Ce mercredi, la Chambre Criminelle du tribunal de Dakar s’est penchée sur l’affaire de Souleymane Diouf, un maçon de 51 ans accusé de viol et de détournement de mineure sur Mame Diarra Nguer, une jeune fille de 17 ans au moment des faits. Après des heures de débats intenses et de délibérations, le tribunal a tranché : acquitté pour viol, mais condamné pour détournement de mineure. Une décision qui soulève des questions sur les limites de la justice face à des dossiers aussi sensibles.
Mame Diarra Nguer, aujourd’hui âgée de 21 ans, a pris la parole pour raconter les événements qui ont bouleversé sa vie. En 2021, alors qu’elle vivait dans la même maison que Souleymane Diouf, ce dernier l’aurait appelée pour lui demander d’acheter des cigarettes. À son retour, il l’aurait poussée sur un lit, lui aurait retiré son pantalon et aurait abusé d’elle. «Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé ensuite. Quand je me suis réveillée, il y avait du sang sur mon corps», a-t-elle déclaré, la voix tremblante. Par peur ou par confusion, elle n’a pas crié et n’a pas osé en parler immédiatement à sa mère. Ce n’est que plusieurs mois plus tard, après avoir été hospitalisée pour des vomissements, que sa grossesse a été découverte.
Face à ce récit déchirant, Souleymane Diouf a présenté une version radicalement différente. Il a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec Mame Diarra, mais a insisté sur le fait qu’elle était consentie. «Nous étions amants. Elle venait souvent chez moi pour des commissions. Ce jour-là, c’est elle qui s’est assise sur le lit de son propre gré», a-t-il affirmé. Il a également souligné que la jeune fille n’avait pas appelé à l’aide, malgré la présence de voisins à proximité, ce qui, selon lui, prouve qu’elle n’a pas été contrainte. Le père de Mame Diarra, Oumar Nguer, a raconté comment il avait découvert la grossesse de sa fille grâce à une cousine. Lorsqu’il a confronté Souleymane, celui-ci a nié être le père avant de s’enfuir.
Un témoignage qui a mis en lumière le comportement fuyant de l’accusé. De son côté, Mbaye Faye, cousin de Souleymane et propriétaire du logement, a apporté un élément clé à l’enquête. Il a révélé que Souleymane lui avait initialement avoué être responsable de la grossesse, avant de changer de version devant la famille.
Au terme des débats, le tribunal a rendu son verdict. Souleymane Diouf a été acquitté des charges de viol, faute de preuves suffisantes pour lever tout doute raisonnable. Le procureur a notamment souligné l’absence de dénonciation immédiate et de menaces explicites. Cependant, il a été reconnu coupable de détournement de mineure, car il avait emmené la jeune fille à l’insu de ses parents et savait qu’elle était mineure. Il a été condamné à deux ans de prison ferme.
Aïssatou TALL (Actusen.sn)
