ContributionGERMAIN KABOU : LA TRIOMPHE SUR LA MORT

GERMAIN KABOU : LA TRIOMPHE SUR LA MORT

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Honorable, inexorable et insensible cher Destin, quelle que soit l’issue de ce procès, je voudrais que tu retiennes ceci : tu ne peux pas me briser. Ô cruel Destin, tu ne me briseras pas ! Despotique tu l’as été. Mais j’ai, toute ma vie durant, semé les grains de ma liberté dans les sillons que tu as cru devoir m’imposer. Ce n’est pas aujourd’hui que je suis au fond de ma tombe que tu auras vaincu ma liberté. Tu ne pouvais pas m’empêcher d’avoir conscience de ma propre mort, d’avoir, de mon vivant même, visualisé les scènes de mes funérailles, d’avoir eu une idée des témoignages sur ce qu’a été ma vie pour les uns et les autres… Tu ne pouvais pas imaginer que j’avais déjà esquissé le lieu, la profondeur et les contours de ma tombe. Tu ne pouvais rien contre ma volonté d’organiser mon Après, du moins, en ce qui concerne les choses qui m’appartiennent vraiment.

Tu croyais avoir pris le dessus sur moi ; je pensais pouvoir bénéficier d’un répit. Hélas, tu es revenu et, comme une faucheuse d’épis de mil, tu vises toujours les meilleurs : il te fallait ajouter à ta liste noire cet homme, sans histoire et très épris des valeurs de justice et de loyauté. Je ne sais pas pourquoi tu vises toujours les meilleurs ? Peu importe finalement, pourvu que pour moi ça n’avait aucun sens. Tu ne pouvais pas imaginer que c’est dans la nuit noire de l’absurde que j’ai toujours exhumé les lumières les plus scintillantes de ma vie.

Tu reviens toujours, sans cesse ; tu ne connais pas de vacance ; tu reviens sans répit comme pour percevoir le tribut que la famille des philosophes te devait, je ne sais au nom de quel droit. Tu n’as cessé de faire ta ronde macabre jusqu’au jour où ce fut mon tour. Tu t’es sans doute réjouit de ce que tu croyais être ton ultime victoire sur moi : m’effacer de la surface de la terre. Mais ce que tu as oublié, c’est que la terre n’est pas que surface, elle est aussi profondeur. Et il y a bien une vie dans ces profondeurs. En t’efforçant à me rabaisser, tu n’as réussi qu’à me faire pousser des ailes. En me précipitant au fond de la tombe tu n’as fait que me ressusciter.

Sanoussy ne me pleure, car tu dois veiller sur le bourgeon qui éclora pour donner la fleur et le fruit de notre projet. Ce projet devra être mon testament pour la famille des philosophes et c’est à toi de le lire.

Germain

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