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Aida Mbacké, hier, lors de son procès en appel : «si ce n’étaient pas mes enfants, j’allais mourir et être à côté de Khadim parce que je n’ai plus personne dans la vie»

La douleur, même ancienne, fait les mêmes lacérations dans l’individu, quand on l’évoque. Aida Mbacké en est la parfaite illustration. Même si son acte a duré presque 5 ans, sa plaie est encore remuée hier, lorsqu’elle racontait encore ce qui l’a opposée à son défunt mari, Khadim Ndiaye dont elle a abrégé la vie en le brûlant vif. 

Comme au jugement de première instance, Aida Mbacké a encore ému plus d’un, hier, à la barre de la chambre criminelle d’appel de Dakar. Auteure d’un crime passionnel pour avoir brûlé son mari qui a fini par succomber, la fille de Serigne Babacar Mbacké Moukabaro  vit dans une misère qui risque de ne pas la quitter jusqu’à son dernier souffle. « Je suis très seule dans ma souffrance. Je veux retourner auprès de mes enfants », a soutenu Aida Mbacké , en sanglots, devant les juges.

«Khadim n’était pas uniquement mon mari, mais mon frère et mon ami. Il était le disciple de mon père. Je l’ai aimé de toutes mes forces. Je ne lui ai jamais souhaité du mal. C’est juste que je n’ai pas su contrôler ma jalousie. Je l’aimais éperdument et continuerai à l’aimer de toute ma vie»

Condamnée en première instance à 20 ans de réclusion criminelle, elle avait interjeté appel pour espérer une peine moins sévère. Fébrile, l’accusée qui croupit en prison depuis 2018, a réitéré ses aveux faits lors de son premier procès : «Khadim n’était pas uniquement mon mari, mais mon frère et mon ami. Il était le disciple de mon père. Je l’ai aimé de toutes mes forces. Je ne lui ai jamais souhaité du mal. C’est juste que je n’ai pas su contrôler ma jalousie. Je l’aimais éperdument et continuerai à l’aimer de toute ma vie. Khadim, je l’aimais éperdument.» Puis, elle déclara entre sanglots : « Ma vie n’a plus de sens. Ce crime est ma hantise. A chaque fois que je dois comparaître, je ne suis plus moi-même . Si ça ne dépendait que de moi, j’allais mourir et être à côté de Khadim. Je fais mon mea-culpa devant vous. Si ce n’était pas mes enfants, j’allais mourir. Je n’ai plus personne. Je suis seule.»

«Un mois après mon incarcération, j’ai perdu ma mère»

Pour convaincre les plus sceptiques quant au vide intérieur qui la consume, Aïda Mbacké embraie en ces termes : «Un mois après mon incarcération, j’ai perdu ma mère !»  L’accusée a fait savoir au juge qu’elle n’avait aucunement l’intention de mettre un terme à la vie de son bien-aimé mais voulait se suicider à cause du comportement frustrant de son mari à son encontre. « Il m’avait promis que j’étais l’unique femme de sa vie. J’ai été déçue quand j’ai appris qu’il avait une épouse occidentale», a-t-elle murmuré. Si, en première instance, le juge a disqualifié le crime d’assassinat initialement reproché à Aiïda Mbacké en meurtre, l’avocat général a émis des doutes sur l’absence de préméditation. In fine, il s’en est rapporté à la sagesse du Tribunal. Ce, à la suite de l’avocat de l’accusée qui a sollicité une application bienveillante de la loi pour sa cliente. Aida Mbacké sera édifiée sur son sort le 28 mars prochain.

«Khadim Ndiaye avait épousé une Italienne en catimini et à l’insu de tous. De cette union, sont nés deux enfants»

Pour rappel, tous ces incidents ont pour point de départ un message que la dame Aïchatou Mbacké dite Aïda a vu sur le téléphone de son époux et dont l’exact contenu était : « Je t’aime mon cœur.» Croyant que la dame Molina qui avait envoyé le message à son époux ne pouvait qu’être sa maîtresse, elle alla directement poser des questions à son époux sur la provenance de ce message d’amour. C’est ainsi que celui-ci lui a fait savoir que l’expéditrice était un collègue qui le considérait comme son fils, sans autres précisions. Pas satisfaite de la réponse que lui a servie son chéri, Aïda s’est aventurée dans des recherches pour en avoir le cœur net. C’est ainsi qu’elle a consulté le compte Facebook de la dame qui ne paraissait pas vieille comme le lui a fait croire son mari. Quand elle a interpellé la dame sur sa relation avec son mari, celle-ci ne l’a pas édifiée. A contrario, elle lui indique d’aller poser la question à son époux.

Déterminée à connaitre cette femme, elle a contacté une collaboratrice de son mari du nom de Khadidiatou qui lui a confirmé que son mari a épousé une Italienne et qu’ils ont eu deux enfants. Des informations que la fille de Serigne Babacar Mbacké Moukabaro peinait à digérer. Pour elle, son époux ne pouvait jamais lui faire une chose pareille après six (6) longues années de vie conjugale. En réalité, le couple était auparavant dans une relation amicale. De ce lien, est née une histoire d’amour qui aboutit au mariage et occasionna la naissance de deux enfants. Voulant coûte que coûte entendre des explications provenant de son époux, Aïda était confrontée à un mutisme et une ignorance totale de la part de celui-ci. Et ce, pendant des jours.

D’après le médecin légiste, Khadim était mort par brûlure au second degré et 80% de son corps était brûlé y compris sa tête

Bref, le jour des faits, Aïda était sujette à des douleurs abdominales. Hospitalisée dans une clinique sise à Liberté VI, elle a vainement cherché à joindre son mari vainement. Mais le médecin a pu le joindre. Khadim est venu la chercher à la clinique. Au moment de rentrer, il était 23h, Khadim était silencieux et continuait à l’ignorer. Une fois à la maison, son mari s’est déshabillé et est allé se coucher. Elle cherchait à lui parler mais elle s’est heurtée, encore une fois, au mutisme de Khadim. Sur ces entrefaites, elle a décidé de mettre fin à sa vie et à celle de son époux. Elle a aspergé du liquide inflammable dans la chambre, sur le lit où se trouvait son mari. Quand elle a allumé le feu, la flamme s’est propagée et a retrouvé son mari sur le lit.

Aïda a quitté l’appartement et a soutenu que son mari voulait la tuer. Au même moment, Khadim est sorti en scandant que Aïda l’a brûlé. Leur voisine Rose, chez qui Aïda s’est réfugiée après son forfait, a tenté de le sauver en lui aspergeant deux sceaux d’eau. Les voisins ont maîtrisé le feu. Au moment où l’appartement prenait feu, Khadim, malgré son corps qui brûlait, a sollicité ses voisins pour qu’ils viennent sauver son enfant. Les faits se sont déroulés dans la nuit du 3 au 4 novembre. Le jour suivant, Aïda Mbacké a accouché. Trois jours après, son mari succombe à ses blessures. D’après le médecin légiste, Khadim était mort par brûlure au second degré et 80% de son corps était brûlé y compris sa tête.

Adja Khoudia Thiam (Actusen.sn)

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