Contribution

«Le jour où j’ai rencontré Pape Malick Sy…»

Les poignées de mains ne se font pas par le fruit du hasard, les rencontres ne sont jamais fortuites. C’est Dieu qui les facilite. C’est par le biais d’un ami Ibrahima Diédhiou, vivant en Italie, que j’ai serré la main de Pape Malick Sy pour la première fois. C’était, il y a cinq mois. Tout au plus. Lui devait passer le voir et m’avait invité à l’accompagner. Ce fut un plaisir d’être de ce déplacement. J’avais une vague idée de l’homme, que je voyais à la télé raconter des anecdotes savoureuses, avec une sagesse juste, des mots choisis avec soin… Je pensais rencontrer un marabout, le fils cadet de Serigne Babacar Sy. Ma surprise fut grande. Je rencontrais une encyclopédie, un professeur de la vie, la courtoisie incarnée, la gentillesse de l’âme, l’humilité confrontée à une amabilité grandiose. Surtout quelle classe, l’élégance d’un esprit…Je fus subjugué.

Dans son salon à la Cité Keur Gorgui où il nous accueillait, il serre les pinces sans avoir la prétention de vous dominer. Auparavant, il s’est levé de son fauteuil, debout droit comme un piquet pour nous accueillir, alors que nous étions au pas de la porte. Quel respect de l’humain. Waouh ! J’étais bluffé par ce geste. Et puis, il nous intime d’un ton ferme de nous asseoir sur les fauteuils et non sur la moquette aux poils grisonnants jetés à terre. Comme il est de coutume dans certaines familles maraboutiques. C’était parti pour durer 10 minutes…la rencontre a duré deux heures. Il nous parlait de tous les sujets, il ouvrait une parenthèse sur sa déception qu’il avait de Ramazotti chanteur populaire italien, parlait avec aisance des sujets d’actualité, détaillait le poème que Serigne Cheikh Tidiane Sy avait écrit sur Aldo Moro, le premier ministre italien assassiné, mais toujours ces sujets nous ramenaient à l’essentiel : la foi en Dieu, la droiture. Il nous racontait comment tout jeune, il était impressionné par les hommes de lettres, les écrivains en tous genres qui venaient voir son père.

Sur le coup, moi le journaliste qui porte en haute estime les hommes, disposant d’une vaste culture générale, j’étais sous le charme. Avant que la discussion ne se termine. On s’était lié «d’amitié». Il m’appelait par mon nom, promis de me voir plus souvent. Tant la discussion l’avait enchanté. Et puis, ma surprise fut grande quand quelques jours plus tard, il m’a câblé au téléphone et m’avait chargé d’un travail à faire, chose que je fis avec plaisir. Il était satisfait. Je l’appelais le plus souvent pour discuter, s’il ne prenait pas son téléphone. C’est lui qui prit l’initiative de me rappeler et toujours, avant même que je ne place un mot, il m’appelait par mon nom. Je lui avais parlé de ma mère qui était souffrante et je sollicitais des prières auprès de lui. Il me rassurait toujours. A chacun de ses appels, il me demandait de ses nouvelles, priait pour moi. Cela fait deux mois, je suis passé chez lui pour lui remettre un livre dédicacé de mon ouvrage Traits Sénégalais, il avait adoré le geste et on s’était mis à encore convoquer les actualités du moment.

De sa voix pondérée, de sa vaste culture, il me conseilla de toujours faire ce que j’avais à faire et de laisser Dieu faire sa part des choses. C’est comme ça la vie nous apprend à relativiser. Il me disait de ne jamais hésiter pour venir le voir. Je pensais qu’à chaque fois que j’allais chez lui, je le dérangeais. Lui ne voyait pas les choses de cette façon. Il me disait : «Je suis là, ce sera toujours un plaisir de venir discuter avec toi.» Il y a juste un mois et quelques jours, je passais discuter avec lui. C’était notre dernière discussion, avant l’annonce de cette douloureuse nouvelle qui crispa aujourd’hui mon visage. Mais Dieu a plus besoin de lui à ses côtés…acceptons le décret divin.

Il n’a jamais été question de richesse matérielle entre nous, de carrière à discuter ou des choses du genre. Mais il était question de bonheur spirituel, d’un élève qui tendait l’oreille devant l’immense savoir d’un grand professeur de la vie. Serigne Pape Malick Sy avait une haute idée de son rapport avec les humains. Tous les êtres humains. Ce n’était pas un homme d’une religion. D’une communauté.

Je me suis toujours demandé pourquoi il était si facile d’accès. Alors que tout l’autorisait à s’empiffrer de grands airs, de revendiquer le khalifat de son vénéré père Serigne Babacar Sy. Pape Malick Sy ne tient jamais à distance le visiteur, comme on voit rarement faire. Il ne tient jamais en respect et ne cherche pas à imposer. De sa voix suave, sa gestuelle élégante, son exquise courtoisie, il m’a impressionné par ses qualités morales et humaines. Je tenais à faire ce témoignage. Je prie pour que le paradis soit sa demeure éternelle. Condoléances à tous. *M.T.G*

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