NewsLicenciement à l’AGETIP : les ex-travailleurs en tenue de combat

Licenciement à l’AGETIP : les ex-travailleurs en tenue de combat

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Après six mois de chômage technique sans salaire, des agents de l’Agence d’exécution des travaux d’intérêt public contre le sous-emploi (AGETIP) disent avoir reçu des lettres de licenciement pour motif économique. Face à la presse, hier, le collectif des travailleurs concernés a dénoncé des décisions qu’il juge « abusives », mettant en cause la gestion du directeur général, El Hadji Malick Gaye. Les ex-agents réclament le paiement intégral de leurs arriérés de salaire, l’annulation des licenciements ou une indemnisation à la hauteur du préjudice subi, ainsi que l’ouverture d’une médiation avec les autorités de tutelle et l’Inspection du travail.

Les ex-travailleurs de l’Agence d’exécution des travaux d’intérêt public contre le sous-emploi (AGETIP) sont montés au créneau. Réunis face à la presse, hier, les membres du collectif des agents licenciés ont dénoncé leur mise en chômage technique pendant six mois, sans salaire, suivie, selon eux, de la notification de lettres de licenciement pour motif économique.

Les travailleurs licenciés de l’AGETIP ont obtenu  du DG les motifs de leur licenciement

« Après avoir été plongés dans un chômage technique pendant six mois et sans salaire, laissant nos familles dans une précarité extrême, le directeur général de l’AGETIP, El Hadji Malick Gaye, a franchi une nouvelle étape injustement en nous notifiant des lettres de licenciement pour motif économique », a informé Amadou Gueye, leur porte-parole. Estimant avoir été contraints de sortir du silence, les travailleurs disent vouloir « rétablir la vérité » autour de trois axes majeurs : la réalité de la crise économique invoquée par la direction générale, les critères ayant présidé au choix des agents licenciés et leurs revendications prioritaires.

« L’activité et les marchés de l’AGETIP ne justifient pas cette crise », dira le porte-parole Amadou Gueye

Sur la justification économique avancée par la direction générale, le collectif affirme avoir des doutes sur la réalité de la crise évoquée. Les travailleurs soutiennent que l’activité et les marchés de l’AGETIP ne permettraient pas, selon eux, de justifier une telle situation. « Nous constatons fermement l’argument avancé par la direction générale. L’activité et les marchés de l’AGETIP ne justifient pas cette crise économique », a ajouté M. Gueye, estimant que la direction n’aurait pas pris « des mesures adéquates pour faire des économies ».

Les ex-agents dénoncent également une gestion qu’ils jugent marquée par le népotisme et les règlements de comptes

Ainsi, le porte-parole du jour du collectif, Amadou Gueye, a mis en cause la gestion du directeur général. Selon lui, « l’AGETIP affiche un visage hideux du fait des agissements de son directeur général qui a érigé le règlement de comptes et le népotisme en mode de gestion ». Et d’ajouter : « Il laisse ses parents et militants dans la boîte et licencie les autres, alors que parmi ceux-ci, il y a des gens qui ont fait plus de 30 ans de service. » En clair, le collectif accuse le directeur général de procéder à des licenciements arbitraires afin, selon ses membres, de masquer les difficultés de gestion de la structure. « Pour masquer ses échecs, il met dehors des pères et des mères de famille arbitrairement, sans respecter la procédure légale », a soutenu le porte-parole.

« Aucun critère légal, objectif ou équitable »

Ce n’est pas tout puisque les travailleurs licenciés dénoncent également ce qu’ils qualifient d’« opacité » et d’« arbitraire » dans le choix des agents concernés. « Aucun critère légal, objectif ou équitable n’a présidé au criblage des agents impactés. Ce choix arbitraire soulève de lourdes interrogations sur les réelles motivations de la direction », ont-ils affirmé. Selon Amadou Gueye, les personnes concernées n’auraient reçu aucune indemnité. Il estime que la procédure engagée est contraire aux règles en vigueur. « Cette forfaiture est illégale, car les concernés n’ont reçu aucune indemnité et chacun d’entre nous a été informé individuellement », a-t-il dénoncé.

Au cours de leur sortie, les membres du collectif ont aussi évoqué une politisation de l’agence. Selon eux, les différents positionnements politiques attribués au directeur général auraient des répercussions sur le fonctionnement de la structure. « Tantôt de l’APR, après c’est Sonko, mais c’est le camp de Kiiraay. Tout cela montre la tortuosité de ce responsable qui impacte sur le bon fonctionnement de l’Agence », constate le porte-parole pour le déplorer. Ainsi, les travailleurs ont affirmé que le droit syndical ne serait pas autorisé au sein de la structure, ce qu’ils considèrent comme contraire aux dispositions légales.

