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Lutte contre le blanchiment de capitaux : ce que révèle le rapport d’activités de la CENTIF 2025

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Fraude massive, faux documents, infractions fiscales, cyberfraude, criminalité organisée, flux financiers transfrontaliers suspects… Dans son rapport d’activités 2025, la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) fait le bilan d’une délinquance économique de plus en plus sophistiquée au Sénégal. Au cœur du dispositif, les déclarations d’opérations suspectes, les enquêtes financières et surtout les transmissions de dossiers au Procureur de la République financier (PJF), lorsque les indices de blanchiment de capitaux ou de financement du terrorisme sont jugés « graves et concordants ». Malgré un léger recul des déclarations de soupçon en 2025, la CENTIF revendique un renforcement global de la vigilance et une coopération internationale plus soutenue.

L’année 2025 marque un tournant dans le dispositif sénégalais de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive (LBC/FT/FP). Dans son rapport d’activités 2025 disponible depuis hier, la CENTIF souligne que l’exercice a été fortement marqué par l’entrée en vigueur de plusieurs textes ayant un impact direct ou indirect sur le renforcement du système de contrôle financier et de transparence.

Pour l’année 2025, la CENTIF a produit 103 rapports après le traitement de 203 déclarations suspectes 

L’institution évoque notamment « un renforcement des exigences prudentielles et de conformité applicables aux institutions financières », sous l’impulsion de la BCEAO, mais aussi « une consolidation du cadre de coopération judiciaire internationale » à travers les mécanismes d’extradition, d’entraide pénale ou encore les accords et ratifications.

Le rapport met également en avant « une accélération des réformes de gouvernance, de transparence et de lutte contre la corruption », citant entre autres l’OFNAC, la déclaration de patrimoine, la protection des lanceurs d’alerte et l’accès à l’information. À cela s’ajoute une évolution notable du registre des bénéficiaires effectifs avec un accès élargi à certaines données, dans une logique de transparence accrue.

Mais derrière ce toilettage juridique et institutionnel, la CENTIF insiste surtout sur le cœur de son activité : l’exploitation des déclarations d’opérations suspectes (DOS) et la transmission, lorsque cela s’impose, de dossiers au Procureur de la République financier.

Sur ce 37 rapports, “présentant des indices graves et concordants de blanchiment de capitaux”, portant sur 95 déclarations d’opérations suspectes (DOS) ont été transmis au Pool judiciaire financier, selon le rapport d’activités 

Le rapport révèle qu’au cours de l’exercice 2025, la Commission d’examen de la CENTIF, composée des six membres de l’institution, a finalisé le traitement de 203 déclarations d’opérations suspectes et produit 103 rapports. La Commission d’examen joue un rôle central dans le mécanisme de répression du blanchiment. C’est elle qui décide de la suite à réserver aux dossiers traités. Les décisions peuvent prendre plusieurs formes : transmission au parquet financier, poursuite des investigations, classement provisoire ou dissémination d’informations à d’autres administrations compétentes.

La CENTIF précise que la transmission au Procureur de la République financier intervient « lorsqu’il existe des indices graves et concordants de blanchiment de capitaux ou de financement du terrorisme et de la prolifération ». Selon le rapport, les investigations financières menées par les analystes permettent dans plusieurs cas « d’identifier des personnes impliquées dans des faits de blanchiment de capitaux », mais aussi de mettre en lumière « leur rôle, les mécanismes financiers utilisés et les liens existants entre les différents acteurs ».

La fraude domine largement les signalements, représentant à elle seule 60% des dossiers traités en 2025

Ainsi, selon le rapport d’activités, 37 rapports ont été transmis au PJF. Toutefois, après une hausse continue ces dernières années, les déclarations de soupçon ont légèrement reculé en 2025. La CENTIF indique avoir enregistré 866 DOS contre 928 en 2024, soit une baisse de 6,7%. L’institution relativise toutefois ce recul, estimant qu’il « ne remet pas en cause la dynamique globale observée », puisque le niveau reste supérieur de 7,3% à celui enregistré en 2023.

Le rapport 2025 confirme la domination écrasante de la fraude dans les schémas détectés par la CENTIF. Sur les catégories d’infractions sous-jacentes au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, la fraude représente à elle seule 60% des dossiers traités en 2025. D’ailleurs, la CENTIF révèle que 679 déclarations liées à la fraude ont été enregistrées en 2025 contre 554 en 2024. Une progression qui confirme, selon elle, « la centralité de cette infraction dans les schémas de blanchiment détectés ». Les formes de fraude identifiées sont multiples : fraudes et tromperies ; fraudes liées à l’État et à la gestion publique ; fraudes fiscales et parafiscales ; fraudes douanières ; fraudes financières et bancaires ; cyberfraudes ; fraudes documentaires ; fraudes économiques spécifiques.

