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Tunisie: le premier procès de la justice transitionnelle s’est ouvert à Gabès

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Hier, mardi 29 mai, s’est ouvert à Gabès, dans le sud du pays, le premier procès instruit par l’Instance Vérité et Dignité, chargée de la justice transitionnelle. Un processus chargé de révéler la vérité sur les années de dictature et de rendre justice aux victimes. Treize chambres spécialisées ont été créées dans le pays pour juger ces cas. Ce premier procès concerne l’affaire Kamel Matmati, un militant islamiste mort sous la torture en 1991. Quatorze personnes sont accusées, dont Zine El Abidine Ben Ali, président de la République à l’époque, et réfugié en Arabie saoudite depuis la révolution de 2011. Ils sont accusés d’homicide, de torture et de disparition forcée.

L’émotion est palpable ce matin devant le tribunal de première instance de Gabès. Plusieurs dizaines de personnes sont réunies aux cris de « non à l’impunité ». Mort peu de temps après avoir été enlevé par la police, en 1991, Kamel Matmati n’a été reconnu comme officiellement décédé qu’en 2015, 24 ans après. Aujourd’hui son épouse Latifa attend beaucoup de ce procès :

« J’espère que la vérité sera dévoilée. Je veux que ceux qui ont fait ça m’amènent le corps de mon mari. Que je puisse l’enterrer. Même s’il ne reste que des os, je veux l’enterrer, savoir où est sa tombe pour pouvoir me recueillir. »

De nombreuses ONG et défenseurs des droits humains ont fait le déplacement. Car les enjeux de ce procès dépassent le cas de Kamel Matmati, comme l’explique Camille Henry, responsable du plaidoyer au sein du bureau tunisien de l’Organisation mondiale contre la torture. « Dans le contexte actuel d’impunité totale pour les forces de sécurité concernant toutes les affaires de torture, cette affaire et toutes celles qui vont être transmises aux chambres spécialisées représentent aussi un espoir de créer une jurisprudence sur laquelle ensuite tous les procès qui sont en cours devant les juridictions ordinaires dans les années à venir pourront s’appuyer. »

Un bémol tout de même : aucun des accusés n’était présent et le procès a finalement été ajourné au 10 juillet prochain. Beaucoup de ces accusés sont connus mais sont laissés libres. Pour les observateurs cela en dit long sur le manque de volonté politique pour mener à bien le processus de justice transitionnelle.

Dans les mois qui suivent, d’autres procès devraient s’ouvrir, dans d’autres régions de Tunisie. L’Instance Vérité et Dignité a recueilli plus de 62 000 dossiers, et a jusqu’à présent transmis 32 cas aux tribunaux spécialisés.

Rfi.fr

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