Encadrée par les Forces de l’ordre, la marche pacifique de l’opposition sénégalaise a connu un grand succès. Réunis autour du Front pour la défense de la République et de la démocratie (FDR), plus d’un millier de personnes sont descendues dans les rues de Dakar, dans l’après-midi du vendredi dernier, pour répondre à l’appel du nouveau front de l’opposition, a constaté la Radio France Internationale (RFI). Même si c’est la première fois, depuis sa création en février 2025, que le Front pour La défense de la République et de la démocratie (FDR), qui regroupe plus de 70 partis politiques, appelle à une manifestation politique, force est de constater que 18 mois après l’arrivée au pouvoir du parti Pastef, nous assistons petit à petit à un rappel des troupes des mouvements dissidents de l’opposition.
Selon RFI, plus d’un millier de personnes sont descendues dans les rues de Dakar pour prendre part à la première marche du FDR vendredi dernier
Au cœur des revendications, la baisse du coût de la vie ; la restauration de la liberté d’expression après une série d’arrestations jugées arbitraires, la libération des détenus dits politiques. Aux côtés des citoyens anonymes, plusieurs leaders politiques de l’opposition ont battu ainsi le macadam sur l’avenue Bourguiba. Coordonnateur du FDR, Samba Sy est revenu sur l’objectif de cette marche. Et c’est pour dire à qui veut l’entendre : « Il y a à la tête de l’État, un pilotage à vue. Nous attendons de nos gouvernants qu’ils se mettent enfin au travail et qu’une réorientation impérative soit faite. »
Au cœur des revendications, la baisse du coût de la vie ; la restauration de la liberté d’expression après une série d’arrestations jugées arbitraires, la libération des détenus dits politiques
L’ancien Ministre du travail et du dialogue social ne s’est pas arrêté là, saluant ainsi la forte mobilisation des Sénégalais avant d’appeler à « l’union des forces » pour, selon lui, faire face au régime en place. « Je salue la belle mobilisation en réponse à l’appel du FDR, y compris des mouvements qui ne sont pas membres du Front mais qui sont venus en masse », a-t-il déclaré.
Samba Sy, Coordonnateur du FDR : « Toutes les personnes averties savent que le Sénégal traverse des difficultés. L’économie est à l’arrêt, notre pays se déconstruit. Nous attendons de nos gouvernants qu’ils se mettent enfin au travail et qu’une réorientation impérative soit faite »
Estimant dans la foulée qu’il est temps de sauver le pays « d’une dérive politique et économique », Samba Sy a dénoncé ce qu’il qualifie d’« incompétence manifeste des nouvelles autorités », qu’il accuse d’avoir « plongé le pays dans une crise multidimensionnelle ». « Toutes les personnes averties savent que le Sénégal traverse des difficultés. L’économie est à l’arrêt, notre pays se déconstruit. On a trompé les Sénégalais », a-t-il constaté, fustigeant les promesses non tenues du gouvernement, ainsi que les supposés scandales de l’ASER, et des 8 milliards qui étaient destinés aux populations sinistrées de la vallée du fleuve, mais qui ne seraient pas remis aux victimes des inondations.
Amadou Mame Diop, ancien Président de l’AN : « Nous avons eu la mobilisation que nous attendions, grâce à l’engagement et à la détermination des Sénégalais. Il s’agira de défendre notre République et des valeurs qui nous sont très chères »
Prenant part à ce rassemblement, l’ex-Président de l’Assemblée Nationale, Amadou Mame Diop, se dit déterminé à combattre l’injustice. « Nous avons eu la mobilisation que nous attendions, grâce à l’engagement et à la détermination des Sénégalais. Il s’agira de défendre notre République et des valeurs qui nous sont très chères. C’est donc la raison de notre présence ici : combattre l’injustice, les dysfonctionnements constatés et les idéologies que le Sénégal n’a jamais connues », dira Amadou Mame Diop.
Abdou Mbow : “PASTEF fait preuve d’irresponsabilité en maintenant son meeting dans un contexte où deux épidémies graves – la fièvre de la vallée du Rift et le Mpox – menacent la santé publique”
Pour sa part, Abdou Mbow a dénoncé ce qu’il a appelé “l’incompétence chronique des nouvelles autorités” qui, selon le député de Takku Wallou, se distinguent par “les emprisonnements de toutes les voix discordantes, les convocations de journalistes sur fond d’intimidation et d’humiliation.” Comme pour marquer cette faiblesse, embraye Abdou Mbow, “PASTEF fait preuve d’irresponsabilité en maintenant son meeting dans un contexte où deux épidémies graves – la fièvre de la vallée du Rift et le Mpox – menacent la santé publique.” C’est ainsi qu’il a appelé les forces de l’opposition à rester unies autour de l’essentiel pour faire face à ce régime.