Les transactions en espèces chutent de 34%

Le rapport note également une résurgence spectaculaire des faits de faux et usage de faux. Les déclarations liées à cette infraction sont passées de 16 en 2024 à 84 en 2025. Les infractions fiscales poursuivent également leur progression avec 76 DOS enregistrées en 2025 contre 73 en 2024. La CENTIF y voit « une meilleure détection des mécanismes d’évasion et de fraude fiscales ». S’agissant de la corruption, la tendance est paradoxale. Après avoir progressé en 2024, les DOS liées à cette infraction chutent à 77 en 2025, soit une baisse de 44%. La CENTIF explique ce recul par « une meilleure compréhension des indices liés à l’infraction », entraînant un recentrage vers des qualifications connexes, notamment : le détournement de fonds publics ; la participation à un groupe criminel organisé ; le racket.

Le rapport insiste d’ailleurs sur « une hausse continue du nombre de dossiers transmis en lien avec la criminalité organisée ». Autre signal relevé par la CENTIF, la progression des infractions à la réglementation des changes. Les DOS dans ce domaine passent de 66 à 71 entre 2024 et 2025, illustrant « une vigilance accrue sur les flux financiers transfrontaliers ». Les cas de contrebande et de faux monnayage restent quant à eux marginaux avec respectivement 3 et 4 DOS enregistrées en 2025.

La CENTIF a enregistré 28.225.541 déclarations de transactions en espèces (DTE), contre 42.735.186 en 2024, soit une baisse d’environ 34%

Le rapport consacre également un important développement aux déclarations de transactions en espèces (DTE), rendues obligatoires pour toute opération de versement ou retrait d’un montant supérieur ou égal à 15 millions de francs CFA. En 2025, la CENTIF a enregistré 28.225.541 DTE contre 42.735.186 en 2024, soit une baisse d’environ 34%. Pour l’institution, cette chute s’explique notamment par « des changements de comportement des utilisateurs » et par la montée en puissance des moyens de paiement électroniques.

La CENTIF souligne ainsi la domination écrasante des établissements de monnaie électronique, qui concentrent près de 95% des DTE avec 26.702.464 opérations enregistrées en 2025. Cette situation traduit « l’utilisation de plus en plus importante des moyens de paiement électronique, notamment le mobile money dans les transactions quotidiennes ».

Les banques et établissements financiers arrivent loin derrière avec 1.504.912 transactions déclarées. Afin d’améliorer le traitement de ces flux massifs d’informations, la CENTIF indique avoir déployé sur la plateforme E-DELTA un module de chargement permettant aux assujettis de transmettre plus facilement les opérations uniques ou multiples jugées suspectes.

Une coopération internationale renforcée 

La coopération internationale apparaît également comme un axe majeur de l’activité 2025 de la CENTIF. L’institution affirme avoir adressé 40 demandes d’informations à des cellules de renseignement financier étrangères et en avoir reçu 21 en retour. Ces échanges, encadrés par les standards du Groupe Egmont, concernent des dossiers à dimension transfrontalière.

Le rapport mentionne également cinq communications spontanées reçues par la CENTIF et deux transmises à des partenaires étrangers.

Pour l’institution, ces échanges traduisent « une coopération internationale accrue dans des dossiers à portée transfrontalière ».

Dans la même veine, la CENTIF estime que les tendances observées en 2025 traduisent « un renforcement global de la surveillance » ; « l’efficacité des actions de sensibilisation » ; « une meilleure appropriation des obligations déclaratives » ; « une attention accrue portée aux risques de corruption, d’atteinte aux deniers publics et de criminalité organisée ». Le rapport met surtout en évidence une mutation progressive des circuits de blanchiment, désormais davantage liés à la fraude complexe, aux réseaux organisés et aux flux numériques. Dans ce contexte, les transmissions de dossiers au Procureur de la République financier apparaissent comme l’un des principaux leviers de répression d’une criminalité financière que les autorités sénégalaises considèrent désormais comme une menace majeure pour la gouvernance économique et la stabilité financière.

Amadou DIA (Actusen.sn)

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