Face à la presse ce mercredi, Me Baboucar Cissé n’a pas caché son indignation. « Je ne vais pas trop revenir sur ce qui a été dit et très bien dit par mes confrères, parce que nous sommes tous alignés et indignés », a-t-il d’emblée déclaré, avant d’entrer dans le vif du sujet. Revenant sur le placement sous mandat de dépôt de Farba Ngom, le 27 février 2025, l’avocat rappelle que son client « a fait état de son état de santé par le biais de ses avocats » dès cette date.
L’avocat du maire des Agnam dénonce une fouille nocturne “illégale” au Pavillon spécial
Il insiste sur le fait que le premier expert médical, le Pr Alassane Mbaye, « n’a pas été choisi par le juge, mais par l’Ordre des médecins du Sénégal ». « C’est extrêmement important, parce qu’il ne connaît même pas Farba Ngom. Une mission lui a été confiée, il l’a exécutée en son âme et conscience », soutient-il. Selon lui, malgré un rapport médical concluant à l’incompatibilité de l’état de santé de son client avec la détention, aucune liberté provisoire n’a été accordée. Une contre-expertise a ensuite été ordonnée et confiée à « trois professeurs agrégés de médecine, proposés également par l’Ordre des médecins ». « Ils ont déposé un rapport concluant, au même titre que le précédent, que l’état de santé est incompatible avec la vie en milieu carcéral. Mieux, ils ont évoqué un risque de mort subite pouvant intervenir à tout moment », affirme-t-il.
Selon le récit de Me Baboucar Cissé, c’est le nouveau directeur général adjoint de l’administration pénitentiaire, M. Idrissa Sow, nommé le 11 décembre en Conseil des ministres, qui a effectué la fouille dans la cellule de son client : « Il a constitué son équipe à une heure du matin, sans informer le directeur de l’établissement. Il est venu, il a sonné, il est entré et est allé directement dans la cellule de Farba Ngom »
Me Cissé s’est longuement attardé sur une fouille effectuée dans la cellule de son client, qu’il juge irrégulière. Selon son récit, c’est le nouveau directeur général adjoint de l’administration pénitentiaire, M. Idrissa Sow, nommé le 11 décembre en Conseil des ministres, serait arrivé « à une heure du matin » à la prison. « Il a constitué son équipe à une heure du matin, sans informer le directeur de l’établissement. Il est venu, il a sonné, il est entré et est allé directement dans la cellule de Farba Ngom », raconte l’avocat. Deux téléphones portables auraient été saisis. « Quand on fait une fouille, elle doit être l’œuvre du chef d’établissement. Lui ne l’a pas fait. Il a pris les téléphones et les a emportés avec lui, au lieu de les consigner au niveau de la prison », dénonce-t-il.
Dans la foulée, raconte la robe noire, “le DG adjoint de l’administration pénitentiaire est allé dare-dare au Cap Manuel, dans la Chambre de Tahirou Sarr, où il a trouvé une boisson énergisante pour estimer en faire une analyse dont les résultats ne seront jamais connus”
Ce n’est pas tout. Me Baboucar Cissé évoque également la saisie d’« une boisson énergisante » dans la autre cellule de Tahirou Sarr au Cap Manuel. « Il a dit qu’il allait l’analyser, mais il n’est jamais revenu. En réalité, il fallait faire semblant », lance-t-il. Pour Me Cissé, cette opération visait un seul objectif : « On voulait la tête de Farba. On voulait faire tout pour qu’il ne sorte pas de prison. On a créé une affaire dans l’affaire. »
« Il (M. Sow) a dit qu’il allait l’analyser, mais il n’est jamais revenu. En réalité, il fallait faire semblant […] On voulait la tête de Farba. On voulait faire tout pour qu’il ne sorte pas de prison. On a créé une affaire dans l’affaire. »
Ne voulant s’arrêter en si bon chemin, l’avocat accuse les autorités d’avoir donné « instruction au procureur de faire appel de l’ordonnance qui ordonnait la mise en liberté » de son client, « à la dernière minute », afin de le maintenir en détention. « On agit toujours en marge de la loi. On a l’impression que l’administration marche sur la tête », fulmine-t-il, dénonçant des auditions répétées et une procédure qu’il juge incohérente.
« Depuis notre indépendance, c’est la première fois qu’un ministre de la Justice se permet de faire un point de presse sur un dossier pendant devant les juridictions »
Me Baboucar Cissé s’en est également pris à la ministre de la Justice pour avoir tenu un point de presse sur un dossier pendant devant la justice. « Depuis notre indépendance, c’est la première fois qu’un ministre de la Justice se permet de faire un point de presse sur un dossier pendant devant les juridictions », affirme-t-il, estimant que ce rôle revient au procureur de la République ou au procureur général. Il accuse la ministre de s’être « substituée aux autorités judiciaires » et d’avoir « violé la loi impunément ». Les avocats envisagent d’ailleurs de déposer une plainte contre elle.
Le Pool d’avocats dépose une plainte contre Yassine Fall pour, dira Me Cissé, violation du secret professionnel et “atteinte aux principes”
L’avocat rappelle que « le secret professionnel entre un avocat et son client est illimité et absolu », citant l’article 39 du règlement intérieur de la profession. « Quand un avocat rend visite à son client en prison, ils sont isolés. Personne ne peut assister à l’entretien », insiste-t-il. Pour lui, les dérives constatées traduisent un affaiblissement de l’État de droit. « On piétine les règles, on piétine les institutions, on piétine la loi. Nous sommes prêts à nous battre jusqu’au bout. Trop, c’est trop », martèle-t-il.
Ils ont également saisi la chambre d’accusation pour obtenir la nullité de la procédure
Dans un ton grave, Me Cissé conclut : « Franchement, moi je ne reconnais plus mon pays. On ne peut pas, dans une République, agir comme dans une république bananière. » Convaincu de la nullité de la procédure, il dit espérer que la chambre d’accusation « dira le droit », estimant que « toutes les règles ont été violées dans ce cas précis ».
Amadou DIA (Actusen.sn)
