L’Association pour la Perfection et la Miséricorde a procédé à l’inhumation de trente-deux corps non identifiés, dont une femme, douze hommes et dix-neuf bébés, au cimetière musulman de Yoff. Lors de la prière mortuaire, l’imam Gueladio Ka, de la mosquée de l’Unité 24 des Parcelles Assainies, a salué l’engagement des initiateurs de cette action avant d’interpeller les pouvoirs publics sur la prise en charge des dépouilles. Face au nombre important de corps inconnus, notamment celui des nourrissons, le guide religieux a également appelé à une réflexion collective sur les responsabilités religieuses, morales, éducatives et citoyennes.
« Inna lillahi wa inna ilayhi raji’oun. » Lors de la prière mortuaire organisée au cimetière de Yoff pour l’inhumation de trente-deux corps non identifiés, l’imam Gueladio Ka n’a pas hésité à interpeller les consciences sur la portée de cet événement. Les dépouilles étaient composées d’une femme, de douze hommes et de dix-neuf bébés. L’imam a d’abord désigné Ameth Gueye pour prier en faveur de toute l’équipe à l’origine de cette initiative. « Nous désignons Ameth Gueye pour prier pour toute l’équipe qui est à l’origine de cette initiative. Ce qu’elle a accompli n’a pas été facile. Cela a nécessité beaucoup de temps, de patience et d’énergie », dira-t-il dans son speech.
« Rien que la préparation d’un seul corps demande énormément de temps ; à plus forte raison lorsqu’il s’agit de 32 corps. L’équipe derrière cette initiative n’a pas hésité, n’a pas fui, n’a pas eu peur. Pourtant, une telle initiative exige des moyens importants : du savon, des linceuls, des tenues de protection et bien d’autres ressources »
Revenant sur les différentes étapes ayant précédé l’inhumation, le guide religieux a insisté sur les efforts nécessaires à la préparation des corps. « Rien que la préparation d’un seul corps demande énormément de temps ; à plus forte raison lorsqu’il s’agit de trente-deux corps », a-t-il ajouté. Selon lui, les membres de l’équipe ont accompli cette mission sans hésitation et sans attendre de contrepartie. « Ils n’ont pas hésité. Ils n’ont pas fui. Ils n’ont pas eu peur. Ils ont accompli cette mission sans rien attendre en retour », a poursuivi l’imam Gueladio Ka. Il a également évoqué les moyens matériels mobilisés dans le cadre de cette initiative. « Pourtant, une telle initiative exige des moyens importants : du savon, des linceuls, des tenues de protection et bien d’autres ressources. Tout cela représente un budget conséquent », a-t-il fait savoir.
« À qui devait incomber ce budget ? À l’État ! Aujourd’hui, des citoyens sont obligés de suppléer l’État. Où est donc l’État ? Où sont les services du ministère de l’Intérieur chargés de la sécurité ? Où sont les services de l’Action sociale ? », s’est-il interrogé
L’imam de la mosquée de l’Unité 24 des Parcelles Assainies a ensuite posé la question de la prise en charge financière de ces opérations. « Mais à qui devait incomber ce budget ? À l’État ! Aujourd’hui, des citoyens sont obligés de suppléer l’État. Où est donc l’État ? Pourtant, les institutions disposent de budgets. Où sont passés ces fonds ? Où sont les services du ministère de l’Intérieur chargés de la sécurité ? Où sont les services de l’Action sociale ? », s’est-il interrogé.
« Nous ne savons pas comment ils ont vécu, mais Dieu a voulu qu’ils soient préparés et accompagnés par nos soins. Nous ne les connaissions pas. Trente-deux corps que personne n’a pu identifier : cela est profondément inquiétant »
Évoquant les trente-deux personnes inhumées, dont l’identité n’a pu être établie, l’imam Gueladio Ka a rappelé que les membres de l’association ne connaissaient pas leur parcours. « Nous ne savons pas comment ils ont vécu, mais Dieu a voulu qu’ils soient préparés et accompagnés par nos soins. Nous ne les connaissions pas. Trente-deux corps que personne n’a pu identifier : cela est profondément inquiétant », a-t-il regretté.
« Deuxièmement, ces personnes ne devraient pas être inconnues. Dix-neuf bébés parmi elles : qui les a rendus anonymes ? »
Face à cette situation, il a appelé à une responsabilité collective. « Qui est responsable ? Nous le sommes tous, collectivement. Il est temps de retourner vers Dieu et de rééduquer la jeunesse sur les préceptes de l’islam, mais aussi sur les principes du patriotisme et de la responsabilité citoyenne », a affirmé l’imam. Le nombre de bébés parmi les corps non identifiés a également retenu son attention. « Deuxièmement, ces personnes ne devraient pas être inconnues. Dix-neuf bébés parmi elles : qui les a rendus anonymes ? », a-t-il interrogé.
« Cette question renvoie également à notre responsabilité sur les plans religieux, moral et éducatif. Ce qui explique une telle situation, c’est parfois l’abandon après avoir donné la vie. Peut-être certaines mères ont-elles contracté une grossesse hors mariage ou ont-elles été confrontées à un manque de moyens »
Pour l’imam Gueladio Ka, cette question renvoie à plusieurs responsabilités. « Cette question renvoie également à notre responsabilité sur les plans religieux, moral et éducatif. Ce qui explique une telle situation, c’est parfois l’abandon après avoir donné la vie. Peut-être certaines mères ont-elles contracté une grossesse hors mariage ou ont-elles été confrontées à un manque de moyens », a-t-il dit. Il a toutefois appelé à maintenir les devoirs de solidarité. « Quelles qu’en soient les raisons, nous devons rester constants dans notre devoir de solidarité et dans nos rapports avec nos semblables », a-t-il ajouté.
« Quelles qu’en soient les raisons, nous devons rester constants dans notre devoir de solidarité et dans nos rapports avec nos semblables »
Dans la même veine, l’imam de la mosquée de l’Unité 24 des Parcelles Assainies a invité à une réflexion sur le fonctionnement de la société et les responsabilités de chacun. « Nous devons nous arrêter, revoir notre système et réinterroger les responsabilités de chacun. Car une société ne peut pas rester indifférente face à ces genres de situation. Cette situation doit nous interpeller collectivement et nous pousser à agir », a-t-il recommandé.
Actusen.sn
