Dans un entretien accordé à RFI et France 24, Ousmane Sonko a évoqué les défis économiques auxquels le Sénégal est confronté, notamment l’alourdissement de la dette publique et les discussions attendues avec le Fonds monétaire international (FMI).
“Une restructuration sauvage, nous n’en avons pas voulu, en tant que Premier ministre. Mais je considère aujourd’hui que nous pouvons apprécier, au fur et à mesure les développements”
Longtemps perçu comme un adversaire de toute restructuration de la dette, le leader de Pastef a nuancé sa position. « Nous ne sommes pas dans des positions, dans l’absolu figé. Nous examinons avec lucidité la situation. Le plus important, c’est que ce qui sera mis sur la table corresponde aux exigences du moment. Une restructuration sauvage, nous n’en avons pas voulu, en tant que Premier ministre. Je m’y suis opposé durant tout le temps où j’ai été Premier ministre, considérant que les conditions n’étaient pas réunies. Le pays n’était pas en défaut, parvenait à respecter ses engagements. Nos indicateurs étaient relativement corrects. Partant, je considère aujourd’hui que nous pouvons apprécier, au fur et à mesure les développements. Entre-temps, il y a eu la crise dans le Golfe, qui est venu s’ajouter à la crise de la dette que nous connaissions déjà. En tant que Premier ministre sortant, je sais que nous vivons une tension assez particulière. Nous apprécions, comme je l’ai dit, dans l’absolu, nous ne sommes pas là pour faire de l’entrave. Mais si une décision devait être prise qui ne va pas dans le sens de l’intérêt du Sénégal, qui sacrifie nos options de changements systémique et structurel, sur l’autel du ratio à court terme, nous ne l’accepterons pas. Et ce qui relève des pouvoirs de l’Assemblée nationale, nous l’utiliserons pour dire non. Bref, ce que nous refusons, c’est une restructuration irréfléchie », a-t-il expliqué.
“Nous ne sommes pas dans des positions, dans l’absolu figé. Nous examinons avec lucidité la situation. Le plus important, c’est que ce qui sera mis sur la table corresponde aux exigences du moment”
Ce n’est pas tout le président de l’Assemblée nationale a également rappelé que les choix économiques doivent rester alignés sur les ambitions de développement du pays. Pour lui, les réformes envisagées doivent permettre de préserver la souveraineté économique du Sénégal tout en répondant aux urgences budgétaires.
« Dette odieuse » : « J’ai utilisé le terme une ou deux fois. C’est toute une procédure. Quand je parlais à certaines occasions, je parlais en tant que chef de parti politique qui donne son opinion. N’oubliez pas que j’étais simple Premier ministre »
Interrogé dans la foulée sur un éventuel regret de ne pas avoir demandé l’annulation pure et simple de la « dette cachée », l’ancien Premier ministre a rappelé la distinction entre ses prises de position politiques et les responsabilités attachées à sa fonction gouvernementale. Quant à la dette dite « odieuse », Ousmane Sonko a reconnu avoir déjà employé cette expression par le passé, tout en soulignant la complexité juridique et politique d’une telle démarche. « Dette odieuse ? J’ai utilisé le terme une ou deux fois. C’est toute une procédure. Quand je parlais à certaines occasions, je parlais en tant que chef de parti politique qui donne son opinion. N’oubliez pas que j’étais simple Premier ministre. Les pouvoirs du Premier ministre sont extrêmement limités dans ce pays », dira-t-il.
« Cette dette est effectivement pour partie odieuse. Il faut du courage politique pour poser ce débat-là. J’ai eu à le dire plusieurs fois à travers mes interventions en tant qu’homme politique »
Relancé sur une éventuelle divergence avec le président Bassirou Diomaye Faye concernant l’annulation de cette dette, Ousmane Sonko a assuré qu’aucun désaccord n’existait entre eux sur le sujet. « Nous avons toujours été en phase sur la question de la dette jusqu’à notre dernière discussion où il m’a confirmé que la ligne n’avait pas changé », a-t-il indiqué. Poursuivant son argumentation, l’ancien chef du gouvernement a réaffirmé sa conviction qu’une partie de la dette sénégalaise relève effectivement de la catégorie des dettes odieuses. « Cette dette est effectivement pour partie odieuse. Il faut du courage politique pour poser ce débat-là. J’ai eu à le dire plusieurs fois à travers mes interventions en tant qu’homme politique. Et j’espère simplement que l’exécutif actuel prendra ses responsabilités pour aller dans ce sens et discuter effectivement pour l’annulation de la dette », a-t-il soutenu, ajoutant avoir proposé cette alternative.
Amadou DIA (Actusen.sn)
