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650 millions d’euros levés en catimini : le Sénégal au cœur d’un présumé scandale financier, selon FT

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En pleine négociation avec le FMI, le Sénégal se retrouve au cœur d’un présumé scandale financier révélé par le Financial Times. Des emprunts contractés en toute discrétion via des montages complexes exposent le pays à de lourds risques et interrogent sur la transparence de la gestion de la dette publique.

“Le Sénégal a mobilisé 650 millions d’euros d’emprunts non divulgués pour tenter d’éviter un défaut de paiement”, titre le journal anglais. C’est une bombe que lâche le Financial Times. Selon le quotidien britannique, le Sénégal aurait levé en toute discrétion 650 millions d’euros, hors des circuits classiques et sans en informer ni les marchés financiers ni le Fonds monétaire international. Au cœur de cette opération jugée opaque, des instruments financiers sophistiqués appelés “total return swaps”. Un mécanisme qui permet de mobiliser rapidement des liquidités, mais au prix de concessions majeures, notamment en accordant aux prêteurs une priorité sur les autres créanciers.

Des prêteurs privilégiés, des marchés tenus à l’écart :  En mai 2025, un accord avec l’AFC a permis au Sénégal de mobiliser jusqu’à 350 millions d’euros

D’après les documents confidentiels consultés par le journal, Dakar a contracté ces financements auprès de deux institutions : Africa Finance Corporation (AFC) et First Abu Dhabi Bank (FAB). Le premier acte posé remonte en mai 2025 quand un accord avec l’AFC a permis au Sénégal de mobiliser jusqu’à 350 millions d’euros. Une première tranche de 105 millions d’euros est décaissée, contre la mise à disposition d’obligations domestiques d’une valeur de 150 millions d’euros. Le tout assorti d’intérêts élevés, entre 3,5% et 4% au-dessus d’un taux variable.

Là encore, les conditions sont salées : Avec la First Abu Dhabi Bank, en juin, ce sont 300 millions d’euros obtenus en échange de près de 400 millions d’euros d’obligations

La deuxième étape remonte en juin quand Dakar remet ça avec la First Abu Dhabi Bank. Cette fois, ce sont 300 millions d’euros obtenus en échange de près de 400 millions d’euros d’obligations. Là encore, les conditions sont salées, avec une marge d’environ 5%. Résultat : des créanciers désormais en position de force, avec des garanties solides qui les placent en tête de file en cas de difficulté de remboursement.

Le FMI mis devant le fait accompli :  « Les conditions de ces swaps ne nous ont pas été communiquées », rapporte Financial Times 

Plus troublant encore, c’est quand le FMI affirme ne pas avoir été informé des détails de ces opérations, alors même que le Sénégal négocie un programme de 1,8 milliard de dollars avec l’institution. « Les conditions de ces swaps ne nous ont pas été communiquées », confie le Fonds au Financial Times, rappelant qu’une telle transparence est normalement exigée pour la soutenabilité de la dette. Une situation qui jette un froid, alors que la confiance constitue un élément clé dans les discussions en cours.

De quoi porter l’encours total de la dette à plus de 40 milliards de dollars, soit plus de 130% du PIB, le cas échéant 

D’ailleurs, ces révélations interviennent dans un contexte déjà tendu. Un audit officiel avait mis à nu, en 2025, l’existence d’au moins 7 milliards de dollars de dette cachée accumulée sous l’ancien régime. De quoi porter l’encours total à plus de 40 milliards de dollars, soit plus de 130% du PIB. Car avec ces nouveaux montages, la facture pourrait encore s’alourdir. Des analystes évoquent déjà un recours aux swaps pouvant atteindre 1 milliard de dollars.

Des clauses à haut risque : des pénalités lourdes…

Encore que ces contrats signés comportent des clauses particulièrement contraignantes. En cas de défaut avant 2028, le Sénégal pourrait subir des pénalités lourdes. Pire, certains accords prévoient que les garanties obligataires puissent être valorisées à zéro. Autre exigence surprenante : dans le cas du contrat avec l’AFC, Dakar devait non seulement reconnaître l’institution comme créancier privilégié, mais aussi garder confidentielle l’existence même du prêt.

Silence radio des autorités

Interpellés par le Financial Times, le ministère des Finances et son conseiller, Global Sovereign Advisory, n’ont pas réagi. Un mutisme qui alimente les interrogations, alors que les investisseurs eux-mêmes disent découvrir ces opérations au compte-gouttes, lors de réunions informelles à Dakar. Face à la hausse des coûts d’emprunt sur les marchés internationaux, plusieurs pays en difficulté se tournent vers ces instruments financiers. Mais la Banque mondiale alerte. Et c’est pour dire que ces pratiques, peu transparentes, fragilisent davantage les économies en crise. Pour le Sénégal, le pari est risqué. Il s’agit d’obtenir des liquidités immédiates au prix d’un endettement plus complexe, moins lisible, mais potentiellement plus dangereux.

Amadou DIA (Actusen.sn)

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