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Affaire «Un étudiant, un ordinateur» : Cheikh Oumar Anne boycotte la Commission d’enquête parlementaire

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L’ancien ministre, député et maire de Ndioum a décidé de ne pas déférer à l’invitation de la Commission d’enquête parlementaire sur le programme « Un étudiant, un ordinateur», prévue le vendredi 16 octobre prochain. Dans une lettre datée du 12 octobre, il invoque des «raisons de principe, de décence républicaine, d’exigence de légitimité et d’impartialité », tout en réclamant un contrôle parlementaire transparent et équitable. Il cite plusieurs dossiers qu’il estime devoir également faire l’objet d’un examen.

Cheikh Oumar Anne ne se présentera pas devant la Commission d’enquête parlementaire chargée du programme « Un étudiant, un ordinateur ». Dans une correspondance adressée, au président de ladite commission, l’ancien ministre de la République, député à l’Assemblée nationale et maire de Ndioum justifie sa décision par des considérations de principe et de respect des institutions. « Suite à votre lettre d’invitation dans le cadre des travaux de la Commission d’enquête parlementaire sur le programme “Un étudiant, un ordinateur”, j’ai décidé de ne pas y répondre, pour des raisons de principe, de décence républicaine, d’exigence de légitimité et d’impartialité, mais également de respect des institutions », écrit-il.

« J’ai décidé de ne pas y répondre, pour des raisons de principe, de décence républicaine, d’exigence de légitimité et d’impartialité, mais également de respect des institutions », écrit le Thierno de Ndioum

Dans sa lettre, le professeur Cheikh Oumar Anne développe cinq arguments pour expliquer sa position, en mettant notamment en cause le comportement d’un membre de la commission, l’impartialité de la démarche parlementaire et la nécessité d’étendre le contrôle à plusieurs dossiers relevant de la gestion des ressources publiques.

« L’Assemblée nationale n’est pas un ring »

Sur le registre de la décence républicaine, l’ancien ministre revient sur les incidents survenus à l’Assemblée nationale en 2022. Il rappelle qu’« un membre de cette Commission s’était singularisé de triste et vile manière : Il était monté sur les tables de l’hémicycle et avait arraché l’urne de vote, dans une attitude de violence, devant le peuple sénégalais, désacralisant la fonction parlementaire ». Pour lui, de tels actes sont incompatibles avec les exigences attachées à la représentation nationale. « L’Assemblée nationale n’est pas un ring : elle est le sanctuaire de la représentation populaire et du débat contradictoire dans l’intérêt exclusif du peuple sénégalais », souligne-t-il.

« Vouloir aujourd’hui s’ériger en chantre de l’exemplarité républicaine, après avoir banalisé l’invective et la violence dans le débat public, c’est insulter l’intelligence des Sénégalais. »

Ce n’est pas tout. Cheikh Oumar Anne critique également les propos tenus à l’endroit de l’ancien président de la République et de membres du Gouvernement. « De même, qualifier l’ancien Président de la République de criminel et des membres du Gouvernement de voleurs, sans preuves judiciairement établies, relève de l’ineptie », déclare-t-il. Il poursuit : « Et, vouloir aujourd’hui s’ériger en chantre de l’exemplarité républicaine, après avoir banalisé l’invective et la violence dans le débat public, c’est insulter l’intelligence des Sénégalais. »

Il dénonce le caractère sélectif des commissions d’enquête

L’ancien ministre affirme toutefois son attachement au contrôle parlementaire. Rappelant son parcours d’ancien ministre pendant cinq ans, d’ancien directeur général pendant douze ans, de député élu à deux reprises, de maire depuis douze ans et de professeur d’université de 1990 à 2026, il se dit « convaincu et foncièrement attaché au contrôle parlementaire, instrument essentiel de transparence et de redevabilité ». Il estime néanmoins que cette prérogative ne doit pas servir de moyen de règlement de comptes politiques ou de stigmatisation de certains responsables ayant exercé sous l’administration précédente. « Mais, cette exigence de contrôle ne doit ni être un outil de règlement de comptes politiques ni devenir un moyen de stigmatisation sélective de ceux qui ont servi l’État sous l’administration précédente et de fort belle manière, comme le clame partout le peuple sénégalais épris de justice et de transparence », soutient-il. Avant d’ajouter : « Le caractère sélectif des Commissions d’enquête est une aberration. »