Une veuve licenciée raconte son combat judiciaire

Prenant la parole, Madame Diédjou Fatou Bintou Ndiaye, ex-responsable qualité, et non moins veuve figurant parmi les travailleurs licenciés a témoigné des difficultés auxquelles elle dit être confrontée. Elle a indiqué avoir obtenu gain de cause en première instance dans une procédure judiciaire engagée après son licenciement, avant qu’un appel ne soit interjeté. « Je suis toujours en attente de justice et être veuve est déjà une épreuve. Perdre ensuite son emploi dans des conditions que la justice a jugées abusives en est une autre », dira-t-elle. Mme Ndiaye poursuit : « Après avoir engagé une procédure longue et difficile, le tribunal m’a donné raison en première instance en reconnaissant le caractère abusif de mon licenciement. Cette décision a représenté pour moi un espoir de voir enfin mes droits respectés. »

Fatou Bintou Ndiaye (Mme Diédjou) : « Après avoir engagé une procédure longue et difficile, le tribunal m’a donné raison en première instance en reconnaissant le caractère abusif de mon licenciement. Mais l’autre partie a interjeté appel et j’en prends acte »

Toutefois, la procédure se poursuit après l’appel introduit contre cette décision. « Malheureusement, un appel a été interjeté. J’en prends acte, car il s’agit d’un droit prévu par la loi. Cependant, cette nouvelle procédure prolonge une attente déjà très éprouvante sur les plans financier, moral et familial », a-t-elle expliqué. La travailleuse a insisté sur les conséquences humaines et sociales de ces procédures. « Derrière chaque dossier se trouve une personne, une mère, une veuve, une famille qui continue de vivre malgré les difficultés. La justice ne devrait pas être une course d’endurance réservée à ceux qui disposent des plus grands moyens », a-t-elle soutenu.

Elle affirme vouloir poursuivre son combat « avec dignité et dans le respect de la justice ». « Je continuerai à défendre mes droits avec dignité et dans le respect de la justice, avec l’espoir que cette affaire trouvera rapidement une issue conforme au droit et que les décisions rendues seront pleinement exécutées », a-t-elle promis. Car selon elle, son combat dépasse son cas personnel. « Mon combat dépasse mon cas personnel. Il rappelle qu’aucun salarié ne devrait être privé de ses droits et que chacun mérite d’être traité avec justice, respect et humanité », a-t-elle ajouté.

« L’AGETIP n’est pas une entreprise à but lucratif »

Les membres du collectif contestent également le motif économique avancé pour justifier les licenciements. Amadou Gueye a rappelé que l’AGETIP n’est pas, selon lui, une entreprise à but lucratif. « L’AGETIP n’est pas une entreprise à but lucratif. Le directeur ne peut pas évoquer des raisons économiques », a-t-il soutenu. Le porte-parole a également fait état de retards dans l’exécution de plusieurs chantiers. Selon lui, ces retards seraient liés à des problèmes de recrutement. « Actuellement, tous nos chantiers sont en retard du fait d’un mauvais recrutement », a déclaré M. Gueye.

Créée en 1989, l’Agence d’exécution des travaux d’intérêt public contre le sous-emploi est née de la collaboration entre plusieurs acteurs, notamment l’Association des maires du Sénégal, le Conseil national du patronat, le Syndicat professionnel des entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics du Sénégal et la Banque mondiale.

Paiement des salaires, annulation des licenciements et médiation

Face à cette situation, le collectif a formulé plusieurs revendications. Les travailleurs exigent d’abord « le paiement immédiat et intégral des six mois d’arriérés de salaire » dus au titre du chômage technique. Ils demandent également « la révocation sans délai de ces licenciements abusifs et le rétablissement des agents dans leurs droits », à travers une réintégration ou une indemnisation « à la hauteur du préjudice subi ». Les ex-agents réclament enfin « l’ouverture d’une médiation transparente avec les autorités de tutelle et l’Inspection du travail ». Les travailleurs lancent par ailleurs un appel au gouvernement afin qu’il intervienne dans la crise qu’ils disent traverser. Ils demandent au Premier ministre de « sauver l’Agence » et d’adopter, selon eux, la même attitude que celle observée dans le dossier des travailleurs de la Société nationale des habitations à loyer modéré (SNHLM). Pour le collectif, les difficultés seraient « plus profondes » à l’AGETIP. Les ex-travailleurs demandent également aux pouvoirs publics de donner suite à l’audit de l’Inspection générale d’État (IGE) effectué, selon eux, il y a quelques mois.

Actusen.sn 

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