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Crise dans le secteur des médias : Reporters sans frontières presse Diomaye Faye

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Un an après l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, le secteur des médias au Sénégal amorce un virage délicat. Entre volonté politique de réforme et pressions économiques de plus en plus intenses, le paysage médiatique vacille sur une ligne de crête. Les initiatives de l’exécutif témoignent d’une volonté de moderniser le cadre légal et d’assainir les pratiques, mais la fragilité financière des rédactions laisse craindre un effondrement silencieux. Du côté des avancées, plusieurs chantiers ont été lancés. La mise en place d’une plateforme d’enregistrement des entreprises de presse, dans un souci de transparence, constitue une étape importante. Pour Reporters sans frontières (Rsf), cette démarche va dans le bon sens. «Le public a le droit de connaître ceux qui sont derrière les médias qui lui fournissent de l’information d’intérêt général», rappelle l’organisation, qui y voit aussi une manière de prémunir les rédactions des tentatives d’influence malveillantes.

L’autre réforme notoire est la révision de la loi encadrant la publicité, censée mieux en réguler les contours. Ces efforts restent toutefois largement entachés par une réalité plus brutale, de nombreux médias peinent à survivre, étranglés par des dettes fiscales, privés de recettes publicitaires et confrontés à des retards de salaires. La question de la viabilité financière est d’autant plus aiguë depuis la suspension, en 2024, des contrats publicitaires publics, un soutien jusque-là vital pour nombre de rédactions. Cette décision, motivée par une volonté de rationalisation budgétaire, a eu des effets dévastateurs. Des journaux comme Stades ou Sunu Lamb, références dans la presse sportive, ont dû cesser leur parution après plus de deux décennies d’existence.

D’après Habibou Dia, du ministère de la Communication, ces mesures visent à encadrer les dépenses, il s’agit de «permettre d’identifier déjà les entreprises de presse conformes au Code de la presse», face à «des montants importants engagés en l’absence de livrables». Mais sur le terrain, la casse est réelle. En août 2024, les autorités ont lancé une cartographie des médias éligibles aux aides publiques. Sur 639 dossiers reçus, seuls 258 médias ont été reconnus conformes par l’État. Ce tri a brutalement recalé une grande partie de la presse locale. À Kolda, le fondateur du site Kolda News, Mahamadou Baldé, a annoncé l’arrêt des publications : «Nous ne sommes pas en mesure de recruter trois journalistes avec les exigences en années d’expériences requises», déplore-t-il. Une voix de plus qui s’éteint, loin de Dakar, mais en plein cœur des territoires.

Face à cette hémorragie, Rsf appelle à un accompagnement réel. Il ne s’agit pas seulement de réguler, mais de soutenir une montée en compétence des rédactions. Parmi les recommandations : renforcer la commission d’examen, inclure les patrons de presse dans la future autorité de régulation, revaloriser les aides financières, ou encore promouvoir des labels de confiance comme la Journalism Trust Initiative, avec à la clé des incitations fiscales. Sur le plan des libertés, la situation reste contrastée. Certes, le climat est moins répressif que sous le précédent mandat, marqué par l’arrestation de dizaines de journalistes. Mais certaines affaires récentes ravivent les inquiétudes. En février 2025, Pape Sané, chroniqueur à Walf TV, a été longuement interrogé par les services de police, qui auraient tenté d’identifier ses sources. Cheikh Yérim Seck, de son côté, a été placé en garde à vue en octobre 2024, après avoir remis en question des chiffres du gouvernement.

Des tensions politiques ont aussi débordé dans la sphère médiatique. Fin mars, une tentative d’attaque contre la chaîne Tfm a été évitée de justesse, dans un contexte tendu. Quelques jours auparavant, un ministre et des membres du parti présidentiel avaient appelé au boycott de la chaîne, jugeant «inélégants» les propos tenus par l’un de ses chroniqueurs à l’égard d’un député et du Premier ministre. Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle forme de menace s’installe : les attaques informatiques. En février et mars 2025, plusieurs sites d’information et plateformes numériques Seneweb, Dakaractu, la chaîne YouTube de PressAfrik ont été la cible de cyberattaques. L’État a dû lancer une alerte nationale, appelant à renforcer la sécurité numérique des rédactions. Dans ce contexte, Reporter sans frontière tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Les premiers pas de la réforme sont encourageants, mais ils ne suffiront pas si les autorités ne prennent pas pleinement la mesure de la gravité de la crise économique qui frappe les médias. «La soutenabilité économique des médias doit être davantage prise en charge», insiste l’organisation, appelant à «des actions concrètes et rapides» pour éviter l’asphyxie d’un pilier essentiel de la démocratie sénégalaise.

Aïssatou TALL (Actusen.sn)

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