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S&P abaisse la note à CC : la situation financière du Sénégal se complique davantage

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La situation financière du Sénégal se complique davantage. L’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a fortement dégradé, hier, la note de crédit du pays, invoquant les risques liés au Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS). La notation en devises étrangères passe de « CCC+ » à « CC », tandis que celle en monnaie locale est ramenée à « CCC ». Les deux notes sont assorties d’une perspective négative, faisant planer le spectre d’un nouveau déclassement dans les prochains mois.

Le Sénégal essuie un nouveau revers sur les marchés financiers. Après Moody’s, qui avait récemment abaissé la note souveraine du pays, Standard & Poor’s vient à son tour de tirer la sonnette d’alarme sur la trajectoire de la dette publique sénégalaise. Dans sa nouvelle évaluation publiée hier, l’agence américaine abaisse la note de crédit du Sénégal en devises étrangères de « CCC+ » à « CC ». La dette libellée en monnaie locale connaît également une dégradation, passant de « CCC+ » à « CCC ». S&P accompagne ces deux notations d’une perspective négative.

L’agence américaine abaisse la note de crédit du Sénégal en devises étrangères de « CCC+ » à « CC », après Moody’s

Cette décision traduit, selon l’agence, les risques importants entourant la capacité du Sénégal à honorer ses engagements financiers dans les prochaines années. Elle intervient surtout dans le sillage du Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS), présenté par les autorités comme une démarche destinée à alléger la pression exercée par le service de la dette.

Le PTDS (plan de traitement de la dette du Sénégal) au cœur de la dégradation

Pour S&P, le mécanisme annoncé par Dakar s’apparente à une opération de restructuration de la dette. Une qualification lourde de conséquences pour la notation souveraine, puisqu’elle traduit l’existence de risques accrus concernant les conditions de remboursement des créanciers. L’agence estime ainsi que la mise en œuvre du PTDS pourrait entraîner une nouvelle détérioration de la notation du Sénégal. Elle n’exclut pas une nouvelle baisse au cours des six prochains mois, notamment si les risques de défaut augmentent ou si le dispositif venait à s’étendre à une partie de la dette libellée en franc CFA.

Cette dernière éventualité constitue justement l’un des principaux points de vigilance. Une part importante de la dette publique sénégalaise est en effet contractée sur le marché régional, en monnaie locale. Or, cette composante n’est pas, à ce stade, intégrée au mécanisme de traitement envisagé dans le cadre du G20.

Un endettement devenu difficile à contenir

Derrière cette nouvelle alerte des agences de notation se trouve une équation budgétaire particulièrement tendue. La dette publique sénégalaise avait atteint environ 132 % du PIB à fin 2024, après la découverte de niveaux d’endettement supérieurs aux chiffres précédemment communiqués. La révélation de ces engagements non déclarés avait conduit le Fonds monétaire international à interrompre son précédent programme d’appui financier conclu en 2023. Depuis, les nouvelles autorités cherchent à restaurer la crédibilité financière de l’État et à obtenir un réaménagement de la dette afin de desserrer l’étau du service de la dette.

Dans ce contexte, Dakar a obtenu cette semaine un nouvel accord avec le FMI portant sur un programme de financement d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Ce nouveau cadre doit notamment accompagner les efforts de redressement des finances publiques et permettre au Sénégal de retrouver progressivement une trajectoire budgétaire soutenable.

L’enjeu est désormais de restaurer la confiance des créanciers tout en évitant que le poids du redressement budgétaire ne pèse davantage sur l’économie et les ménages

L’accord conclu avec le FMI constitue certes un signal positif pour les autorités sénégalaises. Mais il ne suffit pas, aux yeux de S&P, à dissiper les risques liés à l’endettement. L’agence met particulièrement en avant les importants besoins de refinancement auxquels le Sénégal devra faire face au cours des prochaines années. Ceux-ci devraient représenter entre 25 % et 29 % du PIB annuellement sur la période à venir. Une pression qui s’explique notamment par le poids des emprunts contractés sur le marché intérieur et par leur maturité relativement courte. Le Trésor devra donc continuer à mobiliser d’importantes ressources pour refinancer les échéances arrivant à terme, dans un contexte où l’accès aux financements demeure plus coûteux et plus incertain.

Avec une note « CC » en devises étrangères, le Sénégal se retrouve désormais à seulement deux crans du défaut de paiement dans l’échelle de notation de S&P. La note « CCC » attribuée à la dette en monnaie locale traduit également un niveau de risque de crédit extrêmement élevé. La perspective négative ajoute une pression supplémentaire sur les autorités. Elle signifie que la situation pourrait encore se détériorer si le plan de traitement de la dette ne permet pas de réduire suffisamment les risques financiers ou si les conditions de remboursement des créanciers devaient être davantage modifiées.

Amadou DIA (Actusen.sn) 

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