Khalifa Sall : “Nous avons connu quatre alternances. C’est pourquoi, le régime en place n’a pas le droit de commettre les erreurs du passé en matière de démocratie et de liberté”
De même que le leader de Taxawu Sénégal n’a pas été en reste. Khalifa Sall prévient les autorités en ces termes : “Nous avons connu quatre alternances. C’est pourquoi, le régime en place n’a pas le droit de commettre les erreurs du passé en matière de démocratie et de liberté. Il n’a même pas le droit de faire moins en matière d’acquis démocratiques. Hélas, nous constatons que nous sommes tous en sursis car tout porte à croire que les autorités ont emprunté la mauvaise direction.”
Abdoulaye Wilane : “Les libertés sont menacées, les droits fondamentaux sont remis en cause. Ça ne sent pas bon, ça ne va pas dans la bonne direction”
Porte parole du Parti socialiste, Abdoulaye Wilane a également pris part à la manifestation. Dans sa déclaration, le Président du Conseil départemental de Kaffrine dira : « Ça ne sent pas bon, ça ne va pas dans la bonne direction. Les entreprises croulent sous l’effet négatif des initiatives du régime en place. Les libertés sont menacées, les droits fondamentaux sont remis en cause. On nous parle même de Parti-État. La flambée des prix des denrées de première consommation et de première nécessité est incontestable. C’est pourquoi nous avons voulu cette marche citoyenne à laquelle sont conviés tous les citoyens, toutes les forces politiques, sociales, en un mot, toutes les forces vives. »
Mouhamadou Lamine Massaly : “Les nouveaux tenants du pouvoir sont réfractaires à une respiration démocratique. Ils veulent signer l’acte de décès des médias avec des convocations et emprisonnements tous azimuts”
Mouhamadou Lamine Massaly d’y mettre son grain de sel dans la foulée. Et c’est pour dire : “Nous prenons part à cette marche parce que le pays vit des moments inédits. Nos populations souffrent le martyre du fait des errements d’un régime frappé de cécité. Rien ne marche sinon, à reculons dans ce pays. Le constat est unanime : le Sénégal régresse et des institutions internationales et autres agences habilitées ont eu à dresser un constat on ne peut plus amer de notre économie. Ces aventuriers ont instauré une gestion bancale que nous devons combattre pour libérer le peuple.” Ne voulant pas s’arrêter en si bon chemin, le responsable politique de poursuivre : “Les nouveaux tenants du pouvoir sont réfractaires à une respiration démocratique. Ils veulent signer l’acte de décès des médias avec des convocations et emprisonnements tous azimuts. Des journalistes, chroniqueurs et autres passent un moment difficile sous ce régime. A cela s’ajoutent les détentions d’hommes politiques et chefs d’entreprises dont le seul tort, c’est d’avoir milité dans l’APR et/ou sa Coalition, Bennoo Bokk Yakaar ou être proche(s) du Président Macky. Nous disons non à la confiscation des libertés fondamentales. Cela inconcevable dans une nation qui se respecte.”
Modou Diagne Fada : « Nous allons organiser d’autres manifestations pour exiger du gouvernement de mettre fin aux arrestations arbitraires et à la dilapidation des deniers publics pour enfin se tourner vers la réponse aux attentes des Sénégalais »
Ainsi, Mouhamadou Lamine Massaly a invité le gouvernement à s’investir pour revoir à la baisse les prix des denrées de première nécessité : “Notre économie bat de l’aile. Les prix des denrées de consommation courante ne cessent de prendre l’ascenseur. Les « Goorgoorlou » suffoquent. L’État doit alors travailler sur des mécanismes visant la réduction des prix. Les Sénégalais ne peuvent plus tenir. Ils sont à bout de souffle.”
Quant à Modou Diagne Fada, il assure d’ores et déjà que l’opposition va appuyer sur l’accélérateur. « Nous allons organiser d’autres manifestations pour exiger du gouvernement de mettre fin aux arrestations arbitraires et à la dilapidation des deniers publics pour enfin se tourner vers la réponse aux attentes des Sénégalais », déclare l’ancien Directeur général de la Sonacos.
Amadou DIA (Actusen.sn)
