La proposition de porter de cinq à sept ans la durée du mandat présidentiel continue de faire des vagues. À l’origine de cette sortie controversée, Baye Mayoro Diop ne désarme pas. Malgré la mise au point ferme d’Aminata Touré, représentante du chef de l’État, le directeur du Crous de Bambey maintient que le débat « intéresse beaucoup de Sénégalais » et qu’il « sera posé ». Dans la société civile comme dans la classe politique, les réactions se multiplient, tandis que le Forum du justiciable et le mouvement « Demain, c’est maintenant » appellent le président Bassirou Diomaye Faye à mettre un terme à cette controverse.
La polémique autour d’un éventuel retour au septennat présidentiel est loin de retomber. Au contraire, elle prend de l’ampleur au fil des réactions et des prises de position. Alors que la Constitution fixe la durée du mandat présidentiel à cinq ans, la proposition formulée par Baye Mayoro Diop de la porter à sept ans par voie référendaire continue de susciter une vive controverse. À l’origine de ce débat, le directeur du Centre régional des œuvres universitaires et sociales (Crous) de Bambey et responsable politique proche du président Bassirou Diomaye Faye avait estimé qu’un quinquennat ne suffisait pas pour mener à terme de grands projets, soutenant l’idée qu’il a prêtée a Arouna Coumba Ndoffène Diouf. S’appuyant sur des propos attribués à ce dernier, Baye Mayoro Diop avait défendu l’idée d’une réforme constitutionnelle. « Le ministre Arona Coumba Ndoffène Diouf a bien raison, la durée du mandat du Président de la République, fixée à cinq ans par la Constitution, ne correspond pas aux réalités économiques de notre pays. (…) Nous devons parler de ça maintenant. Je propose que nous organisions, vaille que vaille, un référendum sur l’augmentation, de cinq à sept ans, de la durée du mandat du Président de la République », avait-il écrit sur sa page Facebook.
La proposition de porter de cinq à sept ans la durée du mandat présidentiel continue de faire des vagues : A l’origine de cette sortie controversée, Baye Mayoro Diop ne désarme pas
Sa publication n’est pas passée inaperçue. Elle a provoqué de nombreux commentaires et alimenté de vifs débats, notamment au sein de la société civile. Face à la vague de critiques, Baye Mayoro Diop avait d’abord annoncé qu’il reviendrait ultérieurement sur sa proposition. « Nous reviendrons, Incha Allah, sur notre proposition pour l’augmentation de la durée du mandat du Président de la République. En attendant, je vous souhaite un bon Magal de Touba », avait-il publié.
Aminata Touré tente de clore le débat : « Au Sénégal, il est clair et net que nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs de cinq ans. Ce sont des dispositions constitutionnelles intangibles qui ne font l’objet d’aucun débat »
Mais la réaction la plus attendue est venue d’Aminata Touré. L’ancienne Première ministre et représentante du chef de l’État a clairement écarté toute possibilité de remettre en cause la durée actuelle du mandat présidentiel. « Au Sénégal, il est clair et net que nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs de cinq ans. Ce sont des dispositions constitutionnelles intangibles qui ne font l’objet d’aucun débat. En avant pour l’implantation de notre parti Kiiraay dans tout le Sénégal et la diaspora ! », dira hier la membre fondatrice du parti Kiiraay-Les Patriotes républicains. Une sortie perçue comme une fin de non-recevoir adressée aux promoteurs du retour au septennat. Toutefois, loin de refermer définitivement le dossier, cette mise au point semble avoir poussé Baye Mayoro Diop à revenir à la charge.
Baye Mayoro Diop persiste et signe « Nous le réitérons, le débat sur la durée du mandat présidentiel intéresse beaucoup de Sénégalais et il sera posé »
Dans une nouvelle publication faite hier, le responsable politique persiste et signe. Tout en mettant en avant son rôle dans la structuration du parti Kiiraay, il assure que le débat sur la durée du mandat présidentiel sera bel et bien posé. « À l’état actuel des choses, personne n’est plus pragmatique et performant que nous dans la structuration du parti Kiiraay. Nous arrivons à fédérer autour de nous les vrais militants du Président Diomaye. D’ici là, nous le réitérons, le débat sur la durée du mandat présidentiel intéresse beaucoup de Sénégalais et il sera posé », a-t-il soutenu.
Il faut dire que ces sorties relancent la controverse et donnent l’impression d’un bras de fer à distance entre deux responsables proches du pouvoir. D’un côté, Aminata Touré rappelle le caractère intangible des dispositions constitutionnelles relatives au mandat présidentiel. De l’autre, Baye Mayoro Diop estime que le sujet mérite d’être débattu et refuse de retirer sa proposition.
Le Forum du justiciable interpelle le chef de l’État
D’ailleurs, la persistance de Baye Mayoro Diop a fait réagir le Forum du justiciable. Son président, Babacar Ba, a salué la réaction « rapide et responsable » d’Aminata Touré. « Je salue la réaction rapide et responsable de Mme Aminata Touré sur l’idée de vouloir ramener le mandat présidentiel de cinq à sept ans », a déclaré Babacar Ba. Selon lui, la sortie de l’ancienne Première ministre a permis de clore un débat qu’il considère comme dangereux. « En affirmant : “Au Sénégal, il est clair et net que nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs de cinq ans…”, Mme Aminata Touré, proche collaboratrice du Chef de l’État, a clos le débat sur cette idée destructrice », a-t-il ajouté. Mais le président du Forum du justiciable en a profité pour interpeller directement le chef de l’État sur un autre dossier institutionnel. « Toutefois, Madame l’envoyée spéciale, veuillez dire au Président que nous sommes toujours dans l’attente du décret convoquant le corps électoral pour les élections locales », a lancé Babacar Ba.
Mamoudou Ibra Kane dénonce une « entreprise de distraction massive »
Le leader du mouvement « Demain, c’est maintenant », Mamoudou Ibra Kane, s’est également opposé avec fermeté à l’idée d’un retour au septennat. Dans une déclaration publiée ce dimanche, il estime que cette controverse détourne le pays de ses véritables priorités. Pour lui, le quinquennat, consacré par la réforme constitutionnelle de 2016, résulte d’un consensus national. Il soutient également que la durée du mandat présidentiel et la limitation à deux mandats consécutifs sont protégées par le principe d’intangibilité de la Constitution. Mamoudou Ibra Kane qualifie ainsi le débat sur le septennat d’« entreprise de distraction massive » et considère que toute tentative de remettre en cause les dispositions actuelles s’apparenterait à un « tripatouillage » de la loi fondamentale. S’adressant directement au président Bassirou Diomaye Faye, il appelle le chef de l’État à se concentrer sur l’action gouvernementale plutôt que sur des débats institutionnels. « Monsieur le Président de la République, la récréation a assez duré comme ça. Sifflez la fin, élevez la voix et posez les actes », a-t-il lancé.
Actusen.sn
