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Justice numérique et droit de la défense : les avocats tirent la sonnette d’alarme

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Derrière les promesses de célérité et de transparence vantées à la Rentrée solennelle des Cours et Tribunaux 2026, une inquiétude sourde traverse le Palais de Justice. Si le numérique s’impose comme une étape inévitable, les avocats, par la voix du Bâtonnier Aly Fall, mettent en garde contre une justice déshumanisée, inégalitaire et potentiellement dangereuse pour les droits de la défense. Entre fascination technologique et peur d’un procès dématérialisé au détriment du justiciable, le malaise est réel.

À l’occasion de la Rentrée solennelle des Cours et Tribunaux 2026, placée sous le thème « Le Juge face aux défis du numérique », le Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Sénégal, Me Aly Fall, n’a pas cédé à l’euphorie technologique ambiante. Si le numérique apparaît désormais comme un passage obligé pour la justice sénégalaise, le patron du Barreau a tenu à poser le débat sans faux-semblants.

Oui, le numérique promet une justice plus rapide, plus accessible et plus transparente. Mais à quel prix ?, s’interroge le Bâtonnier

Derrière les discours modernistes et les exemples souvent cités du Kenya ou du Rwanda, les avocats redoutent une justice trop mécanique, où l’écran remplacerait progressivement l’humain, et où la dématérialisation finirait par fragiliser les fondements mêmes du procès équitable. La première crainte exprimée concerne la fracture numérique. Tous les justiciables ne disposent ni des outils, ni des compétences, ni même de la connexion nécessaire pour suivre une procédure entièrement digitalisée. Pour les avocats, le risque est clair : créer une justice à deux vitesses, où les plus aisés naviguent facilement entre plateformes et audiences virtuelles, pendant que les plus vulnérables restent à quai.

L’intelligence artificielle, ligne rouge pour le Barreau

Le Bâtonnier a été catégorique : la modernisation ne doit jamais se faire au détriment de l’égalité des citoyens devant la justice ni porter atteinte au principe fondamental du contradictoire. Autre sujet de préoccupation majeur : la preuve numérique. Cybercriminalité, discours de haine, diffamation en ligne, usurpation d’identité… Le numérique complexifie l’identification des auteurs, brouille les responsabilités et met à rude épreuve les règles classiques de la procédure pénale. Pour les avocats, juger dans un univers digital exige des magistrats hautement formés, mais aussi des textes clairs et adaptés. Sans cela, la preuve numérique risque de devenir une arme à double tranchant, affaiblissant la défense plutôt que de servir la vérité.

« La qualité d’une décision ne peut dépendre d’un bon ou d’un mauvais prompt », a martelé Me Aly Fall, rappelant que juger, poursuivre et instruire restent des missions profondément humaines, incompatibles avec la froideur mathématique d’une machine

S’il y a un terrain sur lequel le Barreau refuse toute ambiguïté, c’est bien celui de l’intelligence artificielle. Hors de question, selon Me Aly Fall, de confier l’acte de juger à un algorithme ou de céder aux sirènes de la justice prédictive. « La qualité d’une décision ne peut dépendre d’un bon ou d’un mauvais prompt », a martelé le Bâtonnier, rappelant que juger, poursuivre et instruire restent des missions profondément humaines, incompatibles avec la froideur mathématique d’une machine. Les audiences en ligne, si elles permettent de gagner du temps et de l’argent, inquiètent aussi pour leurs effets collatéraux. Perte du contact humain, affaiblissement des relations entre acteurs de justice, disparition de ces échanges informels qui participent à l’équilibre du système judiciaire… Autant de signaux faibles que les avocats refusent d’ignorer. En définitive, le message du Barreau est clair : la transformation numérique de la justice doit se faire avec les avocats, et non contre eux. Elle doit renforcer la confiance du citoyen, préserver les droits de la défense et consolider l’indépendance du juge, sans jamais réduire la justice à un simple traitement de données.

Actusen.sn 

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