Le malaise est profond au sein de Pastef. Alors que la polémique enfle autour de la réforme des articles L29 et L30 du Code électoral, la majorité présidentielle expose au grand jour ses fissures internes. Depuis que le chef de l’État a constaté l’existence de deux versions différentes du texte adopté à l’Assemblée nationale avant d’introduire une demande de seconde lecture, les responsables du parti présidentiel se déchirent ouvertement.
Entre appels au calme, accusations d’irresponsabilité, piques personnelles et même demande de démission du chef de l’État, les cadres du parti présidentiel se livrent désormais à un véritable “Gatsa-Gatsa” public sur les réseaux sociaux
Et ce sont les réseaux sociaux qui servent désormais d’arène à cette bataille fratricide. Premier à reconnaître publiquement les manquements, le député Abdou Lahat Ndiaye a admis une défaillance collective dans le traitement du texte.
«Certaines réactions, à un certain niveau de responsabilité, ne relèvent pas du courage, mais de l’irresponsabilité, voire de l’immaturité », a lancé le député Abdou Lahat Ndiaye qui s’en est pris à la ministre secrétaire d’État Marie Rose Faye
Dans une sortie qui se voulait un appel à la responsabilité, il déclare : « Nous avons manqué de rigueur, y compris vous qui êtes en relation avec les institutions, au point que deux versions différentes se sont retrouvées sur sa table… Alors où est le problème ? Corrigeons et revotons exactement la même chose. »
« Nous avons manqué de rigueur, y compris vous qui êtes en relation avec les institutions, au point que deux versions différentes se sont retrouvées sur sa table »
Mais derrière cette tentative d’apaisement, le parlementaire n’a pas manqué de viser certains camarades de parti. « Certaines réactions, à un certain niveau de responsabilité, ne relèvent pas du courage, mais de l’irresponsabilité, voire de l’immaturité », a-t-il lancé, avant de reprendre avec ironie une formule populaire attribuée au comédien Pape Guèye : « Diomaye deloo bagages yi. » Puis d’ajouter : « Mais, en réalité, c’est vous-mêmes qui voulez sacrifier ces bagages-là… »
La porte-parole du gouvernement contre-attaque : «Petit n’est pas petit face à ces petites gens qui sont plus que petits. Quelle déception ! »
Une sortie qui n’a manifestement pas calmé les esprits. Le premier vice-président de l’Assemblée nationale, Ismaila Diallo, a adopté une ligne beaucoup plus ferme. Refusant toute idée de modification du texte, il a martelé : « On ne modifie rien. On confirme la loi votée. C’est tout ! » Dans la foulée, c’est Abdou Lahat Ndiaye qui s’en est pris à la ministre secrétaire d’État Marie Rose Khady Fatou Faye, accusée en interne d’avoir alimenté la confusion autour du dossier.
La riposte de cette dernière n’a pas tardé. Visiblement irritée, Marie Rose Khady Fatou Faye a réagi avec virulence : « Petit n’est pas petit face à ces petites gens qui sont plus que petits. Quelle déception ! » Des propos qui illustrent l’ampleur des tensions internes dans les rangs du parti au pouvoir.
Le premier vice-président de l’Assemblée nationale, Ismaila Diallo s’emporte : « On ne modifie rien. On confirme la loi votée. C’est tout ! »
Mais la déclaration la plus fracassante est venue du député Cheikh Bara Ndiaye. Prenant le contre-pied total de certains responsables de Pastef qui tentent de minimiser l’incident, il a carrément exigé le départ du président de la République : « J’exige la démission immédiate du PR Diomaye Faye… »
Cheikh Bara Ndiaye met les pieds dans le plat : « J’exige la démission immédiate du PR Diomaye Faye… »
Une prise de position spectaculaire qui témoigne du climat électrique régnant actuellement au sein de la majorité présidentielle. Ce qui devait être une simple correction technique d’un texte législatif s’est ainsi transformé en crise politique interne.
Amadou DIA (Actusen.sn)
