Examiner le budget du ministère des Transports terrestres et aériens, c’est plonger au cœur des défis d’un secteur en pleine mutation. Malgré une enveloppe de plus de 335 milliards FCFA en autorisations d’engagement, les députés ont soulevé de nombreuses préoccupations : sécurité routière défaillante, fret ferroviaire en berne, tension dans le transport aérien, et retards de paiement à l’AIBD. Le ministre Yankoba Diémé s’est voulu rassurant, tout en reconnaissant certaines limites.
Après le transfert du portefeuille des Infrastructures à un département dédié, le ministère des Transports terrestres et aériens revient à ses fondamentaux : régulation, planification et gouvernance des réseaux. Pour 2026, le budget est arrêté à 335 234 538 370 FCFA en AE et 239 705 315 070 FCFA en CP.
Un budget 2026 sous tension, entre grandes ambitions et inquiétudes parlementaires
Quatre programmes structurent le budget du Ministère des transports terrestres et aériens. Concernant les Transports routiers, 215,2 milliards FCFA sont en jeu, soit en forte hausse, principalement pour le BRT, le PAMUS et la modernisation du parc interurbain. Le Transport ferroviaire bénéficie d’une enveloppe de 44 milliards FCFA. Quant au transport aérien, 74,3 milliards FCFA sont prévus. Pour le volet pilotage et gestion, 1,65 milliard FCFA sont prévus.
Sécurité routière : « Trop de morts, trop d’excuses »
Les députés n’ont pas mâché leurs mots. La recrudescence des accidents mortels inquiète : signalisation quasi absente, routes étroites, comportements inciviques, véhicules vétustes. Sur certains axes comme Linguère–Ranérou–Matam, la situation frise « l’urgence nationale ». C’est ainsi que les élus ont réclamé une criminalisation des conduites dangereuses ; des amendes revues à la hausse ; des passerelles piétonnes sur les autoroutes et plus d’éclairage, notamment sur la VDN3 et la RN1. Pour sa part, le ministre annonce une riposte à travers notamment l’installation de vidéo-verbalisation, le renforcement des contrôles, et la dématérialisation des amendes.
Transport routier : BRT, bus électriques et encadrement des VTC
Le programme routier, en hausse spectaculaire (+269 %), porte des chantiers phares. Il s’agit de la poursuite du BRT et son interconnexion au TER, le déploiement du Projet de Mobilité Verte (PAMUS) pour des bus électriques, la mise en œuvre d’un Système de Transport Intelligent (ITS), la restructuration du transport collectif urbain.
Les députés ont également insisté sur la régulation des VTC (Yango, Yassir), la décentralisation des centres de permis de conduire, la réforme du métier de moniteur d’auto-école. Le ministre rassure en ces termes : “la réforme du Code de la route est prête à être déposée et les nouveaux permis seront délivrés via le système CAP-Karangue, entièrement numérisé.”
Transport ferroviaire : crédits en baisse et ambitions en suspens
C’est le point noir souligné par tous les commissaires. Le chemin de fer souffre d’un sous-financement criard. Pourtant, les attentes sont colossales. Entre la reprise des Grands Trains du Sénégal (GTS), la relance des axes historiques, le prolongement du TER jusqu’à Mbour, l’entretien du matériel roulant et des voies, le besoin est énorme. Le ministre assume les limites mais annonce que 90 % des travaux du TER jusqu’à l’AIBD seront terminés, non sans promettre une mise en exploitation dès le 1er trimestre 2026, ainsi que la réception imminente de 7 nouvelles rames, portant le parc à 22 unités, et possiblement 5 de plus.
Transport aérien : Air Sénégal sous perfusion, mais en voie de redressement
Le secteur aérien, lui aussi scruté de près, concentre les interrogations des députés. Pour Air Sénégal, il est fait état de pertes divisées par deux. La compagnie nationale a réduit ses déficits de 55 milliards à 27 milliards FCFA et supprimé toutes les lignes déficitaires. Les retards ont drastiquement baissé, surtout après les 30 vols du Hajj réussis à 100 %. Pour le ministre, « le modèle économique d’Air Sénégal repose sur un écosystème : maintenance, handling, catering. Les recettes des billets ne suffisent pas. » Il rappelle aussi que le DG d’Air Sénégal a renoncé à son salaire pendant 6 mois.
AIBD : retards de salaires, mais des solutions annoncées
Les retards sont attribués à la réorganisation gouvernementale de septembre 2025. Des mandats de 1,5 milliard et 520 millions FCFA ont été émis pour apurer les arriérés. L’État promet un décret d’avance pour sécuriser la situation.
Centres de contrôle technique, permis, transports scolaires : les doléances s’accumulent
Le ministre annonce une mesure forte : chaque région aura un centre de contrôle technique, et trois pour la région de Thiès, afin de désengorger Hann. Toutefois, les députés réclament aussi la formalisation des motos-taxis, le renforcement des lignes DDD vers l’intérieur du pays, une meilleure régulation des gares routières, un plan de circulation spécial JOJ Dakar 2026.
Budget adopté, mais vigilance maximale
Malgré les tensions, les critiques et les inquiétudes, les députés ont adopté le budget du ministère à la majorité. Un vote qui ressemble davantage à un chèque de confiance qu’à un satisfecit, tant les défis du secteur restent immenses : sécurité routière en crise, ferroviaire en convalescence, transport aérien fragile.
Amadou DIA (Actusen.sn)
