InternationalFusillade à Liège: la Belgique face au caractère «endogène» du terrorisme

Fusillade à Liège: la Belgique face au caractère «endogène» du terrorisme

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Une fusillade a fait quatre morts – dont l’assaillant – et quatre blessés, mardi 29 mai 2018 à Liège, en Belgique.

La thèse terroriste est privilégiée. Le parquet fédéral, compétent en la matière, a très vite repris le dossier. Différentes attaques terroristes ont déjà eu lieu dans le royaume ces dernières années, plaçant le pays face à lui-même. L’auteur de l’attaque s’appelait Benjamin Hermann.

« Il est clair que l’objectif de l’assassin était de s’en prendre à la police. » Déclaration de Christian Beaupère, chef des forces de l’ordre de Liège, après l’attaque qui a coûté la vie à deux policières, mardi 29 mai 2018. La troisième victime, un jeune homme âgé de 22 ans, était étudiant. Il s’agit du passager d’une voiture qui était garée à proximité du lieu de l’attaque.

L’assaillant, finalement abattu aussi, a été identifié par les médias. Benjamin Hermann, 36 ans, était un délinquant multirécidiviste. Il se serait radicalisé en prison auprès d’autres détenus. « Les éléments de cet attentat démontrent, une nouvelle fois, le caractère – comme on dit – « endogène » de l’attentat. C’est-à-dire que c’est un Européen », constate l’eurodéputée Nathalie Griesbeck.

« Quelles solutions apporter ?, s’interroge l’élue, présidente de la commission parlementaire sur le Terrorisme à Strasbourg. Doit-on les isoler du reste des autres détenus ? Doit-on, au contraire, les disperser dans les différents centres de détention ? On s’aperçoit qu’évidemment, cette espèce de promiscuité de la délinquance et de la criminalité ordinaire peut apporter des exemples mauvais. »

L’assaillant, 23 libérations de courte durée

Condamné à plusieurs reprises pour trafics de drogue, vols ou encore coups et blessures, Benjamin Hermann avait fréquenté, depuis 2013, au moins trois établissements pénitentiaires dans l’est de la Belgique. C’est là qu’il se serait converti puis radicalisé, selon un ancien co-détenu. Un fait attesté depuis 2017, a confirmé le Premier ministre belge, Charles Michel.

En réalité, l’individu ne faisait pas l’objet d’un signalement à titre personnel. Son nom était apparu dans des rapports concernant d’autres affaires. Il n’en reste pas moins que l’incompréhension domine à Liège quant au fait qu’il ait bénéficié d’une permission de sortie temporaire. Il avait déjà bénéficié de 23 libérations de courte durée de ce type pour préparer sa réinsertion.

De toute évidence, estime-t-on en Belgique, sa dangerosité a été mal évaluée. Des vidéos de témoins le montrent en train de crier « Allah Akbar », relate notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet. Et même si le parquet fédéral ne confirme pas, c’est bien lui qui a été chargé de l’affaire, et l’intention du malfaiteur était clair, comme l’a dit le chef de corps de la police de Liège.

« Il semble clair qu’on n’a pas pu évaluer, c’est très compliqué évidemment, le risque qu’il représentait », considère Michael Dantinne, criminologue au centre d’étude sur le terrorisme et la radicalisation à l’université de Liège. « C’était sa énième permission de sortie. (…) C’est-à-dire que, pendant les précédentes (…), il est parti à l’heure, il est rentré à l’heure, il ne s’est rien passé », ajoute-t-il.

« Il semblait quand même signalé pour des comportements en lien avec le radicalisme », ajoute-t-il, anticipant un « très vaste débat sur cette question-là », « comme va s’engager certainement un très vaste débat sur le droit des permissions de sortie et plus généralement sur toutes les possibilités qui permettent aux détenus de progressivement réintégrer la société ».

La Belgique, théâtre de multiples attentats

Par le passé, Liège a déjà été le théâtre d’une fusillade. En 2013, Nordine Amrani avait abattu six personnes et en avait blessé 130 avant de se donner la mort. Quant au dernier attentat terroriste en Belgique, revendiqué par l’EI, il remonte à août 2017. Un homme d’origine somalienne avait agressé au couteau trois militaires dans Bruxelles, rappelle Joana Hostein de notre bureau de Bruxelles.

Quelques mois plus tôt, un homme activait une valise piégée dans la gare centrale de Bruxelles, sans faire de victimes. Encore une fois, le parquet concluait à un attentat terroriste. Et le 22 mars 2016, deux kamikazes se faisaient exploser dans le hall des départs de l’aéroport de Bruxelles, tandis qu’une autre explosion avait lieu dans une rame du métro bruxellois. Bilan : 32 morts et 230 blessés.

En août 2015, toujours en Belgique, c’est dans le train Thalys reliant Amsterdam à Paris, qu’un homme armé d’une kalachnikov tentait de s’attaquer aux passagers. Il s’était vu maîtrisé par des militaires américains de passage en touristes. Enfin, il y a l’attentat au musée juif de Bruxelles, en 2014. Au total, depuis 2012, une dizaine d’attaques jihadistes ont donc été commises dans ce pays.

Rfi.fr

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