Un projet communautaire de santé vire à la polémique à Soreto. Il s’agit, selon les informations de votre canard, d’un changement soudain de site qui devait abriter un poste de santé, le matériel déplacé et les travaux, entièrement financés par l’imam du village, Abdoulaye Keita, laissés en suspens. C’est ainsi que l’investisseur local, qui avait pris cette initiative sur la demande du médecin-chef du district sanitaire de Kidira, Dr Saliou Gningue en l’occurrence, a décidé de traîner ce dernier en justice pour abus de confiance.
La contestation enfle à Soréto, dans le département de Bakel, où un différend oppose un notable local, l’imam Abdoulaye Keita, au Médecin-chef de district (MCD) de Kidira. Au cœur du conflit : la transformation de la case de santé du village en poste de santé, un projet financé en grande partie par l’imam, mais dont l’exécution a été brusquement réorientée.
Au cœur du conflit opposant l’imam du village de Soréto, Abdoulaye Keita, et le médecin-chef du district de Kidira, figure la transformation de la case de santé du village en poste de santé, un projet financé en grande partie par l’imam, mais dont l’exécution a été brusquement réorientée
Selon les documents adressés au procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Tambacounda, et les témoignages recueillis par nos soins auprès du plaignant, tout commence le 19 mars 2018 lorsque les populations de Soréto, avec l’appui technique de l’ICP de Dyabougou, construisent une case de santé de quatre pièces. En 2024, le gestionnaire du district sanitaire de Kidira, en présence du Médecin-Chef Dr Saliou Gningue, informe l’imam du village, Abdoulaye Keita, qu’une transformation en poste de santé est envisageable moyennant l’acquisition de matériel médical estimé à 3 935 000 FCFA.
Si l’imam affirme avoir remis personnellement la somme de 4 millions de FCFA au médecin-chef de Kidira afin que celui-ci procède à l’achat direct du matériel dédié pour un poste de santé, Abdoulaye Keita ajoute avoir même engagé des travaux d’extension dans ledit lieu avant que son projet communautaire soit suspendu
Sur cette base, l’imam affirme avoir remis personnellement la somme de 4 millions de FCFA au médecin-chef de Kidira afin que celui-ci procède à l’achat direct du matériel. Le 31 mai 2024, les équipements sont livrés à Soréto et installés dans la case de santé avec l’autorisation du chef du village. Début 2025, rapporte l’imam, le Médecin-Chef, Dr Saliou Gningue, lui annonce officiellement l’élévation de Soréto au rang de poste de santé, avant de lui demander d’agrandir la structure pour intégrer une salle de maternité, une salle de médecine et un logement pour le personnel. L’imam engage alors de nouveaux travaux, financés sur fonds propres.
Pire, selon l’imam, le matériel qu’il avait financé, sur la demande du MCD et en présence de témoins, est transféré vers un nouveau site sans qu’il n’en soit préalablement informé
Mais alors que le chantier est exécuté à près de 90 %, un revirement intervient. Le médecin-chef, accompagné du sous-préfet, informe l’imam qu’un autre site, situé à environ un kilomètre du village, a été retenu pour abriter un « hôpital ». Selon l’imam, le matériel qu’il avait financé est transféré vers ce nouveau site sans qu’il n’en soit préalablement informé.
Dans sa plainte contre Dr Saliou Gningue, il sollicite auprès du parquet de Tambacounda l’ouverture d’une enquête pour abus de confiance, tromperie et préjudice moral et financier
Ce choix est pourtant contesté par un rapport consensuel daté du 8 mai 2025, signé par plusieurs ICP de la zone et par le gestionnaire du district. Le document souligne que le site actuel de la case de santé est « le meilleur » en raison de son accessibilité, de sa position centrale et de la sécurité qu’il offre aux agents de santé. À l’inverse, l’autre site est jugé difficile d’accès, surtout en hivernage, le pont artisanal qui y mène étant submergé ou impraticable, exposant les populations à des risques sécuritaires.
Interrogé par Source A, le médecin-chef de Kidira préfère ne pas en parler, dès lors que l’affaire est pendante devant la justice
Interrogé par Source A, l’imam Keita affirme n’avoir reçu aucune notification officielle lui demandant de suspendre les travaux en cours. Il dit se sentir lésé, après avoir investi dans un projet communautaire qu’il estime détourné de sa finalité initiale. Il s’interroge par ailleurs sur le niveau d’information des autorités administratives supérieures quant à la situation. Dans sa plainte, il sollicite l’ouverture d’une enquête pour abus de confiance, tromperie et préjudice moral et financier, ainsi que des mesures permettant la reconnaissance officielle du site initial de Soréto au regard des investissements déjà engagés. Si l’affaire est désormais entre les mains de la justice, nous avons toutefois joint par téléphone le médecin-chef de Kidira qui n’a pas souhaité se prononcer sur cette affaire.
Amadou DIA (Actusen.sn)
