Au-delà des révélations sur ce «protocole de Cap Manuel», c’est surtout l’ampleur de la rupture politique actuelle qui a marqué cette sortie médiatique. Ousmane Sonko a officiellement désavoué les responsables de Pastef ayant choisi de rester dans le gouvernement d’Al Amine Lo. Pour lui, ces ministres ne représentent plus le parti. « Aucun ministre de Pastef ne siège dans ce gouvernement. Ceux qui sont restés y sont pour leur propre compte. Pastef n’a aucun ministre dans ce gouvernement », a-t-il martelé. Une déclaration qui acte de fait une séparation totale entre le parti et plusieurs figures ayant accepté de poursuivre l’expérience gouvernementale avec le président Bassirou Diomaye Faye. Le leader de Pastef est allé encore plus loin en annonçant d’éventuelles sanctions disciplinaires contre les concernés. « Les ministres qui sont restés subiront les lois du parti », a-t-il averti.
D’ailleurs, pour Ousmane Sonko, le nouveau pouvoir cherche désormais à affaiblir méthodiquement son courant politique au sein de l’État. Il affirme que les divergences avec le président de la République ne datent pas d’hier et portent sur plusieurs dossiers majeurs. « Je voulais discuter de la dette et des engagements avec le FMI. Sur ces questions, nous n’étions pas d’accord. De même sur les prix et la justice. Il estime que tout fonctionne normalement, ce qui n’est pas mon avis. »
L’ancien Premier ministre révèle également de profondes divergences sur la composition du nouveau gouvernement. Selon lui, Bassirou Diomaye Faye souhaitait limiter la présence de Pastef à seulement sept ministères sur une trentaine de portefeuilles, tout en confiant certains ministères stratégiques à des technocrates. « Je me suis ouvert à la base du parti, qui a rejeté cette proposition », a-t-il expliqué. Sonko affirme aussi que le chef de l’État reprochait à plusieurs ministres leur proximité politique avec lui. « Il considérait qu’ils manquaient de loyauté parce qu’ils étaient ministres tout en scandant “Sonko 2029”. » Pour le président de Pastef, cette attitude traduisait une volonté claire de marginalisation. « J’ai compris qu’il voulait nous affaiblir politiquement. Nous avons refusé de nous laisser faire. » Dans la suite de son intervention, Ousmane Sonko s’est attaqué à la légitimité politique du nouveau gouvernement. Alors que le camp présidentiel présente l’équipe d’Al Amine Lo comme un gouvernement de compétences et de technocrates, le leader de Pastef rejette catégoriquement cette lecture. « Ils parlent de gouvernement technocratique, mais ce n’est qu’une politique d’ouverture », a-t-il déclaré.
Selon lui, le principal problème du nouvel exécutif reste son absence d’assise politique réelle. « Ce gouvernement n’a aucune base politique. » Dans une attaque particulièrement sévère contre l’entourage du chef de l’État, Sonko a remis en cause le poids électoral des nouveaux alliés du président. « Aucun des compagnons de Diomaye n’a une véritable valeur politique. Il ne peut même pas gagner à Ndiaganiao. Comment peut-il gouverner un pays sans assise politique ? »
Le leader de Pastef a également ironisé sur les soutiens territoriaux revendiqués par le camp présidentiel. « Il n’a même pas trois mairies, même s’ils annoncent 300. » Comme illustration de ce qu’il considère comme un déficit de mobilisation populaire, Sonko a cité le récent meeting organisé à Mbour. « Le meeting de Mbour en dit long », a-t-il lancé. En revanche, l’ancien Premier ministre a tenu à rendre hommage aux ministres ayant quitté leurs fonctions après la reconfiguration gouvernementale. « Aux ministres sortants, je salue leur dignité, leur loyauté et leur amour de la patrie. »
Dans la même veine, Ousmane Sonko a tenu à clarifier sa position concernant les directeurs généraux et responsables d’entreprises publiques nommés sous le régime issu de l’alternance. Contrairement aux ministres, il considère que ces postes relèvent davantage de l’administration que du combat politique. « Le directeur général est un poste technique. C’est différent d’un ministre. » L’ancien chef du gouvernement précise toutefois que les responsables qui ne souhaitent plus collaborer avec le régime actuel restent libres de partir. « Ceux qui ne veulent plus travailler avec le régime doivent le faire dans les normes. » Mais il ouvre également la possibilité pour certains de conserver leurs fonctions tout en restant membres de Pastef. « Ceux qui pensent pouvoir travailler sans que cela entache leur appartenance politique peuvent conserver leur poste jusqu’à ce que Diomaye les libère. »
Actusen.sn