« Le caractère sélectif des Commissions d’enquête est une aberration. »

Dans cette perspective, il réaffirme sa position : « Oui à la transparence totale, oui à la reddition des comptes, mais non à un procès en sorcellerie contre de dignes serviteurs de la République. » D’ailleurs, pour l’ancien ministre, la majorité parlementaire doit également soumettre sa propre gestion à l’exigence de redevabilité. Il cite plusieurs dossiers qui, selon lui, mériteraient « un examen objectif et sans complaisance ». Il s’agit notamment de la publication trimestrielle des dépenses budgétaires de l’Assemblée nationale, des conditions de passation et d’attribution des marchés relatifs à l’acquisition des véhicules de l’institution parlementaire, ainsi que de la mobilisation, de l’affectation et de la distribution des cinq milliards de francs CFA destinés aux victimes des événements de 2021 à 2024. Il ne s’est pas arrêté là. Cheikh Oumar Anne évoque également les huit milliards de francs CFA destinés aux sinistrés de Bakel, Matam, Podor et des zones environnantes, dont il estime que l’utilisation reste opaque. Il cite, en outre, « le scandale des 37 milliards de francs CFA de l’affaire ASER, qui appelle un examen indépendant des responsabilités », ainsi que le fonds JAMM pour la paix en Casamance, doté de 1,7 milliard de francs CFA. Sur ce dernier dossier, il estime que « l’utilisation et les éventuels changements d’affectation par l’ancien Premier ministre doivent être clarifiés ». Précisant que cette liste n’est pas exhaustive, il considère qu’« une Commission d’enquête ne gagne la confiance des citoyens que si elle se montre aussi exigeante envers la majorité actuelle que ses prédécesseurs ». Pour lui, « la transparence ne se proclame pas ; elle se démontre par les actes et l’égalité de traitement ».

« La transparence ne se proclame pas ; elle se démontre par les actes et l’égalité de traitement »

S’agissant spécifiquement du programme « Un étudiant, un ordinateur », objet de la convocation, le maire de Ndioum estime que la commission pouvait s’appuyer sur les documents existants pour établir les faits. « Si la Commission d’enquête ne s’intéresse qu’à la vérité, elle pouvait se limiter à la documentation déjà disponible relative à ce programme, notamment la convention de partenariat et les procédures prévues, ce qui vous permettrez de comprendre les conditions dans lesquelles le programme est exécuté ainsi que les dépenses y afférentes », écrit-il.

Dans la même veine, Cheikh Oumar Anne tient à préciser que sa décision ne constitue pas, selon lui, un rejet du principe de contrôle parlementaire ni une volonté d’échapper à ses responsabilités. « Ma décision ne procède ni d’un refus du contrôle parlementaire ni d’une volonté de me soustraire à l’obligation de rendre compte. Elle traduit une exigence de cohérence entre les principes républicains que je défends et les conditions dans lesquelles cette démarche est entreprise », affirme-t-il. Ainsi, il réitère son attachement aux institutions et au droit des citoyens à connaître la vérité sur la gestion des ressources publiques, tout en estimant que « la République ne peut être invoquée à sens unique ». « Elle exige de chacun, et particulièrement de ceux qui prétendent exercer le contrôle au nom du peuple, la même rigueur, la même probité et le même respect des règles », dira l’ancien ministre dans sa lettre adressée au président de la Commission d’enquête parlementaire.

Amadou DIA (Actusen.sn)

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