La Coalition Diomaye Président est montée au créneau contre la proposition de révision de la Constitution portée par des députés de la majorité parlementaire. Lors d’un point de presse tenu ce dimanche, sa superviseure générale, Dr Aminata Touré, a accusé l’Assemblée nationale d’avoir transformé le projet initial du président Bassirou Diomaye Faye en un instrument de règlement de comptes politiques. En préambule, elle a rappelé que « depuis 1960, les acteurs politiques qui se sont succédés sur la scène politique, par leur sens de la responsabilité, ont su faire évoluer notre système démocratique en faisant prévaloir toujours le consensus », soulignant que cette stabilité institutionnelle a permis au Sénégal de connaître « trois alternances démocratiques saluées par le monde entier ». Selon elle, les députés s’éloignent aujourd’hui des préoccupations des Sénégalais. « À l’heure où les Sénégalais, la jeunesse notamment, cherchent emplois et formation (…), que font les députés censés les représenter ? De la politique pour renforcer les pouvoirs du président de l’Assemblée nationale en s’arrogeant les pouvoirs constitutionnels du président de la République. C’est du pouvoirisme et rien d’autre. La recherche effrénée du pouvoir !», dira-t-elle sans ambiguïté.
«Ce qui est actuellement soumis au Parlement avec les amendements des députés de Pastef n’a plus rien à voir avec le texte initial du président Diomaye Faye»
Dans la même foulée, Mimi Touré a soutenu que le projet élaboré par le chef de l’État était issu des conclusions des Assises nationales, des Assises de la Justice et du Dialogue politique. « Ce qui est actuellement soumis au Parlement avec les amendements des députés de Pastef n’a plus rien à voir avec le texte initial du président Diomaye Faye. C’est un document modifié, dénué de son essence, où l’on a conservé ce qui arrangeait et écarté ce qui dérangeait », a-t-elle affirmé.
La superviseure générale de la coalition estime que cette évolution trouve son origine dans la décision du président de la République de mettre fin aux fonctions de son ancien Premier ministre. « Le président Diomaye Faye a pris une décision de mettre fin aux fonctions de son Premier ministre, Ousmane Sonko (…). Il n’était pas satisfait de ses performances et il l’a remercié. Cependant, cette décision, pourtant conforme à la Constitution, a été mal acceptée », a-t-elle déclaré. À ses yeux, « la révision constitutionnelle est devenue un instrument de représailles. On utilise le Parlement (…) pour affaiblir le président ». Elle considère que « les députés de Pastef et le président de l’Assemblée nationale tentent de faire payer au président Diomaye Faye sa décision d’exercer pleinement ses prérogatives constitutionnelles ».
La coalition appelle à « un retour à l’esprit du dialogue sur la Justice et du Dialogue politique » ; et « que le président puisse exercer pleinement ses prérogatives, y compris celle de choisir son Premier ministre, sans aucune forme de chantage »
Illustrant son propos, elle a dénoncé certaines dispositions des amendements, notamment « l’impossibilité pour le président de dissoudre plus de deux fois l’Assemblée dans son mandat », estimant que « les députés ne veulent pas perdre leur poste et leur salaire, mais ils veulent empêcher le président de régler les problèmes des Sénégalais ». Aminata Touré s’est également opposée à la disposition interdisant au président de la République d’être chef de parti. « Le président Diomaye Faye est attaqué par son propre parti, par ses propres camarades députés. Sans un parti, le président fait l’objet de chantage de son parti d’origine et quand il refuse de céder, il devrait payer ! Du jamais vu en démocratie moderne ! », a-t-elle lancé.
« Les changements profonds de notre Constitution se feront par référendum »
C’est ainsi que la Coalition Diomaye Président a formulé trois exigences : « le retrait immédiat du texte actuel avec des amendements politiciens qui ne servent qu’à régler des comptes politiques » ; « un retour à l’esprit du dialogue sur la Justice et du Dialogue politique » ; et « que le président puisse exercer pleinement ses prérogatives, y compris celle de choisir son Premier ministre, sans aucune forme de chantage ». Pour ce faire, Dr Aminata Touré a insisté sur la nécessité de soumettre les réformes constitutionnelles majeures au suffrage populaire. « La Constitution n’appartient pas à un parti, pas à un homme, pas à un clan politique. Elle appartient au peuple sénégalais. Les changements profonds de notre Constitution se feront par référendum », dira Aminata Touré.
Amadou DIA (Actusen.sn)
