La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU franchit une nouvelle étape décisive. En conférence de presse hier, Aïssata Tall Sall a annoncé son audition devant le Conseil de sécurité le 20 avril prochain. L’ancienne cheffe de la diplomatie sénégalaise démonte les critiques, détaille la stratégie du candidat et appelle à un sursaut d’unité nationale autour d’un “enjeu qui dépasse le Sénégal”.
La course au secrétariat général de l’Organisation des Nations unies entre dans sa phase la plus stratégique. Face à la presse hier, Aïssata Tall Sall a levé le voile sur le calendrier à venir, en annonçant une échéance clé : « L’étape prochaine, c’est le Conseil de sécurité. Les candidats seront auditionnés, je pense, à la fin du mois d’avril… le 20 avril », a-t-elle déclaré.
L’ancien ministre des affaires étrangères : « L’étape prochaine, c’est le Conseil de sécurité. Les candidats seront auditionnés le 20 avril »
Cette audition constituera un moment déterminant pour Macky Sall, appelé à « décliner sa vision » et à répondre aux interrogations soulevées autour de sa candidature. « Il répondra peut-être à toutes ces questions que les gens veulent agiter, notamment sur l’affaire dite des 80 morts. Car on s’y était préparé depuis qu’on était dans le gouvernement. On a toutes les réponses à cela », a insisté l’ancienne ministre des Affaires étrangères.
« Macky Sall à toutes ces questions que les gens veulent agiter, notamment sur l’affaire dite des 80 morts. Car on s’y était préparé depuis qu’on était dans le gouvernement. On a toutes les réponses à cela »
D’ailleurs, pour répondre à ceux qui croient que la candidature de l’ancien Président a été rejetée après le dernier acte posé par l’Union africaine, à travers une procédure de silence, Aïssata Tall Sall a voulu couper court aux polémiques. « La candidature a été déposée le 2 mars, elle a été reçue par les Nations unies, elle est donc actée », a-t-elle affirmé, rejetant toute idée de rejet ou d’irrégularité. Pour elle, « le processus suit son cours normal ».
D’ores et déjà, poursuit-elle, « 37 pays soutiennent la candidature, 13 ont émis des objections et 5 ont demandé un délai », ce qui constitue, à ses yeux, « une majorité qualifiée »
Revenant sur les discussions au sein de l’Union africaine à Addis-Abeba, elle a tenu à clarifier la fameuse « procédure de silence ». « Ce n’est pas un vote classique. Chaque pays dit oui, non ou s’abstient », a-t-elle expliqué. Selon ses chiffres, « 37 pays soutiennent la candidature, 13 ont émis des objections et 5 ont demandé un délai », ce qui constitue, à ses yeux, « une majorité qualifiée ».
Même s’il y a le verrou du Conseil de sécurité, « l’Afrique, dans sa grande majorité, soutient cette candidature », a-t-elle insisté
« L’Afrique, dans sa grande majorité, soutient cette candidature », a-t-elle insisté, balayant les critiques sur une prétendue faiblesse du soutien continental. Ce n’est pas tout. Car l’ancienne cheffe de la diplomatie sénégalaise a également répondu aux critiques visant le rôle du Burundi, qui porte la candidature. « J’ai encore entendu des quolibets : oui, c’est le candidat du Burundi… », a-t-elle déploré.
Avant de répliquer : « Le Burundi préside l’Union africaine. C’est une manière pour l’Afrique de porter cette candidature, de dire ce qu’elle veut et comment elle veut le porter aux yeux du monde ». Pour elle, il est erroné de « caricaturer » cette dynamique, rappelant que « tous les pays ont une égale dignité en diplomatie ».
Au-delà de la procédure, Aïssata Tall Sall a détaillé les axes majeurs du projet porté par Macky Sall. Premier pilier, « forcer une vision intégrée de la paix et de la sécurité », en revenant aux fondamentaux de la création de l’ONU au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, soit en 1945. « Le monde a dit : plus jamais ça », a-t-elle rappelé, évoquant les tragédies comme l’Holocauste.
Deuxième axe, il s’agira de « rénover et de revitaliser le multilatéralisme ». « Il faut que toutes les nations se concertent avant des décisions qui engagent l’avenir de l’humanité », a-t-elle expliqué, citant les conflits et les crises internationales.
Troisième priorité, ajoute-t-elle, « renforcer la gouvernance des Nations unies ». Cela passera, selon la présidente du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, par « la rationalisation des dépenses, la simplification des procédures et l’évitement des chevauchements de missions ». « Voilà un homme qui a une vision claire de ce qu’il entend faire », a-t-elle martelé.
ATS a rappelé que par le passé, Abdou Diouf avait été porté à l’international à travers l’Organisation internationale de Francophonie (OIF), appelant aujourd’hui à un réflexe similaire de solidarité
Mais la clé du processus reste entre les mains du Conseil de sécurité. Aïssata Tall Sall l’a rappelé sans détour : « Si un seul dit non, tout s’arrête », en référence au droit de veto des membres permanents. Après l’audition du 20 avril, « on attendra le verdict du Conseil de sécurité, puis celui de l’Assemblée générale », a-t-elle précisé, inscrivant la candidature dans un processus encore long et incertain.
Coïncidant avec son arrivée au pouvoir, Abdoulaye Wade l’avait pourtant soutenu, non pas pour la personne de Abdou Diouf, mais pour le Sénégal, rappelle l’ancienne ministre
Sur le fond, la responsable politique voit dans cette candidature une chance rare. « Je ne dis même pas pour le Sénégal… c’est une opportunité pour le monde, pour l’Afrique », a-t-elle affirmé, tout en regrettant les divisions internes. « Pour la première fois dans notre histoire, on voit un fils du pays digne d’occuper ce poste… et le pays crache dessus », a-t-elle regretté, visiblement agacée par certaines critiques. Elle a rappelé que par le passé, Abdou Diouf avait été porté à l’international à travers l’Organisation internationale de Francophonie (OIF), appelant aujourd’hui à un réflexe similaire de solidarité. Arrivé justement au pouvoir, Abdoulaye Wade l’avait pourtant soutenu, non pas pour la personne de Abdou Diouf, mais pour le Sénégal. Toutefois, le camp du Président Sall reste optimiste. « La diplomatie va continuer son travail et les positions vont évoluer », a-t-elle assuré, évoquant « les nombreux messages » d’encouragement reçus. « Il sera là pour le monde, pour l’Afrique et pour le Sénégal, parce que c’est un fils du pays », a-t-elle conclu, avant de glisser, confiante : « Inch’Allah. »
Amadou DIA (Actusen.sn)
