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Turquie: un référendum constitutionnel pas si satisfaisant pour Erdogan

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En Turquie, les partisans du président turc ont remporté le référendum sur la Constitution, ce dimanche 16 avril, avec 51,3% des suffrages. Pourtant, Recep Tayyip Erdogan aurait souhaité une victoire beaucoup plus large.

Avec notre envoyée spéciale et notre correspondant à Istanbul,  Murielle ParadonetAlexandre Billette

Le président turc n’a pas réussi à rallier les suffrages à Ankara, la capitale, Izmir ou Istanbul, où il est né et où il a été le maire. Ces villes ont toutes voté « non ». « C’est une semi-défaite pour lui », indiquait dimanche soir un cadre du Parti républicain du peuple (CHP), le principal parti d’opposition.

Avec le Parti démocratique des peuples (HDP), le parti pro-kurde, ils contestent les résultats et crient à la fraude, car le Haut-Conseil électoral (YSK) a décidé de comptabiliser des bulletins qui n’ont pas reçu de tampon officiel, comme cela doit pourtant être le cas. L’opposition va donc faire appel, même si le Haut-Conseil électoral a confirmé la victoire du « oui ».

Pas de plébiscite

C’est donc vraiment une petite victoire pour le président Erdogan, mais peu importe au final le résultat des urnes, Erdogan a eu une majorité. Il peut désormais lancer ses réformes. Le référendum d’hier était perçu par Erdogan comme le dernier verrou avant de mettre en place la nouvelle Turquie qu’il veut construire depuis des années.

Dans la presse turque, largement pro-gouvernementale, on voit la même tonalité. C’est-à-dire à la Une des journaux : la victoire du peuple, la victoire de la Turquie, la victoire d’Erdogan. Bref, un pays, une Nation, un chef… C’est justement le mot d’ordre du pouvoir turc et de ses partisans.

Pleins pouvoirs ?

Recep Tayyip Erdogan n’en paraît donc pas moins tout puissant ce lundi matin. La preuve d’ailleurs, il entend maintenant pousser son avantage encore plus loin. Dimanche soir, devant ses partisans à Istanbul, le président a évoqué la possibilité d’un nouveau référendum pour le rétablissement de la peine de mort cette fois. Une mesure forte qui fermerait les portes de l’Europe à la Turquie.

Ergodan aura pratiquement tous les pouvoirs avec cette réforme de la Constitution : le poste de Premier ministre va disparaître, le président pourra décréter l’état d’urgence quand bon lui semble, gouverner par décret, marginalisant ainsi le Parlement. Il pourra aussi intervenir dans le domaine judiciaire.

Manifestation contre la réforme de la Constitution octroyant plus de pouvoirs au président turc Erdogan, dimanche 16 avril 2017.REUTERS/Kemal Aslan

Une Turquie divisée

La Turquie sort très divisée de ce scrutin. Recep Tayyip Erdogan a bien sûr la possibilité de gouverner dans les mois qui viennent. Il faudra voir jusqu’où l’opposition ira dans la contestation des résultats. Le principal parti d’opposition a demandé l’annulation du référendum, dénonçant des irrégularités. « Il n’y a qu’une seule décision à prendre […] C’est l’annulation du scrutin par le Haut-Conseil électoral [YSK] », a déclaré Bülent Tezcan, vice-président du CHP, cité par l’agence de presse Dogan. Mais l’opposition turque a franchement peu de moyens.

Et pour Recep Tayyip Erdogan, encore une fois, peu importe le résultat final en faveur du oui. Il est de toute façon majoritaire. Le président turc avait dit il y a plusieurs années, dans les années 1990, que « la démocratie était un simple moyen, un tramway dont on peut descendre une fois arrivé au terminus ». Aux yeux de l’opposition en tout cas, ce référendum est peut-être justement le terminus pour la démocratie turque.

Manifestations anti-Erdogan

Les opposants à cette réforme qui sont descendus par milliers dans les rues dimanche soir à Istanbul sont très inquiets : « C’est la fin du régime parlementaire et laïc de la Turquie », commente l’un d’entre eux sur RFI. La question est de savoir si Erdogan va écouter cette moitié de pays qui a voté non, en se montrant conciliant dans sa manière de gouverner.

Enfin, de son côté, l’Union européenne demande au président turc de rechercher le consensus le plus large possible dans un pays désormais plus que jamais divisé.

Rfi

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