Au terme d’un exercice inédit marqué par l’audition de 25 ministres, l’Assemblée nationale dresse un diagnostic contrasté de l’exécution budgétaire 2026. Si elle salue les progrès enregistrés dans la mobilisation des recettes et certains secteurs stratégiques, elle alerte sur la faiblesse des investissements publics, les retards d’exécution, la qualité insuffisante des données transmises par plusieurs ministères et la dépendance aux financements extérieurs. À travers neuf recommandations, les députés invitent le Gouvernement à transformer les orientations du futur budget 2027 en résultats concrets pour les populations.
Pour la première fois, l’Assemblée nationale a conduit une série d’auditions couvrant l’ensemble des départements ministériels afin de préparer le Débat d’orientation budgétaire (DOB). Un exercice que le rapport qualifie d’« avancée importante dans le renforcement de l’information parlementaire, de l’évaluation des politiques publiques et du contrôle de l’action gouvernementale ».
Fruit des travaux menés sur vingt-cinq ministères et plus d’une centaine de programmes budgétaires, le rapport synthétise les enseignements tirés de l’exécution des quatre premiers mois de l’année 2026 et les confronte aux orientations du Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029. Au-delà du constat, les députés formulent plusieurs réserves sur la capacité de l’État à transformer les crédits votés en réalisations visibles sur le terrain.
Après avoir auditionné 25 ministres (de l’ancien gouvernement), l’Assemblée nationale rappelle qu’« un crédit engagé ou transféré ne produit pas nécessairement un résultat concret et durable pour les populations »
Le premier constat posé par le rapport est celui d’une exécution budgétaire très contrastée selon les secteurs. Les députés soulignent que les dépenses de fonctionnement et les transferts progressent à un rythme nettement supérieur aux investissements directement réalisés par l’État. Au premier trimestre 2026, les dépenses ordinaires atteignent 1 185,5 milliards de francs CFA, tandis que les transferts courants représentent 445,7 milliards. En revanche, les investissements exécutés directement par l’État ne s’élèvent qu’à 3,3 milliards de francs CFA, soit seulement 0,3 % des crédits ouverts. Pour l’Assemblée nationale, cette situation constitue un signal d’alerte. Le rapport rappelle d’ailleurs qu’« un crédit engagé ou transféré ne produit pas nécessairement un résultat concret et durable pour les populations » et insiste sur la nécessité de suivre simultanément la dépense, la réalisation physique des projets et leur impact réel.
Des secteurs prioritaires comme l’agriculture, l’éducation, la santé toujours en retard, observent les députés
Les auditions ont également mis en évidence des difficultés récurrentes dans plusieurs secteurs considérés comme prioritaires. Dans l’agriculture, les investissements structurants restent limités alors que la souveraineté alimentaire suppose des efforts durables dans la maîtrise de l’eau, les aménagements hydroagricoles, la mécanisation, le stockage, la transformation et la structuration des filières. Même constat dans l’éducation où la faiblesse des investissements compromet la construction d’écoles, la résorption des abris provisoires, l’équipement des établissements et leur maintenance.
Ce n’est pas tout. Le secteur de la santé suscite également une forte préoccupation des députés. Les besoins concernent notamment les infrastructures sanitaires, les plateaux techniques, les médicaments, les ambulances, le recrutement du personnel ainsi que la couverture des zones rurales insuffisamment desservies. L’Assemblée appelle également à préserver les crédits destinés à la famille, à l’action sociale et aux personnes vulnérables, estimant que l’effort de consolidation budgétaire « ne doit pas avoir pour effet d’affaiblir la protection des populations les plus vulnérables ».
“Des ressources extérieures insuffisamment mobilisées”, regrettent-ils dans la même veine
Autre réserve majeure : la faible mobilisation des financements extérieurs. À fin mars 2026, les dons en capital ne représentent que 6,8 % des prévisions annuelles et les prêts-projets 10,2 % des objectifs fixés. Selon les députés, cette dépendance expose les grands projets à des retards lorsque les financements ne sont pas sécurisés suffisamment tôt. Ils appellent ainsi le Gouvernement à inscrire au budget uniquement des projets « techniquement mûrs et financièrement sécurisés » afin d’éviter les reports récurrents.
Ce n’est pas tout puisque les députés exigent une meilleure qualité des données, estimant que les informations transmises par les ministres restent incomplètes, tandis que certains indicateurs de performance ne sont pas renseignés et les tableaux de bord qui demeurent insuffisamment actualisés
Le rapport insiste également sur les insuffisances constatées dans les systèmes de suivi-évaluation des ministères. Dans plusieurs cas, les informations transmises restent incomplètes, certains indicateurs de performance ne sont pas renseignés et les tableaux de bord demeurent insuffisamment actualisés. Pour les députés, ces lacunes limitent considérablement la capacité du Parlement à exercer pleinement sa mission de contrôle. Ils estiment que la culture de la performance doit désormais être intégrée dans l’ensemble des administrations.
Les contraintes qui freinent l’action publique, selon eux
Les auditions ont permis d’identifier quatre obstacles majeurs. Le premier concerne la disponibilité effective des crédits, plusieurs ministères ayant évoqué des retards dans leur mise à disposition. Le deuxième réside dans la longueur des procédures de passation des marchés publics, qui retardent la réalisation des investissements. Le troisième touche aux délais liés aux financements extérieurs, notamment les avis de non-objection, les décaissements et les contreparties nationales. Dans la même foulée, les députés dénoncent une faible territorialisation de l’information budgétaire, les investissements étant encore trop souvent présentés à l’échelle nationale sans visibilité précise pour les régions, départements et communes.
Neuf recommandations pour renforcer le contrôle parlementaire
À l’issue des auditions, les commissions permanentes ont formulé neuf recommandations. Elles demandent notamment l’institutionnalisation d’une transmission trimestrielle des données d’exécution budgétaire et des indicateurs de performance. Les députés souhaitent également la création d’une matrice permettant de suivre les engagements pris par chaque ministre devant les commissions. Ils réclament en outre une annexe territorialisée au projet de loi de finances afin d’identifier, région par région, les investissements programmés, leurs montants, leurs sources de financement et leurs échéances. Le rapport recommande aussi un plan d’accélération des investissements dans les secteurs accusant les plus grands retards, un tableau trimestriel consacré aux ressources extérieures, une meilleure préparation des projets avant leur inscription au budget, la protection des dépenses sociales prioritaires, le renforcement des dispositifs ministériels de suivi-évaluation ainsi qu’un mécanisme semestriel de suivi des recommandations parlementaires.
Toutefois, l’Assemblée nationale estime que le DPBEP 2027-2029 est globalement cohérent avec les priorités exprimées lors des auditions. Elle partage notamment les objectifs de consolidation budgétaire, de protection des dépenses sociales, de soutien à l’investissement productif et de territorialisation de l’action publique. Ainsi, les députés soulignent que cette convergence reste essentiellement théorique. Selon eux, l’enjeu du budget 2027 ne sera pas seulement d’augmenter les crédits alloués aux secteurs prioritaires, mais surtout de garantir leur traduction effective en infrastructures, services publics et résultats mesurables. Le rapport relève également que l’objectif de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB à l’horizon 2029 dépendra d’une mobilisation durable des recettes, d’une maîtrise des dépenses courantes, d’une réduction progressive des subventions énergétiques et d’une amélioration significative de l’exécution des investissements.
Actusen.sn
