People & SportsL’Otan à la recherche de l’unité perdue pour son 70e anniversaire

L’Otan à la recherche de l’unité perdue pour son 70e anniversaire

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Les 29 membres de l’Otan ont rendez-vous ce mercredi dans un golf de luxe en périphérie de Londres, à Watford. Et il y a peu de chance de voir beaucoup de sourires sur la photo de famille en ouverture officielle du sommet.

Les rendez-vous de mardi n’ont guère fait redescendre la température entre les dirigeants de l’Alliance, analyse notre envoyée spéciale à Londres, Anissa El Jabri. On note à peine quelques signes de détente. Comme Emmanuel Macron, arrivé à la réception de la reine à Buckingham Palace dans la voiture de Donald Trump.

« Soyons sérieux »

Des sujets à mettre à plat, entre les deux hommes il y en a beaucoup. Surtout sur la situation en Syrie et la Turquie. Le président français a insisté sur l’« ennemi commun » que représente le terrorisme, mais il s’est dit « désolé de dire que nous n’avons pas la même définition du terrorisme autour de la table », lors d’une rencontre avec Donald Trump. Il a sèchement rabroué d’un « soyons sérieux » le milliardaire américain lorsque celui-ci a expliqué que de nombreux jihadistes venaient d’Europe et lui a demandé en plaisantant s’il voulait en récupérer.

► À quoi sert l’Otan ?

Le président américain n’a pas caché son mécontentement contre les déclarations d’Emmanuel Macron qui avait jugé l’Otan en « mort cérébrale » pour dénoncer son absence de réflexion stratégique face à la Russie. C’est « très, très méchant », a soutenu Donald Trump.

Emmanuel Macron a expliqué avoir souhaité donner un coup de fouet à l’Alliance, et dénoncer les décisions unilatérales et non concertées des États-Unis et de la Turquie qui ont mis en péril les opérations contre l’organisation État islamique en Syrie, dans lesquelles sont engagées des forces françaises et d’autres pays alliés.

Statu quo entre Paris et Ankara

L’échange a été vif et les petites piques ont fusé entre les deux hommes, comme quand le président américain s’est targué d’avoir de très bonnes relations avec son homologue turc.

Derrière les formules diplomatiques habituelles sur la rencontre avec Recep Tayyip Erdogan, « un format utile », une rencontre « intéressante », il n’y a pas d’amélioration visible entre Paris et Ankara. « La Turquie bloque tout », dit une source diplomatique. Son objectif : obtenir une définition du terrorisme qui inclut les alliés kurdes dans la lutte contre l’organisation État islamique, sinon pas de plans de défense pour les États baltes et la Pologne.

Reprise du dialogue avec Moscou ?

Entre ça et la volonté française de reprendre « un dialogue stratégique » avec la Russie, ça fait beaucoup pour Varsovie. Le président français doit rencontrer aussi ce mercredi le président polonais.

À la veille du sommet, moment rare, Vladimir Poutine a tendu la main à l’Otan. « Même si, a dit le président russe, l’Alliance atlantique se comporte de manière incorrecte, voire grossière avec la Russie, nous voulons coopérer sur des sujets comme le terrorisme international, les conflits armés ou la prolifération des armes de destruction massive ».

Écran de fumée ou réelle volonté de rapprochement de la part de Moscou ? « Ce que souhaite Vladimir Poutine, c’est envoyer un signal de bonne volonté au moment de la célébration des 70 ans de l’organisation pour dire sa détermination à poursuivre ce qui a été relancé il y a quelques mois, c’est-à-dire le dialogue Otan-Russie, analyse le chercheur Cyrille Bret, professeur de géopolitique à Sciences Po. C’est bien une tendance assez lourde de la période postsoviétique, de l’ère qui s’est ouverte en 1991 avec le démantèlement de l’URSS et du pacte de Varsovie. Cela ne m’étonne pas non plus du point de vue tactique dans la mesure où c’est une façon assez économique de s’attribuer le beau rôle, le rôle de celui qui veut discuter, de celui qui veut se coordonner. Et en négatif, de faire porter à l‘Otan un autre rôle, celui de l’organisation qui s’est étendue progressivement à l’Est, en plusieurs vagues : 1999 avec la Pologne, 2004 avec les États baltes ; et donc, de faire apparaître l’Otan comme agressive et la Russie comme prompte, elle, au dialogue. »

Rfi.fr

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