À l’Assemblée nationale, les ministres ont défilé pour éteindre les incendies : dette publique qui enfle, FMI qui tiquerait, électricité qu’on promet moins chère, dossiers judiciaires qui traînent, étudiants qui grondent… Chacun a juré que tout va bien. Mais derrière les déclarations martelées, les interrogations demeurent. Gouvernance, chiffres qui bougent, délais qui s’étirent : beaucoup de certitudes affichées pour peu de réponses qui rassurent vraiment.
Le ministre de l’Économie, Abdourahmane Sarr, n’a pas fait dans la dentelle. Interpellé sur la supposée « dette cachée », il s’est voulu tranchant, martelant devant l’Hémicycle que le débat « n’a aucun fondement ». Selon lui, parler de dette camouflée relève presque de l’amateurisme.
Abdourahmane Sarr ironise sur la dette : « Si vous savez qu’une dette existe et que vous la payez, elle n’est pas cachée »
En fait, le ministre de l’économie du plan et de la coopération soutient que rien n’était dissimulé : « Si vous savez qu’une dette existe et que vous la payez, elle n’est pas cachée ». Pour le ministre, l’écart vertigineux entre les 75 % de dette initialement annoncés et les 119 % révélés après audit ne serait qu’un problème de remontée d’informations, et non une manœuvre volontaire. Un argument qui n’a pas suffi à dissiper les doutes des députés, d’autant que l’opinion, elle, peine à comprendre comment des dizaines de points de dette ont pu « se promener » dans les couloirs administratifs sans que personne ne s’alarme.
Cheikh Diba se veut rassurant : « Le FMI doute, mais tout va bien »
Sur un autre front explosif, celui du programme avec le Fonds monétaire international, le ministre des Finances, Cheikh Diba, a tenté de reprendre la main. Il admet que le FMI s’interroge sur la capacité du Sénégal à assurer des remboursements annuels de 6 000 milliards. Le gouvernement, lui, assure que le pays peut absorber ce rythme sans broncher : « En 2025, les besoins étaient de 5 700 milliards et nous avons géré cela sereinement », avance M. Diba.
Le ministre réfute aussi toute tension dans les négociations. Les choses n’avancent pas vite, certes, mais elles avancent « bien ». Une explication jugée un peu courte par une partie des députés, qui redoutent que la discussion avec le FMI soit plus complexe qu’affirmé et que les marges budgétaires réelles soient plus étroites que ce que laisse entendre le gouvernement.
Birame Souleye Diop annonce (enfin) la baisse de l’électricité : 1er janvier 2026, promis-juré
Sur le terrain social, le ministre de l’Énergie, Birame Souleye Diop, est venu avec la bonne nouvelle attendue depuis des mois : la baisse des tarifs de l’électricité aura lieu « au plus tard » le 1er janvier 2026. Il dit avoir voulu « sécuriser la démarche ». Une prudence qui, pour certains parlementaires, ressemble plutôt à un aveu : la baisse annoncée depuis avril n’avait jamais été techniquement bouclée.
D’ailleurs, le ministre de l’énergie n’a pas manqué de détailler les tarifs en ces termes : 0 à 150 kWh : de 91,17 FCFA à 82 FCFA/kWh, soit -10 % ; Professionnels petite puissance : de 163,81 FCFA à 147,43 FCFA.
Ces mesures toucheront 85 % des clients domestiques. Le ministre promet également une baisse sur les hydrocarbures, en cours de « finition ». Reste à voir si les consommateurs verront la différence sur leurs factures et surtout quand.
Daouda Ngom face aux étudiants : « Pas de retard », mais un vrai malaise
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Daouda Ngom, a tenté pour sa part de désamorcer la colère estudiantine. À l’entendre, il n’y aurait aucun retard dans le paiement des bourses : les virements sont prévus avant le 5 décembre.
« Incompréhension », dit le ministre de l’enseignement supérieur « Revendication légitime », répondent des députés
Mais le ministre reconnaît une difficulté réelle concernant les étudiants en Master, qui réclament le paiement rétroactif des bourses depuis leur admission, un point que le ministère ne semble pas encore maîtriser. Le ministre a parlé d’incompréhension entre les parties, mais les députés soutiennent que les étudiants sont bien dans leur droit de revendiquer leurs bourses.
Beaucoup de certitudes affichées, peu d’inquiétudes dissipées
Entre explications, justifications et promesses, le gouvernement a tenté d’éteindre tous les foyers lors de cette séance de questions d’actualité. Mais entre une dette qui continue à interroger, un FMI qui hésite, des réformes judiciaires qui patinent et un front social qui gronde, le sentiment dominant reste celui d’un exécutif qui rassure… sans totalement convaincre.
Amadou DIA (Actusen.sn)
