Le Collectif des Ex-Détenus Politiques et victimes des événements de 2021-2024 (CODEPS) a vivement réagi au discours de fin d’année du président de la République. S’il salue les annonces économiques et sociales, le collectif déplore une omission majeure : l’absence de toute référence à la justice, à la reddition des comptes et aux victimes de la répression politique sous l’ancien régime.
Les ex-détenus politiques et autres victimes de la répression des années 2021 à 2024 n’ont pas caché leur amertume après l’allocution de fin d’année du chef de l’État. Dans un communiqué rendu public, le CODEPS affirme avoir suivi « avec une attention soutenue » le discours présidentiel, tout en regrettant qu’il n’ait pas abordé ce qu’il considère comme l’essentiel.
Aux yeux des ex-détenus, le chef de l’État a passé sous silence les questions de justice et de reddition des comptes liées aux violences politiques qui ont marqué le pays ces dernières années
Selon le collectif, le président a longuement évoqué l’emploi des jeunes, les infrastructures, l’organisation des Jeux olympiques ainsi que la baisse du coût des denrées de première nécessité. Toutefois, il aurait passé sous silence les questions de justice et de reddition des comptes liées aux violences politiques qui ont marqué le pays ces dernières années.
Pour eux, cette omission constitue une « trahison » à l’égard de celles et ceux qui ont consenti « d’immenses sacrifices » pour l’avènement du pouvoir actuel
Pour le CODEPS, cette omission est lourde de sens. Elle constituerait, selon ses membres, une « trahison » à l’égard de celles et ceux qui ont consenti « d’immenses sacrifices » pour l’avènement du pouvoir actuel. « Omettre leurs souffrances revient à nier une part fondamentale de l’histoire récente de notre pays », estime le collectif, qui évoque également un manquement au devoir de mémoire envers les « martyrs de la répression ».
« Sans vérité ni responsabilité, la réconciliation demeure illusoire, fragile et vouée à l’échec », préviennent-ils
Le collectif s’attaque par ailleurs au concept de réconciliation nationale, souvent mis en avant dans le débat public. Pour les ex-détenus politiques, une telle réconciliation ne saurait être sincère ni durable sans justice. « Sans vérité ni responsabilité, la réconciliation demeure illusoire, fragile et vouée à l’échec », préviennent-ils, rappelant qu’« aucune paix durable ne peut se construire sur l’oubli, l’impunité ou le déni ».
Face aux appels récurrents à la paix, le CODEPS tient à clarifier sa position. Le collectif affirme ne pas être dans une logique de confrontation, mais dans une quête de justice. « Nous vivons déjà en parfaite harmonie », soutiennent ses membres, ajoutant que leur combat porte non sur « la paix des discours », mais sur « la justice des actes ». D’ailleurs, le CODEPS réaffirme sa détermination à poursuivre son combat pour la vérité, la justice et la responsabilité, estimant que ses revendications sont légitimes et ne s’éteindront pas avec le temps. Le collectif a néanmoins adressé ses vœux au peuple sénégalais pour l’année 2026, qu’il souhaite placée « sous le sceau de la vérité, de la justice et de la dignité retrouvée. »
Actusen.sn
