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Détournement présumé de 37 milliards dans l’affaire Aser : TAS revient à la charge et fait des révélations

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L’affaire AEE Power EPC, déjà au cœur d’une vive controverse depuis plusieurs mois, connaît un nouveau rebondissement. Face à la presse ce vendredi, le président du mouvement République des Valeurs, Thierno Alassane Sall, a affirmé détenir des éléments bancaires obtenus dans le cadre d’une procédure judiciaire ouverte en Espagne, qu’il juge « accablants » pour l’entreprise chargée du projet d’électrification rurale de 1 600 localités au Sénégal.

Selon le député, ce programme est financé à hauteur de 140 millions d’euros, soit environ 91,8 milliards de FCFA, par Banco Santander avec la garantie de l’État espagnol à travers la CESCE. Le ministère sénégalais des Finances est le débiteur officiel de l’opération tandis que l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) en assure la maîtrise d’ouvrage. Pour Thierno Alassane Sall, l’absence de travaux visibles sur le terrain plus d’un an après le décaissement de l’avance de démarrage avait déjà justifié le dépôt, le 16 octobre 2025, d’une plainte devant le Pôle judiciaire financier du Sénégal. Une démarche complétée le 23 janvier 2026 par une saisine de la justice espagnole.

L’ancien ministre affirme qu’un mois après le dépôt de cette plainte, les autorités judiciaires espagnoles ont ordonné à AEE Power EPC de fournir le détail complet de l’utilisation des fonds perçus dans le cadre du contrat. Banco Santander aurait également été invitée à transmettre l’ensemble des opérations enregistrées sur les comptes de la société. « AEE Power EPC n’a pas répondu et a été mise en demeure. Banco Santander, en revanche, a fourni tous les éléments demandés », a déclaré Thierno Alassane Sall. Les documents obtenus, assure-t-il, seront versés dès lundi au dossier instruit par le Pôle judiciaire financier sénégalais.

Thierno Alassane Sall remonte au jour où près de 37 milliards de FCFA sont arrivés sur le compte en cause : « Quatorze millions de francs CFA la veille. Près de trente-sept milliards le lendemain. C’est le point de départ de cette histoire »

Selon les relevés présentés par le député, le compte bancaire d’AEE Power EPC ouvert auprès de Banco Santander affichait un solde de seulement 22 020 euros avant le 11 juin 2024. Ce jour-là, trois virements auraient été enregistrés : 28 millions d’euros au titre de l’avance de démarrage ; 23,289 millions d’euros pour des dépenses engagées ; 4,710 millions d’euros sous forme de crédit commercial. Au total, 55 999 999,64 euros, soit environ 36,7 milliards de FCFA, auraient été crédités en une seule journée. « Quatorze millions de francs CFA la veille. Près de trente-sept milliards le lendemain. C’est le point de départ de cette histoire », dira Thierno Alassane Sall.

Selon lui, trente milliards de FCFA évaporés en quarante-huit jours

Les relevés bancaires présentés montrent ensuite, selon le parlementaire, une baisse spectaculaire du solde du compte. Il explique : « Le 11 juin 2024, après réception des fonds, le compte affichait plus de 56 millions d’euros. Le 29 juillet 2024, soit quarante-huit jours plus tard, le solde serait tombé sous la barre des 10 millions d’euros. Le 27 février 2026, date de l’examen du compte par la justice espagnole, il ne restait que 1 346 euros. » Pour Thierno Alassane Sall, plus de 46 millions d’euros, soit plus de 30 milliards de FCFA, ont quitté le compte en moins de deux mois. « Pas en plusieurs années de chantier. En quarante-huit jours », a-t-il insisté.

« 332 millions sont allés en Côte d’Ivoire ; 25 millions vers le Togo ; 6,6 millions pour une personne au Niger »

Dans la même foulée, le député a soutenu que les documents bancaires permettent désormais de retracer les principales destinations des fonds. D’après les chiffres qu’il a présentés : 13,6 millions d’euros ont été transférés vers différents comptes en Espagne à travers 139 virements ; 10,5 millions d’euros ont été dirigés vers trois structures au Sénégal : SONAC, AEE Power SUARL et Dakar Énergie Projects SUARL ; 1,09 million d’euros a été envoyé à un fournisseur chinois de câbles électriques ; 505 750 euros ont été transférés vers la Côte d’Ivoire ; 38 000 euros vers AEE Power Togo ; plusieurs virements ont également été enregistrés vers le Kenya, la Tunisie et l’Égypte ; plus de 3,15 millions d’euros auraient servi au remboursement d’un prêt contracté auprès de CaixaBank.

