La coalition APTE a choisi de parler d’une seule voix. Face aux journalistes, ses responsables ont voulu installer un narratif clair, celui d’un pouvoir qui agit, réforme et redresse l’État après des années jugées marquées par les lenteurs, les déséquilibres et les privilèges. Dans une déclaration lue par Aïda Mbodj, avec la présence remarquée de Yassine Fall, Ayib Daffé, et d’autres personnalités, la coordinatrice de la coalition APTE a dressé un état des lieux présenté comme les premiers acquis de la rupture promise par les nouvelles autorités.
Justice, modernisation des textes et proximité judiciaire
Premier axe développé, la Justice. La coalition estime que ce secteur connaît une transformation profonde à travers la préparation de plusieurs textes majeurs. Sont notamment cités les projets relatifs au statut des commissaires de justice, des notaires et du personnel pénitentiaire.
Selon Yassine Fall, ces réformes permettront de moderniser des professions longtemps encadrées par des textes devenus obsolètes. La ministre de la Justice évoque également une modification du Code des obligations civiles et commerciales afin de sécuriser les transactions foncières, terrain fréquent de contentieux devant les juridictions.
Autre mesure saluée par la coalition, la réintroduction du droit de réintégration dans la nationalité sénégalaise, perçue comme une réponse à une attente de la diaspora. Sur le terrain, APTE met en avant l’inauguration de quatre nouveaux palais de justice à Tivaouane, Diourbel, Fatick et Saint-Louis. Pour ses responsables, il s’agit d’un tournant majeur dans l’accès au service public judiciaire.
La réhabilitation des tribunaux de grande instance de Kaolack et Tambacounda, ainsi que des Cours d’appel de Kaolack et Thiès, est également citée parmi les avancées. À cela s’ajoutent la dotation en matériel informatique des juridictions et le recrutement de 35 auditeurs de justice et 40 greffiers.
Pour la coalition, l’objectif est simple, réduire les délais de traitement des dossiers et faire de la Justice un droit effectif, y compris hors de Dakar. Dans la même veine, la coalition de l’APTE a aussi insisté sur la politique pénitentiaire. Elle cite la revalorisation de l’indemnité journalière d’entretien des détenus, passée de 1 152 FCFA à 1 300 FCFA. Une mesure qualifiée de geste concret en faveur de la dignité humaine.
La construction de deux dortoirs de 300 places à Rebeuss, la réhabilitation des établissements du Cap Manuel, de Liberté VI et de Sébikotane, ainsi que les travaux engagés dans plusieurs maisons d’arrêt régionales sont également mis en avant. La coalition annonce en perspective l’adoption du nouveau statut du personnel pénitentiaire et la mise en place d’un fonds de réinsertion sociale destiné à préparer le retour des détenus dans la société.
Sur la protection judiciaire des mineurs, APTE se félicite d’un taux de prise en charge de 98 % en milieu ouvert. Selon la déclaration, 7 856 enfants ont été suivis, avec des résultats encourageants dans la scolarisation et la formation professionnelle. La coalition promet l’extension des structures de prise en charge vers les zones rurales et le recrutement d’éducateurs spécialisés.
Énergie : pétrole, gaz et accès universel
Sur le secteur de l’énergie, Aïda Mbodj dira que le gouvernement a produit 54 millions de barils de pétrole et 3 millions de m³ de gaz à fin 2025. Pour elle, cette étape fait entrer définitivement le pays dans le cercle des nations productrices. Ainsi, la coalition appelle toutefois à maximiser les retombées nationales à travers trois leviers. Il s’agit, selon elle, de la renégociation des contrats déséquilibrés, le renforcement du contenu local et orientation d’une partie des recettes vers les priorités sociales.
Sur l’électricité, la coalition rappelle que la puissance installée atteint 1 930 MW, dont 578 MW en énergies renouvelables. Elle fixe comme horizon 40 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030. L’accès universel à l’énergie reste présenté comme une priorité, notamment pour les zones rurales où le taux d’électrification demeure inférieur au niveau national. Concernant la tarification, APTE soutient le maintien du kWh à 82 FCFA pour les ménages à faible puissance, tout en évoquant une future réforme progressive et socialement équitable.
Diplomatie : souveraineté assumée et nouveaux partenariats
Sur le plan international, la coalition parle d’une diplomatie redéployée autour de trois principes : souveraineté, réciprocité et équité. Ainsi, les camarades de Ousmane Sonko citent les visites officielles du président Bassirou Diomaye Faye dans plusieurs pays africains, la présidence sénégalaise de la Commission de la CEDEAO, ainsi que la tenue de grandes commissions mixtes avec des États voisins. Ils évoquent également un accord avec Alibaba Cloud et un partenariat stratégique avec l’Union européenne, présenté comme recentré sur les intérêts du Sénégal.
L’un des points les plus politiques de la déclaration concerne le départ des Éléments français du Sénégal et la rétrocession de trois installations militaires françaises à Dakar. La coalition y voit un acte historique de souveraineté nationale. Elle insiste cependant sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une rupture hostile avec la France, mais d’une redéfinition des relations sur des bases jugées plus équilibrées.
Défense : montée en puissance des capacités nationales
En ce qui concerne le ministère des Forces armées, qui figure également dans le bilan dressé par APTE, la coalition mentionne la réception de 510 véhicules tactiques KIA KM450, de camions zetros et la création de l’usine de montage ISEVEM. Pour elle, cette structure industrielle constitue une première étape vers une industrie de défense nationale, avec à la clé transfert de compétences et réduction de la dépendance extérieure.
Le maillage sécuritaire du territoire est aussi mis en avant avec 41 ouvrages réalisés par la Gendarmerie, dont brigades territoriales, brigades de proximité et escadrons de surveillance.
Les zones frontalières sont particulièrement ciblées, dans un contexte régional marqué par les menaces sahéliennes.
Intérieur : lutte contre l’insécurité et migration irrégulière
Quant au volet lié à la sécurité publique, Ayib Daffé cite la réhabilitation ou la construction de commissariats à Touba, Bignona, Dakar, Thiès et Kaffrine. La coalition mentionne la création d’unités spécialisées, dont une compagnie d’intervention à haut risque et une brigade anti-encombrement. Dans la lutte contre la migration irrégulière, le député fait état de 3 763 migrants interceptés en 2025 dans le cadre de la stratégie nationale dédiée. Mais APTE reconnaît que la réponse sécuritaire seule ne suffit pas. Elle affirme que la véritable solution réside dans l’emploi, la formation et les opportunités économiques offertes aux jeunes.
Actusen.sn
