Auditionné à New York dans le cadre du dialogue avec les candidats au poste de Secrétaire général des Nations unies, Macky Sall a défendu une vision axée sur le multilatéralisme, la réforme et le financement du développement. L’ancien chef de l’État sénégalais mise sur son expérience et appelle à “restaurer la confiance” dans une organisation confrontée à des crises “systémiques”.
Face à l’Assemblée générale des Nations unies, Macky Sall n’a pas fait dans la langue de bois. D’emblée, le candidat sénégalais a planté le décor d’un monde sous tension. “Le monde continue de faire face à des rivalités géopolitiques croissantes, des conflits violents et des fragilités économiques et sociales”, a-t-il déclaré, estimant que les crises actuelles “ne sont pas cycliques, elles sont systémiques tant par leur ampleur que par leur gravité”.
Face à l’Assemblée générale des Nations unies qu’il a tentée de convaincre pendant plus de 2 tours d’horloge hier, Macky Sall met en avant “près de quarante ans de responsabilités publiques, du statut de fonctionnaire à celui de chef d’État”
Mais pour l’ancien président, ces défis coexistent avec des opportunités inédites, notamment grâce aux avancées technologiques. Il voit dans l’intelligence artificielle “un formidable accélérateur de progrès au service de l’humanité”, à condition qu’elle soit “gouvernée avec sagesse”.
Dans ce contexte, Macky Sall a réaffirmé son attachement au multilatéralisme, qu’il considère comme “le cadre indispensable de nos ambitions communes”, allant de la paix à la promotion du développement. C’est dans cet esprit qu’il a officiellement porté sa candidature, mettant en avant “près de quarante ans de responsabilités publiques”, du statut de fonctionnaire à celui de chef d’État.
Fort de ce parcours, il dit avoir appris à “dialoguer, écouter et consulter”, mais aussi à “prendre des décisions parfois difficiles”
Toujours dans son grand oral, l’ancien chef d’État est revenu sur ses années en tant que président de la République quand il était un fin négociateur. A l’assemblée générale, il dira : “Je suis intervenu en pleine situation de coup d’État au Burkina Faso, en privilégiant toujours le dialogue, la discussion et la persuasion. Nous avons œuvré pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Cela a permis la libération du président de la transition et la reprise du pouvoir par les civils, malgré certaines difficultés. À la tête de l’Union africaine, j’ai également fait face à des défis majeurs. Par le dialogue avec l’ensemble des leaders, nous avons réussi à obtenir l’adhésion de l’Afrique au G20, ce qui n’était pas évident au départ.”
“J’ai appris à négocier dans l’exercice de mes fonctions, notamment à la CEDEAO. Ces expériences ont été de véritables défis, relevés grâce à la discussion, sans barrières. C’est cette capacité que je souhaite mettre à la disposition de l’Organisation, ainsi que ma volonté de réformer et d’accompagner.”
Fort de ce parcours, il dit avoir appris à “dialoguer, écouter et consulter”, mais aussi à “prendre des décisions parfois difficiles”. Une expérience qui, selon lui, le prépare à répondre aux attentes des États membres en ces “temps difficiles pour l’Organisation”. Il ne s’est pas arrêté là. Il poursuit : “J’ai appris à négocier dans l’exercice de mes fonctions, notamment à la CEDEAO. Ces expériences ont été de véritables défis, relevés grâce à la discussion, sans barrières. C’est cette capacité que je souhaite mettre à la disposition de l’Organisation, ainsi que ma volonté de réformer et d’accompagner.
“Ma première priorité sera de contribuer à restaurer la confiance, apaiser les tensions et redonner espoir dans notre action collective ; je vous promets d’être un Secrétaire général impartial, qui parle à tous et qui écoute tous”
S’il est élu, Macky Sall annonce clairement la couleur : “Ma première priorité sera de contribuer à restaurer la confiance, apaiser les tensions et redonner espoir dans notre action collective.” Il promet d’être “un Secrétaire général impartial, qui parle à tous et qui écoute tous”, se positionnant comme “un bâtisseur de ponts entre les nations”. Sur le plan sécuritaire, il plaide pour “une diplomatie préventive plus active”, basée sur l’alerte précoce et la médiation. Il entend également ouvrir une réflexion sur “l’efficacité des opérations de maintien de la paix”.
Concernant le fonctionnement interne de l’ONU, Macky Sall promet une gestion “transparente et rigoureuse” autour de trois priorités : “rationaliser, simplifier, optimiser”
Les droits humains, eux, resteront au cœur de son action. “Ils sont universels, indivisibles, civils, politiques, mais aussi économiques, sociaux et culturels”, a-t-il insisté, rappelant l’attachement de la Charte des Nations unies à leur protection. À l’approche de l’échéance de l’Agenda 2030, Macky Sall s’engage aussi à accélérer la mise en œuvre des Objectifs de développement durable. Il alerte notamment sur “le poids de la dette devenu insoutenable pour de nombreux pays” et sur des inégalités qui “frappent d’abord les plus vulnérables, notamment les jeunes et les femmes”.
Quant à la réforme du Conseil de sécurité, il prône une solution “consensuelle” visant à renforcer “la légitimité et l’efficacité” de l’organe
Sur la question du financement, il propose un changement de paradigme. “Les financements publics restent insuffisants”, constate-t-il, plaidant pour un modèle davantage axé sur “le partenariat, l’investissement et le commerce”, avec un meilleur accès au crédit pour soutenir la croissance.
Dans la même veine, il estime que la création d’opportunités économiques contribuera à réduire les migrations irrégulières. “En créant les conditions d’une vie meilleure pour tous, nous réduirons en même temps les sources de migrations”, a-t-il soutenu.
“Je ne serai pas là pour choisir un camp mais pour faire éviter que le monde se divise en camp”
Concernant le fonctionnement interne de l’ONU, Macky Sall prône une réforme en profondeur. Il promet une gestion “transparente et rigoureuse” autour de trois priorités : “rationaliser, simplifier, optimiser”. Il veut également renforcer la coordination entre agences pour éviter les doublons et améliorer l’efficacité sur le terrain.
Autre chantier majeur, la réforme du Conseil de sécurité. Le candidat sénégalais se dit prêt à accompagner les États membres vers une solution “consensuelle” visant à renforcer “la légitimité et l’efficacité” de l’organe. “Je ne serai pas là pour choisir un camp mais pour faire éviter que le monde se divise en camp”, dira-t-il. Il poursuit : “Je serai un secrétaire général bâtisseur de ponts entre les nations, les cultures et les civilisations. Je serai neutre et indépendant, guidé uniquement par l’intérêt commun.”
Ainsi, Macky Sall a lancé un appel à l’unité dans un monde à la croisée des chemins. “Nous sommes à un carrefour entre un monde de nations divisées et un monde de Nations unies”, a-t-il affirmé, avant de plaider pour des décisions audacieuses : “C’est le moment de faire mieux avec moins”.
Amadou DIA (Actusen.sn)