“Environ 12,7 milliards de FCFA transférés vers des comptes de transit appartenant au groupe AEE, sans que les bénéficiaires finaux ne soient identifiés à ce stade”

Mais ce sont surtout les flux internes qui suscitent les interrogations du leader de la République des Valeurs. Selon lui, près de 19,3 millions d’euros, soit environ 12,7 milliards de FCFA, ont été transférés vers des comptes de transit appartenant au groupe AEE, sans que les bénéficiaires finaux ne soient identifiés à ce stade. La justice espagnole aurait demandé aux banques concernées la communication des relevés de ces comptes.

“Le mystère des 8,5 millions d’euros”

L’un des points les plus sensibles soulevés par Thierno Alassane Sall concerne une opération effectuée le 17 juillet 2024. Selon les documents qu’il dit détenir, 8 561 755 euros, soit près de 5,6 milliards de FCFA, ont été convertis en devises sans qu’aucun bénéficiaire final ne soit identifiable dans les pièces transmises par la banque. « Cinq milliards six cents millions de francs CFA dont la destination finale demeure totalement inconnue », a-t-il déclaré. Pour le député, ce type d’opération constitue précisément l’une des méthodes les plus surveillées dans les enquêtes financières internationales, car elle permettrait de brouiller les pistes et de compliquer la traçabilité des fonds.

« Moins de 2 % des fonds ont servi au matériel »

Autre élément mis en avant lors de la conférence de presse : les achats effectivement liés au projet. Selon Thierno Alassane Sall, les seuls paiements clairement associés à l’acquisition de matériel d’électrification concernent deux factures adressées à un fournisseur chinois de câbles électriques. Montant total, 1 092 275 euros, soit environ 716 millions de FCFA. « Moins de 2 % des fonds reçus », a-t-il souligné, ajoutant que ces factures auraient été réglées dix à onze mois après le décaissement initial.

“Le dossier SONAC au cœur des interrogations”

Le leader de  la République des Valeurs s’est également longuement attardé sur les versements effectués à la SONAC. Les relevés bancaires, selon lui, montrent que 7,744 millions d’euros, soit plus de 5 milliards de FCFA, ont été transférés à la Société nationale d’assurance du crédit et du cautionnement entre le 14 et le 20 juin 2024. Or, soutient-il, ces paiements sont intervenus après le décaissement de l’avance et auraient été effectués grâce aux fonds issus de cette même avance. « On ne peut pas garantir la restitution d’une avance avec l’argent de cette avance elle-même », a-t-il affirmé. Plus troublant encore, selon lui, certaines références de garanties apparaissent à deux reprises dans les documents examinés. « Pourquoi une même garantie a-t-elle fait l’objet de deux séries de paiements ? Où est passé le surplus ? Qui en a bénéficié ? », s’est-il interrogé.

Pire, selon TAS, “L’État du Sénégal n’a rien entrepris vis-à-vis d’AEE Power pour savoir où sont passées nos ressources”

Au-delà des mouvements financiers, Thierno Alassane Sall met directement en cause l’attitude des autorités sénégalaises. Car il affirme que plusieurs alertes auraient été transmises dès septembre 2024 par Banco Santander et que la CESCE aurait fini par suspendre les décaissements du projet. Ainsi, le député rappelle également que la Cour suprême avait évoqué des soupçons de prévarication dans une décision rendue en novembre 2024. Selon lui, malgré ces signaux, aucune mesure significative n’aurait été prise contre AEE Power EPC. « L’État du Sénégal n’a rien entrepris vis-à-vis d’AEE Power pour savoir où sont passées nos ressources », a-t-il accusé. Il a également critiqué l’ASER, qu’il accuse d’avoir entretenu l’illusion d’un projet en cours d’exécution malgré l’absence de réalisations significatives sur le terrain.

À l’issue de sa présentation, Thierno Alassane Sall a formulé plusieurs demandes. Il réclame notamment toute la lumière sur l’utilisation des fonds ; la convocation des dirigeants d’AEE Power EPC ; une coopération totale entre les autorités sénégalaises et la justice espagnole ; la publication de l’état réel d’avancement du projet ; l’établissement de toutes les responsabilités, au Sénégal comme en Espagne ; le gel de tout nouveau décaissement lié au contrat.

« Les relevés bancaires établissent désormais une chose que personne ne peut plus contester : cet argent n’a pas servi à électrifier nos villages »

Pour le député, les relevés bancaires obtenus dans le cadre de la procédure espagnole constituent désormais un élément central du dossier. « Les relevés bancaires établissent désormais une chose que personne ne peut plus contester : cet argent n’a pas servi à électrifier nos villages », dira le député.

Actusen.sn 

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