Dans une correspondance adressée au Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, plusieurs organisations syndicales et représentants du personnel de l’AIBD SA dénoncent ce qu’ils présentent comme une « crise de gouvernance profonde » au sein de la société. Ils sollicitent notamment un audit, une inspection approfondie et le départ du directeur général, Cheikh Mamadou Abiboulaye Dieye.
Les représentants du personnel de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD SA) ont saisi le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, d’une « alerte solennelle sur la dérive de gestion, les atteintes à la gouvernance et le risque de rupture du service public aéroportuaire ».
Dans une correspondance adressée au Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, plusieurs organisations syndicales et représentants du personnel de l’AIBD SA dénoncent ce qu’ils présentent comme une « crise de gouvernance profonde » au sein de la société, non sans solliciter un audit de la boîte et une inspection approfondie
Dans leur correspondance, dont Source A a obtenu copie, ils affirment que la société connaît une « crise de gouvernance profonde » depuis la prise de fonction du directeur général, Cheikh Mamadou Abiboulaye Dieye.
Ils accusent la direction générale d’avoir procédé à une soustraction unilatérale de 100 litres de carburant sur les dotations des ayants droit, présentée initialement comme une mesure temporaire
Les signataires évoquent d’abord une « opacité financière, [des] décisions unilatérales et [un] “misérabilisme” institutionnel ». Ils accusent la direction générale d’avoir procédé à une soustraction unilatérale de 100 litres de carburant sur les dotations des ayants droit, présentée initialement comme une mesure temporaire. Ils dénoncent également des recrutements qualifiés de « clientélistes » et indiquent que les instances de concertation, de coordination et d’échange technique seraient « au point mort ».
Des recrutements jugés obscurs en cause, ainsi que l’abandon d’engagements de réintégration envers d’anciens agents et des arriérés auprès de l’EAMAC, qui bloqueraient la délivrance de diplômes et de licences de contrôleurs aériens formés à grands frais
Sur le plan social, les organisations signataires dénoncent le refus « catégorique et répété » d’organiser les élections des délégués du personnel, dont les mandats sont, selon elles, arrivés à expiration depuis 2021. Elles indiquent que l’Inspection régionale du Travail et de la Sécurité sociale de Thiès a adressé, le 3 août 2026, une mise en demeure fixant un délai ultime au 20 août 2026, « sous peine de poursuites pénales ». Selon les signataires, le directeur général persisterait néanmoins dans cette situation.
La correspondance évoque également la menace d’un « plan social », des recrutements jugés obscurs, l’abandon d’engagements de réintégration envers d’anciens agents et des arriérés auprès de l’EAMAC, qui bloqueraient la délivrance de diplômes et de licences de contrôleurs aériens formés à grands frais.
Ce n’est pas tout. Car les signataires dénoncent, aussi, la gestion de la couverture médicale, faisant état de ruptures avec l’assureur SAAR, de défauts de paiement, de blocage des cartes de santé et de tentatives d’auto-assurance qu’ils estiment illégales. Ils affirment que cette situation concerne « plus de 800 agents et leurs familles ».
Ils reprochent à la direction générale de projeter « d’externaliser et de précariser les emplois non qualifiés », notamment ceux des femmes de ménage et des agents de gardiennage issus de la zone
La correspondance fait également état d’une « rupture de la paix sociale et [d’un] mépris des populations impactées par l’aéroport ». Les représentants du personnel rappellent les sacrifices consentis par les populations locales lors de la construction de l’AIBD ainsi que les conventions-cadres censées garantir un quota d’emplois locaux. Ils reprochent à la direction générale de projeter « d’externaliser et de précariser les emplois non qualifiés », notamment ceux des femmes de ménage et des agents de gardiennage issus de ces communautés.
Les plateformes de Ziguinchor, Saint-Louis, Tambacounda et Kédougou citées par les syndicalistes qui estiment qu’elles sont « laissées à l’abandon » avec un « défaut de bureaux adaptés » et une « absence de paratonnerres »
Sur le plan technique, les signataires dressent également un état des lieux qu’ils qualifient d’« échec ». Ils citent notamment l’aéroport de Ziguinchor, présenté comme étant dans un état de « non-conformités techniques majeures », avec un « défaut de bureaux adaptés » et une « absence de paratonnerres ». Les plateformes de Saint-Louis, Tambacounda et Kédougou sont également citées, les signataires estimant qu’elles sont « laissées à l’abandon » alors qu’elles répondent à un besoin stratégique d’aménagement du territoire. La correspondance fait par ailleurs état d’une « hémorragie des cadres émérites ». Elle cite le départ du directeur juridique ainsi que du responsable des marchés et moyens généraux, présentés comme des techniciens de la plateforme.
Pour toutes ces raisons, ils demandent au Premier ministre d’ordonner « en urgence un audit et une inspection approfondie » portant notamment sur la régularité et les conditions de tous les recrutements effectués depuis mai 2024, la passation des marchés publics, les conventions de prestations et le respect des procédures ARCP et un contrôle de « la gestion des missions, des billets d’avion et des dépenses de fonctionnement du cabinet du Directeur Général »
Face à cette situation, les organisations signataires demandent au Premier ministre d’ordonner « en urgence un audit et une inspection approfondie » portant notamment sur la régularité et les conditions de tous les recrutements effectués depuis mai 2024, la passation des marchés publics, les conventions de prestations et le respect des procédures ARCP. Elles sollicitent également un contrôle de « la gestion des missions, des billets d’avion et des dépenses de fonctionnement du cabinet du Directeur Général ». Dans la même veine, les signataires estiment que le redressement de l’entreprise et la restauration d’un climat social apaisé ne pourraient, selon eux, « en aucun cas s’opérer sous son magistère ». Ils demandent ainsi au Premier ministre d’intervenir pour qu’il soit « mis fin à ses fonctions à la tête d’AIBD SA ». À noter que la correspondance est signée, entre autres, pour le STDS, Djibril Sène, ainsi que par des représentants syndicaux de travailleurs de l’aéronautique civile du Sénégal et par le délégué du personnel, Pape Mamadou Dia. Des ampliations ont été adressées au président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et au ministre des Transports terrestres et aériens, afin que nul n’en ignore.
Amadou DIA (Actusen.sn)
