InternationalMigration et crimes sexuels: le calvaire des femmes durant l'exode

Migration et crimes sexuels: le calvaire des femmes durant l’exode

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En deux ans d’opérations en Méditerranée, les équipes de l’ONG SOS Méditerranée ont porté assistance à 4000 femmes, sur 27 000 personnes secourues. Des femmes qui payent un très lourd tribut lors de ces traversées. Parmi elles, beaucoup ont été victimes de violences sexuelles sur la route qui les amenées jusqu’à la mer.

« Etes-vous enceinte ? » C’est la question qu’Alice Gotreau a posé, inlassablement, aux femmes accueillies à bord de l’Aquarius. Sage-femme pour Médecins sans frontières, elle a travaillé sur le bateau de SOS Méditerranée à l’été 2017. « A peu près 20% des femmes que l’on récupère sont enceintes, ce qui est un nombre assez élevé », explique-t-elle. La plupart d’entre elles ont moins de trente ans, « donc à une période très, très fertile de leur vie » et surtout « voyagent seules ». C’est ça « qui est un peu difficile, parce que comment sont-elles devenues enceintes, si elles sont seules ? », interroge avec pudeur la sage-femme.

C’est fréquemment pendant les consultations de grossesse que ces femmes « parlent un peu de ce qu’il s’est passé ».Pour beaucoup originaires du Nigeria, de l’Erythrée ou de Côte d’Ivoire, c’est souvent en Lybie qu’elles tombent enceintes contre leur gré. « Elles sont pour la plupart, à quasiment 100%, soit des sortes d’esclaves sexuelles – elles sont prostituées – soit directement violées », raconte le président de SOS Méditerranée, Francis Vallat. « Beaucoup d’entre elles sont dans un état absolument déplorable, y compris sur le plan des blessures physiques. »

« Elles sont très souvent victimes de viols »

« C’est elles qui subissent les tortures, qui ont la vie la plus difficile pendant le voyage. Ça commence dès leur pays d’origine, puis sur le chemin, où elles sont très souvent victimes de viols », renchérit Fabienne Lassalle, directrice adjointe de SOS Méditerranée France. La part des femmes enceintes accueillies sur l’Aquarius a doublé entre 2016 et 2017. La clinique du navire se transforme parfois en salle d’accouchement : en deux ans, cinq enfants y sont nés.

Même quand ces femmes qui risquent leur vie en mer Méditerranée échappent aux violences sexuelles, elles ont « une place très difficile » pendant la traversée, alerte Fabienne Lassalle. Les hommes, « pensant les protéger plus, les placent au centre des embarcations de fortune, pour les éloigner de la mer. Or, c’est la place la plus dangereuse ». En effet, explique l’humanitaire, « elles [y] baignent dans une espèce de mélange de fioul et d’eau, qui est un ensemble absolument corrosif, qui les asphyxie. Ce sont aussi elles qui sont assises sur des planches avec des clous qui ressortent. Enfin, c’est elles qui sont les premières piétinées dès qu’il y a un mouvement de panique [et] meurent étouffées. »

Rfi.fr

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