel représente près de 40 % du PIB et génère environ 90 % des nouveaux emplois chaque année.
Le PARÉ propose ainsi 20 mesures urgentes
D’ailleurs, parmi les 20 mesures proposées par le PARÉ, figurent la création d’une caisse unique d’aide à la production et à l’emploi, regroupant les différents dispositifs publics existants ; la baisse ciblée des charges patronales pour les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre ; la généralisation des contrats d’alternance et d’apprentissage dès le secondaire ; l’allocation de 300 milliards de FCFA sur trois ans au secteur informel, conditionnée à la formalisation ; un impôt sur les sociétés préférentiel de 1 % pendant cinq ans pour les nouvelles entreprises de transformation et d’exportation ; la promotion du contenu local, avec l’obligation de 40 % d’approvisionnement local pour certains secteurs stratégiques ; des mesures spécifiques pour relancer le BTP, l’agriculture, l’énergie, le numérique et les technologies émergentes.
Sur le volet consommation, le programme propose notamment l’instauration d’un revenu minimum de subsistance, la revalorisation du SMIC, la révision de la fiscalité…
Ce n’est pas tout. Car rien que sur le volet consommation, le programme propose notamment l’instauration d’un revenu minimum de subsistance, la revalorisation du SMIC, la révision de la fiscalité sur les revenus, ainsi qu’une réduction de la part des ménages dans les dépenses de santé, actuellement estimée à près de 50 %.
Redresser durablement les comptes publics : ce que Dundu propose
Le second pilier du PARÉ concerne le redressement des finances publiques, à travers 18 mesures urgentes. Celles-ci s’articulent autour d’une meilleure gestion de la dette, d’un recalibrage du rôle de l’État central, d’une réorganisation du secteur parapublic, et d’un recours accru à l’ingénierie financière. Madana Kane insiste également sur la nécessité d’une diplomatie financière internationale active et efficace, capable de restaurer la crédibilité du Sénégal auprès des partenaires techniques et financiers. « Il faut reconnaître que nous sommes malades pour pouvoir nous soigner », a-t-il illustré, plaidant pour une approche pragmatique et intelligente des relations avec les institutions financières internationales.
« Il faut reconnaître que nous sommes malades pour pouvoir nous soigner »
Ne voulant pas s’arrêter en si bon chemin, le leader de Dundu a rappelé que le PARÉ n’est pas un simple plan de relance, mais un programme global de redressement économique et financier, conçu pour sortir durablement le Sénégal de l’ornière. Le document complet sera mis en ligne dans les prochains jours, avec l’ambition de susciter débats, critiques et contributions. « Nous travaillons pour le Sénégal », a-t-il martelé, convaincu que la sortie de crise passe par des choix courageux, une vision claire et une politique fondée sur les idées plutôt que sur les invectives.
Amadou DIA (Actusen.sn)
