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Assemblée nationale : le discours musclé de Ousmane Sonko après son élection à la tête de l’hémicycle

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Élu président de l’Assemblée nationale avec 133 voix, Ousmane Sonko a livré un discours d’investiture aux allures de manifeste politique et moral. Entre plaidoyer pour une République fondée sur l’éthique, défense du rôle de contre-pouvoir du Parlement, références à Aristote, Mamadou Dia, Aline Sitoé Diatta et Cheikh Ahmadou Bamba, l’ancien Premier ministre a aussi réglé ses comptes avec certaines pratiques du pouvoir, tout en tendant la main à l’opposition.

À peine installé au fauteuil de président de l’Assemblée nationale hier, Ousmane Sonko a donné le ton. Devant les députés, le nouveau patron de l’institution parlementaire a d’abord convoqué son propre parcours politique pour justifier sa nouvelle mission. « J’ai été député pendant cinq longues années. J’ai connu les bancs étroits de l’opposition parlementaire, les joutes oratoires acharnées. Et parfois, l’épuisement du combat solitaire contre des majorités qui confondaient la force du nombre avec la légitimité du droit », a-t-il rappelé.

Fort de son passage à l’Assemblée, mais aussi de ses fonctions de maire puis de Premier ministre, il estime disposer des armes nécessaires pour renforcer l’institution parlementaire. « Cette expérience, renforcée par mon parcours technique dans la haute fonction publique, et la parfaite connaissance de tous les dossiers gouvernementaux en cours, seront des atouts précieux pour la montée en puissance de notre Assemblée dans ses rôles constitutionnels », a-t-il soutenu.

Élu avec 133 voix favorables, le nouveau Président de l’AN a refusé de réduire la situation à « des rivalités personnelles » ou « des conflits d’ambition »

Face aux tensions ayant marqué les derniers mois au sommet de l’État, Ousmane Sonko a refusé de réduire la situation à « des rivalités personnelles » ou « des conflits d’ambition ». « Certains y voient une crise, d’autres un déchirement. Moi, j’y vois d’abord une épreuve de vérité pour notre démocratie », a déclaré le successeur d’El Malick Ndiaye. Pour lui, la véritable question n’est pas « qui gouverne », mais « au nom de quoi gouverne-t-on ».

« Certains y voient une crise, d’autres un déchirement. Moi, j’y vois d’abord une épreuve de vérité pour notre démocratie », a déclaré le successeur d’El Malick Ndiaye

Dans une longue réflexion philosophique, il a convoqué Aristote pour défendre une vision éthique du pouvoir. « La politique est l’art suprême parce qu’elle a pour finalité le bien commun », a-t-il rappelé, avant d’ajouter que « la morale en politique n’est pas une décoration destinée aux discours de campagne. Elle est la condition de survie des nations ».

« Le peuple sénégalais n’a pas porté notre projet au pouvoir pour assister à une simple permutation d’élites. Il l’a porté pour restaurer une certaine idée de la dignité publique »

Le nouveau président de l’Assemblée a également puisé dans l’histoire politique sénégalaise. Évoquant Mamadou Dia, il a salué une pensée fondée sur « la souveraineté morale, économique et sociale ». « Un pays peut disposer d’un drapeau, d’un hymne et d’institutions, tout en demeurant prisonnier de pratiques qui vident la République de son sens », a-t-il insisté.

Dans la foulée, il a lancé une mise en garde : « Une nation ne meurt pas seulement de pauvreté économique. Elle peut mourir de fatigue morale ». Selon lui, les institutions cessent de jouer leur rôle lorsqu’elles deviennent « des instruments de confort, de peur ou de calcul ».

« Certains croyaient que le limogeage d’un Premier ministre signifiait sa disparition politique. Mais dans une démocratie véritable, aucune fonction n’épuise la légitimité populaire »

Dans un passage aux allures d’autocritique politique générale, Ousmane Sonko a élargi son propos au continent africain. « Combien de peuples ont vu des mouvements de libération devenir des appareils de domination ? Combien de promesses de rupture se sont dissoutes dans les privilèges, les accommodements et les silences ? », a-t-il lancé. S’appuyant sur Saint Augustin, il a rappelé cette formule : « Qu’est-ce qu’un État sans justice, sinon une grande association de brigands ? » Le leader politique estime qu’un peuple qui perd confiance dans la parole publique finit aussi par perdre confiance dans ses institutions.

« Le peuple demeure la source du pouvoir »

Le président de l’Assemblée nationale a également rendu hommage aux Sénégalais ayant souffert durant les années de crise politique. « Des jeunes sont tombés. Des familles ont pleuré. Des citoyens ont connu la prison, la peur et parfois l’exil », a-t-il déclaré. Avant de rappeler le sens du projet politique porté au pouvoir en 2024 : « Le peuple sénégalais n’a pas porté notre projet au pouvoir pour assister à une simple permutation d’élites. Il l’a porté pour restaurer une certaine idée de la dignité publique ».

« Je n’utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel. Je n’utiliserai pas cette Assemblée pour nourrir des vendettas personnelles »

Le nouveau président de l’Assemblée a ensuite convoqué les figures historiques et spirituelles du Sénégal. À propos d’Aline Sitoé Diatta : « Un peuple ne demeure libre que lorsqu’il refuse intérieurement la résignation ». Concernant Cheikh Ahmadou Bamba, il a retenu une leçon majeure : « La véritable force ne réside pas seulement dans la conquête du pouvoir, mais dans la capacité à demeurer maître de soi lorsque survient l’épreuve ».

« Mais l’institution usera de tous les leviers de contre-pouvoirs constitués, selon la gravité des faits et des circonstances »

Sans citer directement les épisodes récents ayant conduit à son départ de la Primature, Ousmane Sonko a adressé un message politique clair. « Certains croyaient que le limogeage d’un Premier ministre signifiait sa disparition politique. Mais dans une démocratie véritable, aucune fonction n’épuise la légitimité populaire », a-t-il affirmé. Il a rappelé que « le peuple demeure la source du pouvoir ».

Tout en promettant qu’il ne fera pas du Parlement un outil de règlement de comptes. « Je n’utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel. Je n’utiliserai pas cette Assemblée pour nourrir des vendettas personnelles. Ce serait trahir notre propre combat », a-t-il assuré.

« Je tends la main à tous les députés de cette Assemblée, majorité comme opposition »

Le nouveau président de l’Assemblée nationale a surtout insisté sur sa conception du rôle parlementaire. « L’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement », a-t-il martelé. Il promet un Parlement qui « contrôlera l’action gouvernementale », exercera « pleinement ses prérogatives constitutionnelles », défendra « la transparence des finances publiques, la reddition des comptes et la souveraineté populaire ». Plus encore, il prévient que l’institution « usera de tous les leviers de contre-pouvoirs constitués, selon la gravité des faits et des circonstances ». « Le Sénégal doit montrer à l’Afrique qu’une crise politique peut être affrontée sans haine, sans violence et sans effondrement institutionnel », a-t-il lancé. Avant de tendre la main à tous les députés. « Je tends la main à tous les députés de cette Assemblée, majorité comme opposition », a-t-il déclaré. Puis cette dernière profession de foi politique : « Lorsque le pouvoir nous met à l’épreuve, choisissons-nous le confort ou la vérité ? Pour ma part, je continuerai de choisir la vérité. »

Amadou DIA (Actusen.sn)

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